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Le zoo informatique

paru dans Edition-actu n° 88, 15 janvier 2004

Sur l’internet, le professionnel du livre slalome entre les spams (messages électroniques non sollicités) et les virus, cela finit par être vraiment fatigant. Les maux s’abattent désormais sur le réseau comme les dix plaies d’Egypte en d’autres temps. Rappelons à nos lecteurs n’ayant pas en mémoire l’Exode, deuxième livre de la Bible et du Pentateuque (ce qui, après tout, est tout à fait leur droit), que ces dix plaies furent l’eau transformée en sang, l’invasion de grenouilles, l’invasion de moustiques, l’invasion de taons, la mortalité du bétail (bien avant la vache folle et le mouton cinglé), la lèpre, la grêle, l’invasion de sauterelles, les ténèbres et la mort des nouveaux-nés.

Résolument à contre-courant, l’image de la puce observe un net progrès. A l’origine, la puce est un insecte constituant l’ordre des siphonaptères (rien à voir avec Napster), dépourvu d’ailes, brun, sauteur, parasite des êtres humains et de certains mammifères. Pas très sympathique donc. La puce informatique, elle, permet à la puce originelle de sérieusement “relooker” son image. Pour nos lecteurs non technophiles, rappelons que la puce technophile est une plaquette de silicium dont la surface peut être inférieure au millimètre carré (elle perd en volume) et sur laquelle est gravé un microprocesseur (elle gagne en intelligence). Elle aussi prolifère ces dernières années puisqu’elle est désormais présente dans pratiquement toutes les machines, et nombre d’objets, usuels ou non. Tous les arbres de Paris en sont équipés, ce qui permet à la ville de les suivre de près. Tôt ou tard les puces équiperont aussi nos lunettes, nos dentiers, et peut-être même nos préservatifs?

La souris fait encore mieux que la puce. En fait, dans la série des animaux ayant retrouvé leurs lettres de noblesse, la souris cartonne. Avant, la souris était un petit mammifère rongeur qui ne jouissait pas d’une grande cote de popularité chez les professionnels du livre, pour des raisons évidentes qu’il est inutile de rappeler ici. La souris informatique a considérablement évolué puisqu’elle occupe désormais la place d’honneur sur le bureau, et peut même se retrouver occasionnellement sur la table de la salle à manger. Pour nos lecteurs non technophiles, rappelons que la souris technophile est un “petit dispositif électronique de commande, manuel et mobile, permettant de repérer et de pointer sur l’écran un point d’image que l’on souhaite traiter” (Dictionnaire universel francophone en ligne). Bien. La souris repose souvent sur un petit tapis caoutchouteux. Terminé le temps où on la chassait à coups de balai ou au moyen de graines empoisonnées. La souris peut se faire discrète en s’intégrant au clavier, surtout dans les ordinateurs portables. Elle se conjugue aussi en version sans fil, pour les souris férues d’indépendance.

Terminons par une courte digression sur le tapis, qui n’est plus disposé sous la table, mais dessus, une ascension sociale bien méritée, qui va de pair avec celle de la souris. Le tapis sur lequel la souris évolue est soit standard (acheté en magasin) soit fait sur mesure (pour vous). Les modèles de tapis sont innombrables, et vont du tapis uni au tapis géographique (la grande bleue), artistique (le Mont Saint-Michel), amical (votre groupe de copains) et familial (votre conjoint(e) et vos enfants). Si vous utilisez un ordinateur portable avec souris intégrée, vous n’avez pas besoin de tapis, à moins que vous n’y teniez vraiment, dans un but purement décoratif, ou alors pour poser votre tasse de café, vu que vous n’aimez pas les soucoupes, ou que toutes les soucoupes sont cassées.


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