Les Portugais de Guimarães et de Covilhã dans l'arrondissement de Lille
ou deux vagues d'arrivées bien distinctes que l'on peut opposer du fait d'insertions dans la société française très contrastées

Miguel Da Motta

Mise en ligne octobre 2002

Sommaire

Les pionniers
Le grand afflux
Conclusion
Bibliographie
Notes
Ce n'est pas qu'à partir du milieu des années soixante que l'immigré portugais est devenu un personnage familier à Lille, Roubaix ou Tourcoing. Certes, cette période marque le début de leur arrivée massive dans cet arrondissement où ils étaient 16 692 en 1973, au sens de la Préfecture du Nord. En effet, les pionniers, ces Portugais restés longtemps en dehors du champ de nos recherches bien qu'ils furent nombreux, sont arrivés, eux, entre 1917 et le début des années 1930. S'ils ont moins suscité la curiosité des chercheurs, c'est que, bien que nombreux, 2000 en 1931 dans le département du Nord d'après la Statistique Générale de France, leur arrivée n'a pas été un déferlement. D'autre part, si l'on a pu parler de "stratégie de l'invisibilité" de leurs successeurs des trente glorieuses, ces pionniers furent très certainement encore plus discrets, mais pour des raisons parfois opposées. Ces deux vagues, 1917-début des années 1930 et 1962-1975, se sont produites dans des contextes de croissance économique différents et j'entreprends de les comparer du point de vue socio-économique, culturel, certes, mais aussi en prenant en compte la prégnance du lieu d'origine au Portugal. Parmi les individus nés au Portugal et inscrits au consulat de Lille depuis 1975, deux origines locales se détachent. Il s'agit des originaires de Guimarães[1] et de Covilhã qui représentent respectivement 20,1 et 10,3 % des Portugais de l'arrondissement de Lille inscrits au consulat entre 1975 et 1999. Ces deux zones sont les deux plus grands pôles textiles portugais. Précisons simplement que c'est un point commun décisif avec Lille-Roubaix-Tourcoing. Ces trois zones d'étude furent d'abord liées de la fin du XIXè s jusqu'aux années 1960 par la fourniture de machines, de techniciens et d'ingénieurs-conseils nordistes au Portugal et l'envoi, dans l'autre sens, des fils de patrons textiles à l'école textile de Roubaix qui jouissait d'une réputation internationale à la hauteur de celle de Leeds ou de Verviers. Mais ces liens n'ont eu de répercussions migratoires significatives qu'à partir du milieu des années 1960.

Pour les quelques Portugais de Guimarães et de Covilhã figurant parmi les pionniers, l'intégration fut rapide et l'appartenance locale d'origine peu déterminante.

Le contexte de l'arrivée des pionniers : fin de la Grande Guerre et reconstruction économique

Georges Mauco[2] avait entrepris la rude tâche d'évaluer les pertes humaines pour le marché du travail français dues aux effroyables boucheries de la 1 ère Guerre Mondiale. D'après ses calculs, le total des morts et invalides équivalait une perte de 1,8 millions de ce qu'il appelait "hommes/travail". Quant au départ de la plupart des Allemands d'Alsace-Lorraine ajouté à l'effet de la loi des 8h de travail par jour, sans doute surévalué par Mauco car elle était mal appliquée, il amenait le déficit total de main d'oeuvre à 2,5 millions d'hommes/travail. Les survivants du contingent portugais mobilisé aux côtés de la triple alliance sur le tard et qui n'avaient pas péri aux cours de batailles auxquelles il était mal préparé, comme celle de la Lys, à 25 km de Lille, furent bien souvent tentés par l'opportunité de rester sur place pour pallier les effets de la saignée démographique. Par ailleurs, la démobilisation portugaise fut chaotique. Les deux vimaranenses dont j'ai pu jusqu'à présent retrouver le livret militaire n'ont débarqué à Lisbonne qu'en juillet 1919. L’étude des années de naissance des Portugais identifiés grâce aux registres de naissance et de mariage dans l'arrondissement de Lille met en évidence la sur représentation très sensible de 1895 et 1896. Il s'agit là fort probablement de soldats des classes 95 et 96, celles qui ont été les plus mobilisées.

Années de naissance des Portugais enregistrés dans l'arrondissement de Lille entre 1919 et 1928
(actes de mariages et de naissances)

La reconstruction économique, quant a elle, a drainé vers la France des contingents loin d'être négligeables comme l'indiquent ces statistiques établies par le B.I.T et citées par Mauco bien qu'elles soient fort peu fiables :

Nombre d'entrées de Portugais en France (L'émigration sous ses différentes formes, BIT, C.E.I., Gênes, 1925)

1921

1922

1923

1924

6741

1041

8749

12 043

La méthode de travail utilisée pour appréhender l'intégration des pionniers a consisté essentiellement à exploiter les informations des registres d'Etat-Civil -naissance, mariages, décès- dans sept communes de l'arrondissement de Lille pour ensuite les croiser. 188 Portugais enregistrés par l'Etat-Civil avant 1962 ont ainsi pu être identifiés.
Bien-sûr, cette source biaise les résultats car elle conduit à une inévitable sur représentation des immigrés les plus stables tout en rendant invisibles ou difficilement analysables les «mouvements browniens» des autres.

• Le cas des Vimaranenses et des Covilhanenses

Parmi ces Portugais pionniers dans l'arrondissement de Lille, les Vimaranenses[3] et les Covilhanenses[4] étaient sous-représentés en comparaison avec leur arrivée en grand nombre au cours de la vague des trente glorieuses. Ils ne sont que 7 sur 79 immigrés portugais enregistrés entre 1919 et 1939[5]
Il semblerait que l'origine des pionniers était plus en rapport avec le recrutement militaire qu'avec les spécialisations de la main d'œuvre au niveau local. Nous verrons que les originaires des deux zones que nous avons isolées au Portugal ont suivi pour la plupart des réseaux en relation avec l'industrie textile, mais seulement dans les années soixante et soixante-dix comme en témoigne ce graphique[6] qui représente les années d'enregistrement de ces immigrés portugais dans l'arrondissement.

Naturellement, les dates d'apparition dans un acte d'Etat-Civil ne peuvent donner qu'une idée fort imprécise sur la date d'arrivée en France. Par contre, pour certaines périodes et à condition de travailler sur de grands échantillons, on pourrait se risquer à proposer un délai moyen entre l'entrée en France d'une Portugaise en âge d'être mère et la naissance de son premier enfant en France.

Les origines des pionniers étaient assez dispersées à travers tout le territoire portugais, surtout dans la moitié nord. Il est assez remarquable qu'elles se localisent le plus souvent autour de villes. Les immigrants proviennent même dans une proportion significative des grandes et moyennes villes comme Lisbonne, Porto ou Leiria. Il s'agissait donc d'immigrés ayant été en contact avec l'univers urbain plus susceptibles de s'adapter que les paysans des régions les plus frustres. M Rosa, appartenant à une famille de patrons textiles de Covilhã, fut envoyé à Roubaix parachever sa formation entre 1960 et 1964, ce qui le mit au contact avec des paysans portugais tels qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'en rencontrer auparavant au Portugal. La détresse de certains fut pour lui un choc dont il a bien voulu témoigner[7]  :

Un gars du Tras os Montes désespéré (...). Il n'avait jamais rien vu d'autre que son église. Il n'avait jamais, bien qu'il avait 40 ans, quelque chose comme ça, (...) quitté sa terre. Il n'avait jamais entendu les cloches d'une église jusqu'à son arrivée en France (...). L'homme pleurait et était dans un tel état d'effondrement complet qu'il n'arrêtait plus de pleurer. Il ne faisait que pleurer. Il ne réussissait pas à s'adapter (...). On a dû aller à la gare lui acheter son billet retour... il avait pourtant tout l'argent nécessaire.

Si l'on peut opposer les deux vagues d'immigration de façon aussi tranchée, c'est que les origines ne sont pas seules à entrer en ligne de compte. Quatre facteurs furent décisifs.

Des hommes jeunes et célibataires  :

Le premier, et de très loin, est que parmi les 188 personnes nées au Portugal identifiées grâce à l'Etat-Civil avant 1962, seules 13 sont des femmes. Les pionniers étaient dans leur écrasante majorité des hommes jeunes et célibataires qui se sont mariés à des françaises ou des femmes issues d'autres pays, de la Belgique surtout. L'analyse des 85 mariages célébrés avant 1962 impliquant au moins une personne née au Portugal révèle qu'un seul d'entre eux n'était pas mixte et que deux concernaient une épouse portugaise. S'il y avait eu de nombreux rapprochements d'épouses, ils auraient été révélés par les inévitables naissances d'enfants de mères portugaises, ce qui n'est pas le cas. Cette mixité des couples a été fortement intégratrice alors que le regroupement familial fut la règle au cours des années 1970.

Bien-sûr, les naissances hors mariage et non reconnues par les pères furent légion en raison de l'instabilité géographique, qui n'est que supposée car bien difficile à cerner, et du probable « choc des cultures ». Pourtant, parmi les 34 enfants naturels non-reconnus par le père portugais à la naissance nés entre 1919 et 1942, tous finirent par l'être. Ces enfants ne reçurent semble t-il pas une éducation chargée des normes et des références portugaises que leurs pères auraient pu leur inculquer. L'analyse onomastique s'avère un outil précieux pour juger la façon dont les parents projetaient leur progéniture dans l'avenir, d'autant plus qu'elle se prête bien à un traitement statistique pour peu que le codage des prénoms soit cohérent[8]. Le choix du prénom est un révélateur des transactions ou sein d'un couple mixte entre les volontés du père et de la mère de transmettre chacun sa propre culture à l'enfant. On peut objecter qu'un certain nombre de prénoms strictement français furent exclusivement choisis par les mères françaises momentanément délaissées et que, par conséquent, ils ne dénotent pas de la part des pères une prise de distance d'avec leurs origines. Il n'en reste pas moins que les enfants naturels non reconnus à la naissance n'étaient jamais que 34 sur 114 enfants nés de pères portugais entre 1919 et 1942 et que la quantité des 1ers prénoms français emporte l'adhésion à la thèse de l'acculturation consentie voire recherchée. L'attitude des officiers d'Etat-Civil reste une inconnue de taille difficile à pondérer car ils ont pu favoriser la francisation de prénoms, quoique sachant très souvent lire et étant à même de vérifier les actes, les pères pouvaient s'y opposer.

Les changements dans l'onomastique des pères concordent. La francisation de leurs prénoms fut massive, bien que courante à l'époque[9].

Les pionniers ont dû se fondre dans la population  :


Le deuxième facteur fortement intégrateur réside dans le fait que l'arrivée des pionniers n'a pas abouti à la formation de concentrations ethniques comparables à celles des Polonais ou des Italiens dans le Nord, leur effectif étant trop restreint. Les Portugais ont dû se fondre dans le reste de la population des quartiers populaires où les immigrés de tous pays étaient néanmoins fort nombreux[10].

Relativement peu d'analphabètes  :

L'origine locale au Portugal révèle toute son importance si l'on s'intéresse aux taux d'analphabétisme supposés chez les immigrés portugais. Parmi 49 Portugais enregistrés à l'Etat-Civil entre 1919 et 1930, seuls quatre ne signent pas ou signent d'une croix. Si l'on tire au sort de manière parfaitement aléatoire le même effectif mais enregistré entre 1966 et 1975, le résultat s'élève à 16 «analphabètes». Ne pouvant pas invoquer un quelconque démantèlement des structures d'enseignement élémentaire au Portugal entre les années 1900 et 1960 malgré le relatif désintérêt de l'Estado Novo envers l'instruction publique, il faut bien admettre que les origines sociales et géographiques sont en cause. En effet, les arrivants des trente glorieuses étaient plus fréquemment des ruraux.

Des immigrés intégrés professionnellement  :

Ultime facteur capital, l'activité est à prendre en compte sous un double aspect, position sur l'échelle professionnelle des revenus et de la considération, promotion professionnelle intra et inter-générationnelle.
Le graphique ci-dessous présente la distribution de deux échantillons de même taille sur l'échelle professionnelle mais aux deux périodes que nous mettons en rapport[11]. Force est de constater la meilleure insertion dans le monde du travail des pionniers en raison probablement de leur bagage scolaire plus conséquent, de leur ancienne activité au Portugal moins souvent de type agricole que ceux qui les ont rejoint quarante ans plus tard.

En ce qui concerne les mobilités intra et inter générationnelles, sur 35 cas qui se sont prêtés à un suivi sur plusieurs années, seul un immigré a vu sa situation professionnelle se dégrader tandis que 4 enfants sur 7 nés entre 1920 et 1935 ont eu entre 1943 et 1961 un métier bien plus enviable que celui de leur père, ce qui est peu significatif.
• Les pionniers présentent tous les signes d'une intégration voulue et réussie parfois à marche forcée qui a gommé les références identitaires telles que l'appartenance locale d'origine. Etre de Guimarães ou de Covilhã était peu fréquent et ne changeait pas grand-chose dans la mesure où n'était pas encore venu le temps de l'immigration massive aux zones d'origine sélectionnées, entre autres, par les besoins spécifiques de l'industrie textile nordiste.

Etre de Guimarães ou de Covilhã et s'installer dans l'arrondissement de Lille dans les années 1962-1975  :

Il ne faudrait pas surestimer l'importance du lien entre les deux vagues d'immigration.

Il aurait été tentant de voir dans l'implantation des pionniers une raison majeure ayant suscité et soutenu l'arrivée des suivants et privilégier la thèse de la continuité entre les deux vagues. Naturellement, il y eut des liens qui agirent dans les années soixante, mais il est dans l'état actuel de ces recherches impossible d'évoquer une causalité claire. Ne perdons pas de vue qu'entre les dates moyennes d'arrivée en France des deux vagues, environ 45 années ont dû s'écouler. Les pionniers étaient des sexagénaires à la fin des années soixante.

Une partie d'entre eux était retournée au Portugal au cours de la crise économique des années trente, mais il semble que la majorité soit restée. En effet, sur 66 foyers dont la personne de référence était portugaise et pour lesquels plusieurs actes ont été retrouvés, 28 se sont maintenus dans l'arrondissement de façon quasi-certaine tout au long des années trente et bien plus dans la r&eacu

Hélas, pour obtenir un suivi des familles plus complet, il aurait fallu passer quelques mois de supplémentaires à explorer les registres d'Etat-Civil.

Les origines géographiques des Portugais qui arrivent dans les trente glorieuses ne sont plus les mêmes, et bien souvent dans le cas portugais, les réseaux migratoires les plus puissants sont familiaux. Dans la plupart des cas, d'une vague à l'autre, ce n'étaient ni les mêmes familles, ni les mêmes régions qui étaient en jeu.

Enfin, il semble peu crédible que les pionniers aient maintenu des rapports étroits avec leur pays d'origine car les transports étaient chers et longs, les congés moins nombreux. En outre, leur degré d'intégration ne le laisse pas supposer.

Dernier signe qui ne trompe pas, parmi les 22 mariages d'enfants nés de pères portugais entre 1919 et 1940 retrouvés dans les registres, aucun n'a vu l'union de deux luso-descendants ou d'un luso-descendant avec une personne née au Portugal. L'investissement identitaire et communautaire des Portugais et autres luso-descendants des années 1920-1930 dut être bien faible.

• Les origines des Portugais inscrits au consulat de Lille depuis 1975[12]

% des natifs de la zone dans le total des natifs du Portugal


d'après les actes d'Etat-Civil 1919-1961[13]

fichier du consulat, années d'inscription  : [1975 -1999][14]

district de Braga

17,07

32

concelho de Guimarães[15]

4,88

20,1

district de Castelo Branco

14,63

16,4

concelho de Covilhã[16]

4,88

10,3

concelho de Porto

9,76

env 2,35

concelho de Leiria

9,76

env 0,2

Guimarães et Covilhã ont des profils sociologiques très marqués par l'industrie textile. Le 1er se trouve dans un district dont la densité, 220 habs/km2 au recensement de 1970, est fort élevée pour le Portugal. La région est microfundiaire mais fortement industrialisée et intimement liée au coton, à la confection et à la coutellerie. Les secteurs du textile et du cuir occupaient encore en 1986 76,9% des actifs industriels du district. L'agglomération de Guimarães présente encore largement un aspect mono-industriel. En 1994, le syndicat textile de Guimarães ne recensait pas moins de 917 entreprises textiles dans la zone qu'il couvre[17] dont, il est vrai, beaucoup de petits ateliers familiaux à la limite de la clandestinité. Elles seraient bien plus nombreuses si l'on comptabilisait celles qui ressortent de l'économie parallèle.

Covilhã fut jusqu'aux années 1970 le seul véritable pôle industriel à plus de 50 km de la côte. Sa spécialisation est encore plus poussée et la ville produisait en 1914 50% des lainages portugais et encore un tiers en 1990.

• Les Vimaranenses et les Covilhanenses sont plutôt des ouvriers textiles venus clandestinement.

La très forte spécialisation des Covilhanenses et des Vimaranenses de l'arrondissement de Lille dans le textile  :



textile, habillement

B.T.P.

R.G.P. 1982 INSEE, résultats de l'agglomération de Lille

Portugais

35,4%

36,5%


Portugaises

55%


1ère activité dans les registres d'Etat-Civil, période 1963-99

Hommes nés à Covilhã

49% hors manœuvres[18]

9% hors manœuvres


Femmes nées à Covilhã

70,1%



Hommes nés à Guimarães

47% hors manoeuvres

13% hors manoeuvres


Femmes nées à Guimarães

81,6%


Pour que les Covilhanenses et les Vimaranenses aient atteint dans les communes étudiées grâce aux registres d'Etat-Civil[19] un tel niveau de spécialisation, il est probable que la plupart d'entre eux exerçaient déjà une activité textile avant leur départ. Tous les immigrés de ces deux origines ayant été employés dans cette branche ont affirmé y avoir trouvé du travail presque immédiatement. D'après leurs dires, ils y jouissaient de la part des équipes d'encadrement d'une solide réputation d'ouvriers qualifiés et rudes à la tâche. Il semblerait qu'ils étaient assez recherchés car les machines des ateliers portugais étant bien moins perfectionnées qu'à Roubaix ou Tourcoing, ils avaient une rapidité et un savoir-faire manuel souvent supérieurs à la main d'œuvre traditionnelle franco-belge.
Quels étaient les postes précis occupés par les Vimaranenses[20] qui furent ouvriers textiles avant d'émigrer ? Sur 69 d'entre eux dont la fiche est consultable au siège du syndicat textile de Guimarães, 27 étaient tisserands, deux teinturiers et 4 agents de maîtrise. Presque la moitié avait donc une qualification textile sérieuse, souvent acquise sur le tas ou par apprentissage en ce qui concerne les tisserands et les teinturiers ou ayant requis une véritable formation pour les autres.
Le caractère majoritairement clandestin de l'immigration portugaise des années 1962-1975 complique le repérage des professions exercées avant le départ. Parmi 189 dossiers de demande de passeport d'émigrant déposés aux services municipaux de Guimarães entre 1959 et 1973 et qui indiquent la profession exercée au Portugal, seulement 20 concernent des ouvriers textiles.
Il ne s'agit que des candidats au départ légal. L'analyse du fichier syndical déjà cité montre qu'entre ces mêmes dates, parmi les 6707 ouvriers textiles qui se sont inscrits au syndicat, 1268 au moins[21] ont émigré, soit 18,9%. Ce fut même une véritable hémorragie certaines années.
N'avoir découvert que 20 demandes de passeport formulées par des ouvriers textiles parmi 189 démontre qu'ils sont partis clandestinement pour la plupart d'entre eux. Les raisons seraient qu'ils ne figuraient pas en bonne place sur la liste souvent modifiée et parfois secrète des professions autorisées à émigrer en vertu de l'accord de main d'œuvre franco-portugais. Les syndicalistes frondeurs, et bien que les syndicats fussent une structure corporatiste, ils étaient nombreux, ainsi que ceux qui les fréquentaient, étaient rétifs à toute procédure officielle susceptible de leur attirer des ennuis alors même qu'ils avaient peu de chance de recevoir une réponse positive. Enfin, on savait à Guimarães comme à Covilhã dans le milieu textile l'existence d'une alternative plus séduisante au nord de la France où vivait déjà un ami ou un cousin. Elle offrait en outre la possibilité de trouver facilement du travail à sa femme et aux aînés, et par conséquent d'opérer un regroupement familial rapide et très profitable sur le plan de la constitution d'économies. L'émigration totale des Covilhanenses et des Vimaranenses n'a que peu de rapport avec l'image qu'en donnerait l'émigration légale. Dans le cas de Guimarães, une carte des zones de résidence d'où s'effectuent les départs légaux fait surtout apparaître des villages souvent distants des usines et autres ateliers. Par contre, 42,6% des lieux de naissance[21] des émigrés légaux et illégaux retrouvés grâce aux registres d'Etat-Civil sont deux fortes concentrations textiles, la ville de Guimarães et celle de Ponte.

• Appartenance locale d'origine et réseaux Les Portugais dans l'arrondissement de Lille. Recensement Général de la Population 1982

Comment le lieu d'origine se manifeste t-il comme un facteur de différenciation des stratégies qu'elles soient matrimoniales, résidentielles, professionnelles ou plus simplement sociales ?

La carte ci-contre présente la répartition des « Portugais », au sens de l'INSEE, d'après les résultats du recensement de 1982, au vingtième. Les pourcentages indiquent la part de l'ensemble des Portugais de l'arrondissement qui vivent dans une zone donnée, commune ou groupement de communes.

Il y avait encore en 1982 une étroite corrélation entre les lieux de résidence des Portugais et la localisation des industries, celle du textile tout particulièrement puisque Roubaix et Tourcoing en abritaient respectivement 41 et 33%. La partie sud de l'arrondissement étant la plus rurale, bien qu'en rapide périurbanisation, était une zone dont les Portugais étaient presque absents. Cela a évolué depuis avec la promotion sociale de certains ou de leurs enfants, portugais aussi, combinée avec la construction massive de lotissements pour classes moyennes. C'est le Recensement Général de la Population de 1990 qui a mis en évidence ce glissement résidentiel d'un nombre assez restreint d'individus et de familles.

Le même type de carte mais pour un concelho de naissance précis au lieu de toutes les origines locales confondues donne des résultats assez différents. La carte ci-dessous présente les communes de résidence des Vimaranenses inscrits au consulat entre 1975 et 1999 tirés au sort de manière aléatoire. Force est de constater que dans leur cas, la concentration à Roubaix, Tourcoing et Wattrelos est encore plus forte que pour l'ensemble des Portugais, puisque environ 84% d'entre eux y vivent. Par contre, ils sont complètement absents de très nombreuses communes du sud et de l'ouest de l'arrondissement.

Les Covilhanenses dans l'arrondissement de Lille, source consulaire

On peut en conclure qu les Vimaranenses vivent de façon bien plus groupée que la moyenne des Portugais bien que les lieux de résidence aient été saisis sur une période de 24 ans. L'intérêt de cette carte est avant tout de pouvoir être aisément comparée avec la suivante dont le mode d'élaboration est identique. Il s'agit des communes de résidence des Covilhanenses d'après le même fichier consulaire et sur la même période. Alors que les Vimaranenses sont presque totalement absents des environs de Pérenchies, les Covilhanenses les ont investis en assez grand nombre puisque environ 10% vivent dans cette ville et 25% dans un rayon de 10 km, ce qui est la différence la plus notable entre les implantations des uns et des autres. Il se trouve qu'une grande filature - l' établissement Agache - était installée dans cette petite ville. L'INSEE a dénombré, en 1982, 916 Portugais vivant dans un regroupement de cinq communes autour de Pérenchies.

L'analyse des actes d'Etat-Civil dépouillés dans la commune de Pérenchies permet de connaître les communes de naissances au Portugal. Dès lors, on prend toute la mesure du caractère extrêmement localisé des réseaux migratoires qui ont abouti à de tels regroupements.

Communes (freguesias) de naissance des Portugais de Pérenchies  :

proportion d'originaires du concelho de Covilhã

dont originaires du Teixoso

dont originaires de la ville de Covilhã

dont originaires de Vila Nova de Carvalho

proportion d'originaires du concelho de Guimarães

74,5%

40,7%

18,6%

6,8%

2,5%

Les actes qui ont servi à ce calcul statistique furent rédigés sur une période d'une trentaine d'années, ce qui introduit un biais, mais retenons la tendance très nette qui se dégage. Pourtant, si l'on calcule la date moyenne de rédaction de ces documents, on arrive à un résultat peu significatif, certes, mais non éloigné de 1982. Il convient de préciser que Teixoso, Covilhã et V.N. de Carvalho sont des localités jointives et entièrement dédiées au textile, du moins dans le domaine industriel. L'explication de ce phénomène aux raisons multiples et mal connues pour certaines d'entre elles, réside essentiellement dans le fait que Pérenchies et son entreprise textile étaient très isolées des autres noyaux ethniques portugais en cours de constitution dans l'arrondissement durant la fin des années 1960 et le début des années 1970. En effet, Roubaix est à 15 km, ce qui a pu maintenir les réseaux qui conduisaient du concelho de Covilhã à Pérenchies autonomes par rapport aux autres. N'oublions pas que l'achat d'une automobile chez les immigrés portugais n'était bien souvent réalisé que quelques années après leur arrivée et qu'il y a 30 ans, les transports en commun étaient moins développés. 15 km de distance pouvaient limiter les contacts d'autant plus que les hommes travaillaient beaucoup et que les familles passaient la majeure partie de leurs vacances au Portugal. Par ailleurs, la présence d'un seul débouché important pour la main d'œuvre portugaise dans cette commune faisait dépendre la sélection à l'embauche, voire l'organisation des venues, de très peu de personnes.
Nous venons de toucher à l'élément d'explication le plus convaincant  : un ouvrier de V.N. de Carvalho fort entreprenant et débrouillard a pris en charge, à son avantage et au bénéfice d'Agache, le rabattage de parents, puis d'amis, de connaissances et enfin de simples habitants des environs de son ancien lieu de résidence au Portugal. Le cercle de ses démarches n'a fait que s'élargir avec le temps. Il en a incontestablement tiré des avantages financiers de la part des migrants auxquels il procurait une « carta de chamada », lettre d'appel indispensable à quiconque voulait quitter le Portugal légalement, ainsi qu'un contrat de travail. Signe de la gêne qu'il éprouve à rappeler ses activités qui ont certainement été motivées initialement par le désir de rendre service, son entourage fait obstruction à ce qu'on le contacte.

Cet exemple rend compte des logiques qui conduisent à la simplification des réseaux migratoires à mesure que l'on s'intéresse à des zones d'arrivée de plus en plus isolées du reste des lieux d'implantation d'une communauté.
A Pérenchies, la sociabilité portugaise avait probablement plus qu'ailleurs et même plus qu'à Roubaix un caractère véritablement communautaire car dans les cafés et les associations, on pouvait très aisément se retrouver entre originaires du même pâté de maisons qui ont fréquenté la même école, et ont suivi le catéchisme avec le même curé... Dans ce type de configuration, les dynamiques communautaires et même l'identité peuvent s'ancrer très fortement à l'appartenance locale d'origine, tandis qu'à Roubaix, à la même époque, les ancrages devaient être plus vagues dans la mesure ou le mélange était plus fort, même si l'on va nuancer cette idée.

Les Fundanenses dans l'arrondissement de Lille, source consulaire

Fundão est un concelho limitrophe de celui de Covilhã. Il est plus faiblement industrialisé mais sa spécialisation dans le secteur textile est forte. Les Fundanenses sont moins nombreux que les Covilhanenses dans le Nord, mais l'intérêt de comparer leurs stratégies résidentielles dans l'arrondissement de Lille est de savoir s'il y a regroupement préférentiel entre immigrés de zones proches géographiquement et industriellement ou non. Les niveaux de concentration sont moindres que dans le cas des Covilhanenses, à Roubaix, Tourcoing et Pérenchies dont ils sont d'ailleurs presque absents. Il est plus fort à Lille. Pérenchies mis à part, la répartition des communes de résidence est proche et les différences de tons entre les cartes sont largement imputables à des effets de seuil dans l'étalonnement de la légende. Il n'en reste pas moins que cet exemple montre que la proximité géographique combinée à la même spécialisation de l'industrie aboutit à des stratégies résidentielles proches à l'échelle du groupement de quelques communes même si elles différent à l'échelle communale comme le montre le cas de Pérenchies. Les recrutements opérés au Portugal par le rabatteur dont nous avons révélé l'activité ne semblent pas avoir dépassé les limites des communes limitrophes.

Le point que nous cherchons à mettre en évidence mérite d'être vérifié au travers d'autres comparaisons entre origines locales proches, ce qui ne peut entrer dans le cadre de cet article. Précisons toutefois que les natifs du concelho de Lisbonne et dont on peut supposer qu'ils ont suivi une scolarité plus complète que la moyenne des émigrants portugais des trente glorieuses, se sont installés le plus fréquemment dans des villes à mixité sociale plus prononcée comme Lille et Villeneuve d'Ascq alors que Roubaix est une ancienne ville ouvrière en crise.

Il est fort peu probable que de fortes concentrations de Portugais aient pu exister au temps des pionniers. Leur insertion plus rapide dans la société française et leur acculturation s'expliquent par la moindre solidité de leurs ancrages identitaires à leurs lieux d'origine.
Dans la ville de Roubaix qui comptait au moins 4814 Portugais d'après le Recensement Général de la Population de 1982, le choix du lieu de résidence aboutissait bien souvent à des regroupements par appartenance locale d'origine. Ainsi, il est frappant de remarquer que la rue de l'Alma est une rue dont les Vimaranenses étaient presque absents alors qu'elle présente toujours une très forte concentration de Covilhanenses. Ces derniers, bien moins nombreux que les premiers dans l'ensemble de la ville sont néanmoins bien plus regroupés. Ils donnent ainsi l'impression que, lorsque les conditions le permettent, la tendance naturelle chez des immigrants arrivés à la même époque, du même pays et présentant une forte homogénéité sociale serait de chercher à atteindre un seuil de concentration par origine locale. L'affinité sociale étant fortement liée à ce dernier facteur, le regroupement permettrait le déploiement d'une solidarité et d'une entraide très fortes, propres à pallier en partie la difficulté de l'adaptation. La concentration des Vimaranenses et des Covilhanenses dans la ville de Roubaix doit atteindre des valeurs que l'on pourrait mesurer en individus par hectare proches, à la différence près que les premiers sont présents dans presque tous les quartiers.
Il est un révélateur évident des affinités par origine locale même dans des communes dans lesquelles un certain brassage s'opère, le choix des conjoints chez les jeunes adultes qui ont grandi, voire sont nés, en France.
Seuls les mariages célébrés dans l'arrondissement de Lille sont pris en compte dans cette étude. Notre échantillon de 83 mariages est certes numériquement insuffisant, mais il nous permet de dégager des proportions significatives.

Avec qui les originaires du Portugal (1ère colonne) se sont-ils mariés dans l'arrondissement de Lille ?

83 mariages différents au total

originaire de Covilhã

originaire de Guimarães

originaire du même autre concelho (ex  : Fundão)

originaire d'un autre concelho différent (ex  : Lisbonne)

personne née en France

originaire de Covilhã

11

2


5

22

originaire de Guimarães


0


4

14

originaire d'un autre concelho (ex  : Fundão)



4

1

20

Seuls 27 mariages pris en compte unissent deux conjoints nés au Portugal sur les 83 car l'échantillon intègre des mariages de pionniers. Sur ces 27 mariages, 15 concernent des conjoints nés dans le même concelho, soit environ la moitié. Certes, bien que vivant en France depuis parfois longtemps, un luso-descendant[22] peut avoir rencontré son conjoint en vacances au Portugal... ou ailleurs. Malgré toutes les réserves que l'on pourrait apporter, on peut estimer au vu de cette proportion qu'une part significative de luso-descendants[23] se marient à des Portugais de même origine en raison d'une sociabilité plus développée entre personnes d'une même région.

CONCLUSION

S'il y eut bel et bien une certaine continuité des liens entre Guimarães et Covilhã et l'arrondissement de Lille depuis la fin du 19 è siècle, pour ce qui ressort de la formation en ingénierie, de l'équipement et de la mode, l'hypothèse d'un lien décisif entre pionniers et immigrants des trente glorieuses ne résiste pas à un faisceau de constatations concordantes. Ce type de lien a peut-être existé mais ailleurs.
Les pionniers ont bénéficié dans l'agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing de facteurs d'intégration particulièrement puissants. Il s'agissait essentiellement de meilleures facultés d'adaptation en raison d'un bagage scolaire plus complet et d'une connaissance préalable du milieu urbain plus fréquente. Il faut ajouter que ces immigrants étaient souvent des jeunes-hommes à marier, ce qu'ils ont fait massivement avec des Françaises avant de concevoir des enfants qui furent élevés bien loin de la problématique de la double identité. Bon nombre de pionniers suivirent ce chemin en inversant les étapes. Enfin, ils vécurent en dehors de tout noyau ethnique et en ayant fort peu la possibilité de se livrer à l'annuel « va et vient identitaire » estival entre France et Portugal. Leur âge avancé lorsque les immigrés des années 1962 – 1975 arrivèrent et leurs origines locales sensiblement différentes achève de discréditer toute idée de lien déterminant entre les deux vagues. Chez les pionniers, le sentiment d'appartenance à un lieu d'origine dut finir par s'estomper.
A l'opposé, chez les immigrés des trente glorieuses, on reste, malgré les papiers français que bien souvent on a fini par obtenir, non seulement un Portugais, mais peut-être encore plus un Portugais de son village, de son canton. La vivacité manifeste des attaches à son pays et à sa « terra » tire sa force de modalités d'insertion dans la société française qui laissèrent la part belle aux dynamiques communautaires. En effet cette vague aboutit souvent une immigration familiale et à la mise en place de stratégies résidentielles de regroupement.

Bibliographie

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Notes

[1] Dans cet article, «origine» s'entend comme lieu de naissance qui, au Portugal coïncide souvent avec le lieu où l'on vit de façon durable.
[2] Mauco, Georges, Les étrangers en France, leur rôle dans l'activité économique, Paris, Colin, 1932
[3] « de Guimarães » [4] « de Covilhã » [5] Il s'agit ici du nombre de cas retrouvés dans les actes et non du nombre total de Portugais ayant fait l'objet d'un acte d'Etat-Civil au cours de cette période.
[6] Sur l'axe des abscisses, l'intervalle [35 ;60] a été supprimé car les registres consultés n'apportent aucune information sur les Vimaranenses et les Covilhanenses durant cette période.
[7] entretien du 31/07/00 traduit du Portugais
[8] Ici, l'option choisie est la plus simple qui soit  : les prénoms dits « français » ou « portugais » sont très typés. Les prénoms franco-portugais » étaient usités au Portugal comme en France comme Daniel, Gabriel... Voir mon DEA dans lequel je fais une proposition de codage et de paramétrage pour la constitution d'un indice synthétique de préservation de l'onomastique portugaise chez les luso-descendants.
[9] LUCAS, L., La francisation du nom des naturalisés, Paris, 1929
[10] En 1931, le département du Nord était le 3è dans le classement décroissant du nombre d'étrangers. Ils représentaient 12% de la population lilloise.
[11] Il s'agit ici des 1ères professions identifiées grâce aux registres dans la mesure où il est fréquent qu'un même immigré apparaisse plusieurs fois sur une période de 15-20 ans, ce qui autorise un suivi de la mobilité professionnelle.
[12] Il s'agit de l'année à partir de laquelle le fichier du consulat du Portugal à Lille a été méthodiquement constitué.
[13] arrivées en France probables entre 1917 et 1931
[14] arrivées probables en France entre 1964 et 1975
[15] Il appartient au district de Braga qui en compte 13.
[16] Il appartient au district de Castelo Branco.
[17] soit approximativement le concelho de Guimarães
[18] Dans les registres, les hommes originaires de Covilhã et de Guimarães sont respectivement 14 et 19% à occuper un poste de manœuvre sans que l'on puisse savoir de quel secteur d'activité il s'agit.
[19] Elles sont au nombre de 15, et sont peut-être un peu plus orientées vers le textile que l'ensemble des communes qui forment l'agglomération de Lille au sens de l'INSEE.
[20] hommes et femmes
[21] Beaucoup de clandestins cachaient leur départ, même aux parents les plus proches, de peur qu'ils fassent obstacle ou que la nouvelle s'ébruite. Avant la Révolution des Œillets, l'inscription au syndicat était une obligation à visée corporatiste imposée par le régime, aussi les ouvriers étaient semble t-il réticents à informer leur syndicat qui ne prenait note du départ qu'après en avoir été informé par l'employeur. Comme tous les ouvriers devaient se syndiquer, cette source n'induit pas de biais.
[22] qui sont probablement aussi les lieux de résidence dans une majorité des cas


[23] Enfant d'une personne née au Portugal et qui se rattache identitairement à ce pays.

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