DAF 1694: Macrostructure, mésostructure, microstructure; nomenclature, article

R. Wooldridge

1. Le système

Le texte est structuré à trois niveaux: macrostructure, mésostructure et microstructure.

Le lexique -- la nomenclature ou les unités de traitement -- est distribué parmi les trois niveaux.

La macrostructure contient les mots de base -- l'Académie les appelle des racines (Préface) -- du lexique rangés par ordre alphabétique. La mésostructure contient les membres d'une famille de mots étymologique rangés selon un ordre dérivationnel hiérarchique. La microstructure contient des informations sur les adresses de la macrostructure et de la mésostructure, dont éventuellement des réalisations sémantiques et syntagmatiques qui sont traitées à leur tour et qui fonctionnent comme sous-adresses.

Les adresses sont appelées vedettes d'article au niveau de la macrostructure, sous-vedettes d'article au niveau de la mésostructure. La vedette ou la sous-vedette peut être complexe comprenant une forme de base et une ou plusieurs variantes: verbe pronominal (à côté du verbe simple), féminin (suivant le masculin), variante (graphique ou syntagmatique). Les formes variantes sont appelées des co-vedettes ou co-sous-vedettes. En l'absence d'une opposition, les vedettes et les sous-vedettes sont des adresses, les co-vedettes et les co-sous-vedettes sont des co-adresses.

Pour une unité de la macrostructure, l'ensemble des adresses -- mot de base et autres membres de la même famille étymologique -- et des informations forme un macro-article. Pour chaque mot -- mot de base ou dérivé --, l'ensemble adresse plus informations forme un micro-article.

Dans le DAF 1694, les vedettes sont imprimées en grandes capitales, les sous-vedettes en petites capitales.

Ce système est exemplifié par le macro-article GELER. Au niveau de la macrostructure, GELER est placé entre GEINDRE et GELINE. Les unités de la mésostructure sont, par ordre textuel: 1) vedette GELER; 2) sous-vedettes GELÉ, [GEL]ÉE; GELÉE; CONGELER; CONGELÉ, [CONGEL]ÉE; CONGELATION; DÉGELER; DÉGELÉ, [DÉGEL]ÉE; DÉGEL; REGELER; REGELÉ, [REGEL]ÉE; ENGELEURE. L'ordre dérivationnel hiérarchique des unités de la mésostructure serait: 1) GELER - GELÉ/GELÉE - GELÉE; 2) CONGELER - CONGELÉ/CONGELÉE - CONGELATION; 3) DÉGELER - DÉGELÉ/DÉGELÉE - DÉGEL; 4) REGELER - REGELÉ/REGELÉE; 5) ENGELEURE. Les micro-articles des deux dernières sous-vedettes sont respectivement

et On pourra noter que la partie commune de la sous-vedette complexe REGELÉ/REGELÉE est laissée implicite dans la co-sous-vedette REGELÉE. C'est la règle des féminins en co-(sous-)vedette dans le DAF 1694 (comme dans les autres éditions du DAF et dans les dictionnaires modernes en général).

Alors que les micro-articles de REGELÉ/REGELÉE et ENGELEURE n'occupent qu'un alinéa chacun, d'autres comprennent plusieurs alinéas, avec mise en saillie de la première ligne de l'alinéa initial et mise en retrait de la première ligne des autres alinéas. Ainsi pour DÉGEL:

Le deuxième alinéa de DÉGEL contient une sous-adresse: Un beau dégel. On peut distinguer trois types formels hiérarchiques de sous-adresses: a) Niveau 1: celles qui commencent directement un alinéa, tout comme les vedettes et les sous-vedettes, et qui sont qualifiées d'une indication de catégorie grammaticale (ce qui est le cas aussi de la plupart des vedettes et sous-vedettes). Ex. "Beau-fils. sub. m." (s.v. FILS): b) Niveau 2: celles qui commencent directement un alinéa mais ne sont pas qualifiées d'une indication de catégorie grammaticale. Ex. "Bois de belle venuë" (s.v. BOIS): c) Niveau 3: celles qui sont précédées d'un tour de présentation (ici "On appelle"). Ex. "On appelle, Un beau dégel" (s.v. GELER): Les similarités entre les sous-vedettes et les sous-adresses de niveau 1 (voire de niveau 2) sont frappantes. Il est important cependant, en parlant du système, de ne retenir que des critères formels, objectifs. Il est évident que l'ensemble des unités lexicales consignées dans un dictionnaire ne coïncide pas avec l'ensemble des unités lexicographiques du même ouvrage: la distribution et le traitement des premières varient, le degré de lexicalité varie aussi et la frontière entre unité lexicale et unité non lexicalisée est floue. Il est toujours facile de trancher un cas particulier -- de dire, par exemple, que beau-fils est manifestement plus lexicalisé que un beau dégel, voire beau dégel --; ériger un système lexical (virtuel) en système lexicographique homogène (actuel) défie toute réalisation théorique ou effective, d'où les non sequitur de tout dictionnaire. On sait très bien que les auteurs du DAF 1694 n'avaient pas une maîtrise globale de leur oeuvre (cf. Beaulieux 1951), ne pouvaient pas en avoir (seule une version électronique du texte le permet); les inconséquences au niveau de la nomenclature sont le résultat, soit de ce manque de maîtrise -- dont maîtrise finale unificatrice des maîtrises diachroniques partielles (les étapes de la rédaction), soit des hésitations qu'avaient les auteurs du dictionnaire concernant le statut lexical d'une unité. C'est à une analyse des inconséquences, des dérogations au système, que nous allons procéder maintenant. (Cf. Estienne-Nicot)

2. Dérogations à l'ordre alphabétique de la macrostructure

Une partie des dérogations à l'ordre alphabétique de la macrostructure serait imputable à des changements survenus en cours de rédaction. En voici quelques exemples.

BESIGUE est placé entre BESACE (renvoi) et BESCHE: l'explication de cet ordre se trouverait dans la remarque "Quelques-uns disent, BESAIGUE.", ce qui donne à penser que la forme originellement donnée en vedette avait été BESAIGUE, et non BESIGUE que l'on aurait préférée lors d'une révision ultérieure sans faire le changement de classement correspondant.

BESOGNE est classé comme vedette après BESOIN: aurait-il été d'abord considéré comme rattaché étymologiquement à BESOIN (donc sous-vedette de celui-ci), pour ensuite acquérir le statut de lexème autonome (soit en synchronie, soit d'un point de vue étymologique)?

CAVE, CAVERNE, CAVE: CAVERNE 'lieu creux' aurait antérieurement été considéré comme sous-vedette de CAVE 'creux'.

CIGNE, CICOGNE: le second mot aurait d'abord été écrit CIGOGNE (cf. "Plusieurs escrivent & prononcent Cigogne.").

3. Déficiences des renvois dans la macrostructure

En principe, la place d'un dérivé dont la forme alphabétique diverge sensiblement de celle du mot chef de famille sous lequel il est rangé dans la mésostructure est signalée par un renvoi dans la macrostructure. Ainsi, "DEESSE. Voy DIEU."; "INSTITUER, INSTITUT, INSTITUTEUR, INSTITUTION. Voy sous STABLE.". Beaucoup ne le sont pas: pour les dérivés de STABLE, DESTITUER a un renvoi dans la macrostructure, mais non DESTITUABLE, DESTITUTION ni INDESTITUABLE; la macrostructure renvoie à "STATUER" pour SUBSTITUER, SUBSTITUT et SUBSTITUTION, alors que STATUER est sous-vedette de STABLE; au lieu d'un renvoi, CONSTITUER, CONSTITUÉ, CONSTITUANT et CONSTITUTION se voient mériter un deuxième traitement complet à leur place alphabétique (cf. infra 9 Items doubles). Lorsque renvoi il y a, il n'est pas rare que la graphie du mot n'y soit pas la même que celle qui se trouve dans la mésostructure: ex. a) "DEFFAILLANCE, DEFFAILLANT, DEFFAILLIR. Voy FAILLIR."; s.v. FAILLIR: "DEFAILLANCE [...] DEFAILLANT [...] DEFAILLIR"; b) "APPRETIER, ou APPRECIER. Voy PRIX."; s.v. PRIX: "APPRECIER"; c) "EFFECT [...] Voy FAIRE."; s.v. FAIRE: "EFFET"; d) "EBULISSION. Voy. BOUILLIR."; s.v. BOUILLIR: "EBULITION". Ce seraient là des exemples de la révision partielle du dictionnaire: formes archaïques en renvoi, formes modernes dans les articles. Un renvoi peut renvoyer à quelque chose qui n'existe pas: "SUBALTERNE. Voy ALTERNE."; SUBALTERNE est donné s.v. ALTERNATIF; alterne est un hapax legomena. Il peut aussi donner un mot qui n'est pas traité à la place indiquée: "TERNE. adj. Numeral. Voy TROIS."; c'est la seule occurrence de terne (cf. dans les deuxièmes Additions: "TERNES. Terme de jeu de Trictrac, lorsque chacun des deux dez amene trois.").

4. Les fausses vedettes et les fausses sous-vedettes

Une fausse vedette est normalement une unité de nomenclature imprimée en grandes capitales en début d'alinéa alors qu'elle est manifestement membre de la famille du mot-vedette précédent et aurait donc dû être imprimée en petites capitales. Une fausse sous-vedette est une séquence en petites capitales en début d'alinéa correspondant à un mot de base qui aurait dû être imprimée en grandes capitales comme vedette.

On relève entre autres les fausses vedettes suivantes: "EMMANCHER", entre MANCHE et EMMANCHÉ s.v. MAIN (cf. dans la macrostructure: "EMMANCHER, EMMANCHEIER. Voy sous MAIN."); "AISSIEU" s.v. AXE (cf. dans la macrostructure: "AISSIEU, Voy AXE."); "BASSETTE" s.v. BAS (cf. "BASSETTE. Voy BAS."); "BRISER" s.v. BRIS; "DECHEOIR" s.v. CHEOIR (cf. "DECHEOIR. Voy CHEOIR."). Comme fausses sous-vedettes, notons entre autres: BOUDER donné typographiquement comme sous-vedette de BOUCLIER; BOURDE donné comme sous-vedette de BOURBE; BREHAIGNE donné comme sous-vedette de BREF; CAPE donné comme sous-vedette de CAPABLE; CHOCOLAT donné comme sous-vedette de CHOC.

Voilà des cas clairs; il y en a d'autres qui le sont moins. "BESOGNE" est classé comme vedette après BESOIN, ce qui constitue une infraction à l'ordre alphabétique de la macrostructure; aurait-il été d'abord considéré comme rattaché étymologiquement à BESOIN (donc sous-vedette de celui-ci), pour ensuite acquérir le statut de lexème autonome (soit en synchronie, soit d'un point de vue étymologique)? Autre cas d'infraction à l'ordre alphabétique, "CAVERNE", dans la suite CAVE (adj.) - CAVERNE - CAVE (subst.), aurait d'abord été considéré comme sous-vedette de CAVE adj. D'après sa définition -- "La partie du chevreau, agneau, veau, &c. qui contient la presure à cailler le lait." --, "CAILLETTE" aurait pu être donné comme sous-vedette de CAILLER. De même, "CORROSIF" ("Qui a la force de corroder.") aurait été mieux classé comme sous-vedette de CORRODER. "ESPAULE - ESPALLE - ESPALIER": les deux derniers avaient d'abord été consignés comme sous-vedettes de ESPAULE (cf. le renvoi dans la macrostructure: "ESPALLE, ESPALIER. Voy sous ESPAULE."); ESPALLE aurait ensuite acquis un statut sémantique autonome (primant le regroupement étymologique) sans être mis à sa bonne place alphabétique; "ESPALIER", imprimé en grandes capitales, est une fausse vedette dans les deux cas de figure.

5. Sous-vedettes, reprises d'adresse et sous-adresses

L'équation 'séquence en petites capitales en début d'alinéa mis en saillie = sous-vedette' est plus problématique que celle de 'séquence en grandes capitales en début d'alinéa (mis en saillie) = vedette', dans laquelle seules les rares fausses vedettes (cf. supra 4) viennent troubler le système. En revanche, une séquence en petites capitales en début d'alinéa mis en saillie peut correspondre à plusieurs cas: a) la séquence est un dérivé du mot de base donnée préalablement en vedette (type "GELER -> GELÉE -> CONGELER" -- cf. supra 1); b) la séquence est un syntagme lexicalisé contenant un mot donné auparavant comme vedette ou sous-vedette (type "GAUCHE -> A GAUCHE", "DIVISER -> INDIVIS -> PAR INDIVIS"); c) la séquence est une reprise sémantique ou sémantico-syntaxique d'une vedette ou sous-vedette (type "AISÉ, [AIS]ÉE. adj. Facile. -> AISÉ, signifie aussi, Commode.", "VOLER. v. n. Se soustenir, se mouvoir en l'air -> VOLER. v. act. Ravir, prendre quelque chose par force."). Alors que les sous-vedettes typographiques de type A sont toujours (sauf erreur) imprimées en petites capitales romaines, les adresses de type B et de type C sont souvent imprimées en minuscules italiques: les rédacteurs hésitaient manifestement entre le statut de sous-vedette (capitales romaines) et celui de sous-adresse (minuscules italiques). En voici des exemples:

Petites capitales romaines Minuscules italiques
A GAUCHE. adv. A l'Air, adverb. (s.v. AIR)
PAR INDIVIS. Façon de parler adverbiale. Par accident, Maniere de parler adverbiale. (s.v. ACCIDENT).
AISÉ, signifie aussi, Commode. Accord signifie aussi Union
VOLER. v. act. Ravir Desborder. v. act. Oster le bord.
(donné à la suite de "DESBORDER. v. n. Sortir hors du bord." s.v. BORD)

Les adresses syntagmatiques contenant deux mots lexicaux sont sujettes, à la fois à la variation sous-vedette/sous-adresse (type "CORPS DE RESERVE" s.v. RESERVE, "Corps de garde" s.v. GARDE), et au classement variable, tantôt sous le premier mot, tantôt sous le second, tantôt enfin sous les deux. Ainsi, VOL DE CHAPON est donné s.v. CHAPON, Blanc de chapon s.v. BLANC; pour les entrées doubles (cf. infra 9), citons: BEC-DE-CORBIN s.v. BEC, Bec de Corbin s.v. CORBIN; VESSE DE LOUP s.v. VESSE, Vesse de loup s.v. LOUP.

Du point de vue des hésitations de classement des unités syntagmatiques, il est instructif de regarder le sort de quelques cas dans les différentes éditions du DAF (éditions 1 à 8). Si, après la première édition, le DAF pratique l'ordre alphabétique absolu pour les lexèmes simples (mots de base et dérivés) -- abolissant ainsi la mésostructure étymologique pour donner à toutes les vedettes le même statut lexicographique et typographique (grandes capitales) --, il garde pour les unités de traitement syntagmatiques le statut, soit de sous-vedette (petites capitales), soit de sous-adresse (minuscules italiques): la marge de manoeuvre est donc maintenue. ("A1", "A2", etc. = première, deuxième (etc.) édition; "V" = vedette, "SV" = sous-vedette; "SA" = sous-adresse; "UT" = unité de traitement non en (sous-)adresse; "R" = renvoi; "Ex" = exemple d'emploi; "ExE" = élément d'exemple.)

Il y a plusieurs cas de figure dans la carrière de ces unités: 1) montée: a) SV -> V (à clochepied); b) SA -> V (gras double, loup-cervier); c) ExE -> UT -> V (gras-fondu); d) Ex -> V (queüe de morüe); 2) montée puis descente: SA -> V -> SA (loup-marin); 3) montée -> descente -> remontée: SA -> SV -> SA -> V (queuë d'aronde). Dans le cas de queüe de morüe -> queue-de-morue, il s'agit en fait de l'ajout d'une unité lexicale (queue-de-morue 'frac'), lexicalisation sémantique figurée du syntagme libre donné précédemment. Au point de vue des hésitations, ce sont les fluctuations dans la hiérarchie des statuts qui sont les plus intéressantes: voir loup-marin et queuë d'aronde.

6. Sous-vedettes/sous-adresses syntagmatiques et l'indication de catégorie grammaticale

Une autre façon de considérer la variation sous-vedette/sous-adresse des unités de traitement syntagmatiques est d'examiner la présence ou l'absence d'une indication de catégorie grammaticale, marque de lexicalisation. De manière générale, on peut dire que la catégorie grammaticale est indiquée plus souvent pour les sous-vedettes que pour les sous-adresses et que certaines catégories sont notées plus souvent que d'autres. Notre corpus d'étude comprendra: d'une part, toutes les sous-vedettes typographiques contenant un espace, une apostrophe ou un trait d'union, à l'exception des verbes pronominaux (S'ABASTARDIR, SE BANDER); d'autre part, l'ensemble des sous-adresses qualifiées d'une des catégories grammaticales représentées dans la liste des sous-vedettes du corpus et quelques exemples de sous-adresses non étiquetées relevant des mêmes catégories. Nous ne retenons "façon de parler" et "maniere de parler" que lorsqu'ils sont qualifiés d'un déterminant de catégorie grammaticale ("façon de parler adv.", "maniere de parler qui sert de conjonction", etc.); de même, nous excluons: "formule", "terme", "titre", "acclamation", "cri", "interjection" et "par admiration". Cette terminologie (syntagmatiquement et situationnellement très riche et fort complexe dans le cas des façons/manières de parler), qui est à la frontière de la catégorisation grammaticale mais qui concerne davantage les marques d'usage ou d'énonciation, sera traitée ailleurs (voir Marques d'usage et d'énonciation). Les indications de catégorie sont les suivantes:

Sous-vedettes à espace
(voir liste complète).
adj. (2); adj. m. (1); espece d'adjectif & de substantif (1)
adv. (69); adverb. (11); adverbe (3); adverbial (24); adverbialement (2); adv. de comparaison (1); adv. de lieu (3); adv. de temps & de lieu (1); adv. de temps (1); adv. de temps & de nombre (1); façon de parler adv. (22); façon de parler adverb. (5); façon de parler adverbiale (31); façons de parler adv. (4); façons de parler adverbiales (3); façon de parler adv. & abregée (1); maniere de parler adv. (1); maniere de parler adverbiale (3); manieres de parler adverbiales (1)
conjonction (2); maniere de parler qui sert de conjonction (1); sorte de conjonction (2)
preposition (2); prepositions (1); prép. de lieu (1); façon de parler qui tient lieu de preposition (1); sorte de preposition (1)
s. de tout genre (1); s. f. (8); s. f. pluriel (1); s. m. (23); au pluriel (3)
Sans indication de catégorie grammaticale (128)

Sous-vedettes à apostrophe
(sauf SV à espace; voir liste complète):
adv. (2); adverbe (1); adv. de temps (1); façon de parler adverb. (1); façons de parler adverbiales (1)
part. (1)
pronom (1)
s. (1); s. f. (2); s. m. (4); sub. m. (1)
v. act. (1)
Sans indication de catégorie grammaticale (4)

Sous-vedettes à trait d'union
(sauf SV à espace; voir liste complète):
adj. (12); adj. de tout genre (3); adj. m. (2)
adv. (8); adverbial (1); adv. de lieu (2); adv. de temps (1); adv. dubitatif (1); façon de parler adv. (1); façon de parler adverb. (1)
part. (2)
pronom demonstratif (3)
s. (1); subst. (1); s. de tout genre (1); s. f. (42); sub. f. (2); subst. f. (2); s. m. (128); sub. m. (2); subst. m. (3); subst. masc. (4); s. m. indeclinable (1); s. m. pluriel (1); s. m. v. (2)
surnom (1)
v. a. (4); v. act. reciproque (1); v. n. (1); v. n. pass. (1)
Sans indication de catégorie grammaticale (50)

On voit, d'après ces chiffres que la plupart des sous-vedettes syntagmatiques sont dotées d'une indication de catégorie grammaticale (respectivement 238/366, 17/21 et 235/285 pour les trois types) et que l'adverbe domine chez les sous-vedettes à espace (187/238), le substantif chez les sous-vedettes à trait d'union (190/235).

Voici maintenant l'inventaire des indications de catégorie grammaticale pour les sous-adresses syntagmatiques (voir liste complète).

Sous-adresses à espace Sous-adresses à apostrophe
(sauf SA à espace)
Sous-adresses à trait d'union
(sauf SA à espace)
tient lieu d'adjectif (1)    
adv. (35); adverb. (9); adverbial (5); adv. de lieu (1); adv. d'opposition (1); adv. de comparaison (1); façon de parler adv. (19); façons de parler adv. (3); façon de parler adverb. (1); façons de parler adverb. (1); maniere de parler adverb. (1); manieres de parler adverb. (1) adverbial (1) adverb. (1)
conjonction (6); façon de parler qui sert de conjonction (1)   conjonction (1)
prep. (1); prép. (1); préposition (1)    
substant. (1); s. f. (1); s. m. (5); subst. m. (1) s. f. (1) s. f. (5); sub. fem. (1); subst. fem. (1); s. m. (16); sub. m. (2); subst. m. (3)

Les mêmes tendances se manifestent au niveau des sous-adresses qu'à celui des sous-vedettes: la majorité des sous-adresses à espace marquées sont des adverbes (79/98), alors que le substantif domine auprès des sous-adresses à trait d'union marquées (28/30). Les séquences suivantes illustrent le traitement inégal (typographie et indication de catégorie grammaticale) des syntagmes mis en sous-vedette ou en sous-adresse: a) COSTE A COSTE. adv. (COSTE, 1:256); Bord à bord. adv. (BORD, 1:113); On dit adv. But à but (BUT, 1:136); Bout à bout. coudre bout à bout, pour dire [...] (BOUT, 1:122); b) DEMI-COLOMNE. s. f. (COLOMNE, 1:211); DEMI-QUART. La moitié d'un quart. (QUATRE, 2:349); Demi-quarteron. sub. m. (QUATRE, 2:349); On appelle, Demi-quinze, au jeu de Paume [...] (QUINT, 2:361).

7. Les faux micro-articles et les sous-vedettes perturbatrices

Dans la grande majorité des macro-articles, chaque micro-article commence par une séquence en capitales (vedette ou sous-vedette) et va jusqu'à la fin de l'alinéa précédant la prochaine séquence en capitales fonctionnant comme vedette ou sous-vedette. Ainsi, par exemple, les micro-articles du macro-article MAIGRE sont articulés d'après les séquences MAIGRE, MAIGRET/MAIGRETTE, MAIGRELET/MAIGRELETTE, MAIGREUR, MAIGREMENT, MAIGRIR, MAIGRI/MAIGRIE, AMAIGRIR, EMMAIGRIR, RAMAIGRIR, RAMAIGRI/RAMAIGRIE. Les cas ne sont pas rares pourtant où la mise en petites capitales d'une unité de traitement, justifiée peut-être par le degré de lexicalisation de l'unité en question, fait irruption à l'intérieur d'un micro-article. Il s'agirait en quelque sorte de micro-articles enchâssés et non de micro-articles discrets. Nous illustrerons ce phénomène en analysant une partie du fort complexe macro-article MAIN.

Après 38 alinéas concernant plus ou moins des emplois sémantiques ou syntagmatiques fondés sur MAIN "partie du corps" et 63 alinéas concernant plus ou moins MAIN "puissance, vertu", on arrive à un alinéa ayant trait à gens de main morte:

Selon une logique de dépendance tout à fait compréhensible, l'alinéa suivant est consacré à mainmortable, qui, tout en étant un dérivé sémantique de (gens de) main morte, jouit du statut de dérivé morphologique soudé, supérieur à celui de syntagme; il se trouve donc doté de petites capitales: Ensuite, il y a un retour à main morte dans les deux alinéas suivants: La suite de l'article, 28 alinéas jusqu'à MANUEL non compris, constitue un traitement continu du mot main dans lequel surgit des mises en petites capitales (comme pour mainmortable) pour les unités de traitement -- syntagmes ou composés -- jugées fortement lexicalisées. Cette suite s'articule de la façon suivante (les sous-vedettes en capitales sont imprimées en saillie, les sous-adresses en italique sont imprimées en retrait): MAIN-POTE (un alinéa) - DE MAIN EN MAIN (2 alinéas) - A LA MAIN (3) - EN MAIN (1) - Faire sa main (1) - SOUSMAIN (1) - [avoir] la main (1) - MAIN (3, divers sens) - Main de papier (1) - Main d'Oublies (1) - Main de Justice (1) - A DEUX MAINS (3) - A PLEINES MAINS (1) - Main (2, deux sens) - Mains (1) - MAINLEVÉE (1) - EN UN TOURNEMAIN (1) - AVANTMAIN (1) - ARRIEREMAIN (2).

Pour se donner une idée des proportions du phénomène des enchâssements, on peut étendre l'examen à l'ensemble des articles d'une section du dictionnaire. Nous prendrons pour cela les deux tranches A et G (macrostructure des mots en A ou G) et nous y relèverons toutes les sous-vedettes correspondant à un syntagme (cf. DE MAIN EN MAIN), un composé (cf. MAIN-POTE) ou une forme fléchie (cf. Mains).

1) Micro-articles discrets ("A / B" = A et B sont discrets): A / AU / AUX (sauf dernier alinéa qui traite à la fois de AU et de AUX) ; AIDE / AIDES ; AIGRE / AIGRE-DOUX (séparés par un renvoi pour AIGRE-DE-CEDRE) ; AIGUE / AIGUE-MARINE ; AMOUR / POUR L'AMOUR ; AMIABLE / A L'AMIABLE ; AINSI / PAR AINSI (séparés par un renvoi pour COMME AINSI SOIT) ; AISE / MAL-AISE / MESAISE ; AISÉ / MALAISÉ ; ALIMENT / ALIMENTS ; ALLER / PIS ALLER / AU PIS ALLER ; AMBRE / AMBRE GRIS ; AN / BOUT-DE-L'AN ; ANTIQUE / A L'ANTIQUE ; AOUST / LA MI-AOUST ; ARMÉ / A MAIN ARMÉE ; ASNE / COQ-A-L'ASNE ; ATTENDANT / EN ATTENDANT ; AVANT / EN-AVANT / AUPARAVANT / DORESNAVANT ; DEVANT / PARDEVANT ; AVANTAGE / DAVANTAGE ; AUDIENCIER / GRAND AUDIENCIER ; AUTRE / D'AUTRE PART (exceptionnellement mis en retrait) / AUTREFOIS ; AYEUL / BISAYEUL / TRISAYEUL ; GAUCHE / A GAUCHE ; GENERAL / EN GENERAL ; GESTE / GESTES ; GOUST / AVANTGOUST ; GOUTTE / GOUTTE A GOUTTE ; GRACE / DE GRACE ; GUET / GUET-À-PENS ; GUISE / EN GUISE.

2) Micro-articles enchâssés ("A > B" = B est enchâssé dans A): AISE > A L'AISE ; ARME > AUX ARMES ; DEVANT > CY-DEVANT ; GERMAIN > ISSU DE GERMAIN ; GESIR > CY-GIST. Cas complexe (comparable à MAIN): GARDE - GARDE - AVANT-GARDE - ARRIERE-GARDE - MESGARDE - SAUVEGARDE - GARDE - GARDEROBE - GARDE-DES-SCEAUX - GARDE-FOU - GARDE-MANGER - GARDENOBLE - GARDE-BOURGEOISE.

Les enchâssements ne concernent pas, bien entendu, que les seuls syntagmes, composés et formes fléchies. Par exemple, l'alinéa consacré à DINDONNEAU (s.v. COQ) est suivi d'un sur Dindonniere et de cinq alinéas traitant de coq; l'alinéa de PRIMICIER (sous-vedette de PRIME) précède un alinéa sur De prime abord.

Il faut donc savoir, à l'occasion, faire la part entre la lecture formelle des sous-vedettes typographiques et la lecture linéaire intreprétative des micro-articles.

8. Article, sous-article et item

L'identité de l'article est donc compromise dans le cas de formes lexicales comme main ou garde. L'énumération en alinéas des propriétés de ce type d'unités engendre en quelque sorte des sous-articles, dont le caractère peut être renforcé par la mise en petites capitales. La situation du DAF 1694, élaboré sur une période de 60 ans (1634-1694), est à plusieurs égards tout à fait comparable à celle du Dictionaire francoislatin d'Estienne (1539) aboutissant au Thresor de la langue françoyse de Nicot (1606): le DAF et le DFL-TLF partagent le système d'une macrostructure alphabétique et d'une mésostructure étymologique; ils connaissent tous deux des enchâssements du type "mainmortable". On remarquera justement dans le TLF 1606 la séquence suivante, analogue à MAIN - main morte - MAINMORTABLE - main morte (cf. supra 7): Main f. (88 alinéas avec reprises de main/mains en italique) - Mainmorte f. (1 alinéa) - Main (5 alinéas).

Les articles d'Estienne comprennent une série de courts alinéas non explicitement articulés, que Quemada 1968 appelle des items, par opposition aux longs paragraphes construits de Nicot (Nicot prend l'item "Main morte, Manus planè emortua. B." du DFL 1549 et le développe en deux temps, d'abord dans le DFL 1573 ("Main morte. f." plus 10 lignes de traitement linguistique et de commentaire encyclopédique), ensuite en 1606 (paragraphe de 16 lignes)). L'item implique la discontinuïté énumérative, caractéristique et d'Estienne et du DAF. Les alinéas d'Estienne comprennent typiquement mot ou syntagme français suivi d'un ou de plusieurs équivalents latins; ceux du DAF sont typiquement composés d'un mot ou syntagme français plus définition et éventuellement marque d'usage et/ou exemple(s).

Le terme d'item nous semble commode pour parler des segments (courts articles, sous-articles, fragments) qui interrompent la trame du système ou qui à certains autres égards brisent l'économie du texte.

9. Les items doubles

[Voir liste complète]

L'économie textuelle voudrait en principe qu'une unité lexicale ne soit traitée qu'à un endroit du texte et qu'il soit éventuellement donné des renvois ailleurs (dans le cas des unités syntagmatiques à plusieurs éléments lexicaux). Dans le DAF 1694, ce principe est appliqué assez systématiquement au niveau des entrées alphabétiques renvoyant à la mésostructure (type "AISSIEU, Voy AXE."), mais assez peu à celui des unités syntagmatiques (le nombre de ce type de renvois ira en se multipliant dans les révisions des éditions ultérieures). Il est difficile de déterminer le nombre des items qui sont deux fois à deux endroits différents du texte; il y en a plus de 200 au moins (voir liste). Les plus faciles à repérer sont les items correspondant à des micro-articles (adresse en capitales). L'existence des items doubles est due à plusieurs facteurs intrinsèques (nous ne tenons pas compte ici des conditions extrinsèques de la genèse du dictionnaire): les difficultés du regroupement étymologique (cf. infra 10), la variation graphique et la double lexicalité des syntagmes à deux éléments lexicaux. Notre premier exemple concernera ce deuxième type.

Comme nous l'avons vu, l'article MAIN contient les quatre alinéas consécutifs suivants:

Le quinzième alinéa du micro-article MORT est comme suit: Il s'agit en fait de deux ensembles qui se recoupent; la partie commune, l'item double, c'est gens de main morte / gens de main-morte. La question de la complémentarité des deux ensembles (plus les occurrences de main morte / main-morte à d'autres endroits du texte) sera abordée ailleurs (voir Le texte comme dictionnaire et corpus).

Parmi d'autres items syntagmatiques doubles, mentionnons: aigre-doux s.v. AIGRE et DOUX; arc-boutant s.v. ARC et BOUT; aussi-tost s.v. AUSSI et TOST; beaucoup s.v. BEAU et COUP.

Les items doubles de type étymologique (voir aussi infra 10) ont le plus souvent une occurrence dans la macrostructure et une deuxième dans la mésostructure: ainsi, agriculture est donné en vedette à sa place alphabétique (entre AGRESTE et AGRIFFER) et en sous-vedette s.v. CULTIVER; de même, annoncer s.v. ANNONCER et NONCE (plus annonce, annonciade, annonciation); appaster s.v. APPASTER et PASTE. Ils peuvent aussi avoir leurs deux occurrences dans la mésostructure: catimini s.v. CATIR et CHAT; evacuer s.v. VACUITÉ et VUIDE; exorbitant s.v. EXORABLE et ORBE.

La variation graphique peut donner lieu à deux occurrences d'un item dans la macrostructure alphabétique: CIGNE et CYGNE; ou une dans la macrostructure et une deuxième dans la mésostructure: ANSPESADE et LANCE-PESSADE ("On prononce ANSPESSADE") s.v. LANCE. La variation graphique, bien que fréquente dans les items doubles (cf. terre-plain s.v. PLAIN, terre-plein s.v. TERRE), est rarement cause en soi de la répétition d'items.

10. Inconséquences du classement étymologique

Nous traiterons ailleurs la question de l'étymologie en soi: bien-fondé des regroupements effectués, nature des regroupements larges fondés souvent sur la notion de famille étymologique latine plutôt que sur celle de famille française (regroupements larges), présence dans le texte d'un certain nombre de notices étymologiques, justification des regroupements par les définitions étymologisantes (cf. S'ESBAUDIR, sous-vedette de BAUDET). Ne seront examinées ici que quelques inconséquences touchant la distinction microstructure/mésostructure.

Les mois de l'année. FEVRIER "Le second mois de l'année" est sous-vedette de FIEVRE; Mars "Le troisiéme moir de l'année" est sous-adresse de MARS "Une des sept Planetes qui prend son nom de Mars, reputé par les Romains pour le Dieu de la guerre"; AOUST et AUGUSTE ne sont pas rattachés. Le rattachement étymologique de SEPTEMBRE "Le mois qui estoit le septiesme de l'année, quand on la commençoit au mois de Mars, & qui est presentement le neuviesme", sous-vedette de SEPT, et d'OCTOBRE "Le mois qui estoit le huitiéme de l'années quand elle commençoit au premier Mars, & qui est le dixiéme apresent", sous-vedette de HUIT, est rendu explicite par la définition donnée pour chacun; en revanche, NOVEMBRE "L'onziesme mois de l'année" et DECEMBRE "Le dernier mois de l'année" ne sont rattachés à NEUF et à DIX respectivement que par le regroupement de la mésostructure. DECEMBRE est donné une deuxième fois, avec la même définition, dans la macrostructure (item double). JANVIER, AVRIL, MAY, JUIN et JUILLET ne sont pas rattachables.

Les jours de la semaine. MARDI n'est pas rattaché à MARS, ni JEUDY à JUPITER ou SAMEDI à SABBAT. LUNDY est sous-vedette de LUNE, MERCREDI de MERCURE, tous deux sans définition étymologisante, alors que VENDREDY, sous-vedette, de VENUS, est défini "Jour autrefois consacré à Venus, qui est maintenant selon le commun usage, le sixiesme jour de la semaine". DIMANCHE et DOMINICAL sont séparés, le premier comme vedette dans la macrostructure, le second comme sous-vedette de DOMAINE, en dépit de son traitement sémantique: "Qui appartient au Seigneur. [...] Lettre Dominicale, est la lettre qui marque le jour du Seigneur, ou le Dimanche dans le Calendrier. / On dit, d'un Ecclesiastique qui presche les Dimanches, qu'Il presche les Dominicales."

Les planètes. MERCURE et VENUS sont sémantiquement planètes et divinités; MARS et SATURNE sont sémantiquement planètes et étymologiquement divinités; JUPITER n'est que planète.

Les conjonctions saugrenues. La tranche CIRCON... de la macrostructure ne contient que des mots en circon..., sauf CONTREVALLATION, qui doit cette place à la vedette CIRCONVALLATION (CONTREVALLATION "Pareille maniere de fossé [...]. on a fait autour de cette ville des lignes de circonvallation & de contrevallation."). De la même façon, PERIGÉE doit sa place dans la tranche APO... à APOGÉE. Il y a un renvoi dans la macrostructure alphabétique pour perigée mais pas pour contrevallation. Il n'y a pas non plus de renvois alphabétiques pour dindon et dindonneau, dont la présence comme sous-vedettes de COQ est plus justifié (COQ -> COQ D'INDE -> DINDON "Diminutif de coq-d'Inde" -> DINDONNEAU "Diminutif de Dindon").

Les composés. Syntagmes soudés, les composés posent le problème de leur classement sous l'un ou l'autre de leurs constituants. Alors que les composés en sous- et arriere- sont tous classés sous le deuxième terme, la place des composés en porte- et passe- varie: porte-arquebuse, porte-assiette, porte-chappe, porte-crayon, porte-Dieu, porte-enseigne, portefeüille, porte-manteau, porte-mouchettes et porte-verge sous le premier terme, porte-carreau et porte-vent sous le second, porte-croix, porte-espée, portefaix/porte-faix et porte-lettre/portelettre sous les deux; passe-droit, passe-poil, passe-port, passe-fleur, passe-volant, passe-caille sous le premier terme, passe-temps et passevogue sous le second, passe-pied et passe-velours sous les deux.

11. Unités cachées, mots oubliés

11.1. Unités cachées

En principe, chaque unité de nomenclature est présentée en début d'alinéa, éventuellement précédée d'un tour de présentation. Une variante graphique donnée en co-adresse est pleinement consultable si sa forme est proche de celle de l'adresse (ex. "RESCHAUT, ou RESCHAUD."). Plus les deux formes divergent et plus la variation concerne la morphologie plutôt que la graphie, moins la co-adresse est consultable.

Le macro-article BARBE contient l'item suivant: "BARBICHE ou BABICHE. s. f. BARBICHON ou BABICHON. s. m. & par contraction BICHE & BICHON. Sorte de petit barbet." On dira que barbichon est peu caché, babiche et babichon le sont davantage, biche et bichon le sont beaucoup; aucune des variantes n'est ni traitée ni signalée en renvoi à sa place alphabétique.

L'existence pour une co-adresse d'un renvoi dans la macrostructure semble aléatoire, n'étant fondée, du moins dans les faits, ni sur l'importance typographique de la co-adresse, ni sur le degré de ressemblance ou de dissemblance formelle avec l'adresse, ni sur l'importance d'usage de la variante (usage non marqué ou marqué):

  • Typographie. a) "BEUVETTE ou BUVETTE": buvette est signalé en renvoi alphabétique; "BREUVAGE ou BRUVAGE": bruvage n'est pas signalé. b) "BAAILLER ou Bâiller": bâiller n'est pas donné en renvoi; "HUITANTE ou plustost octante": octante est donné en renvoi; "CHAPIER, ou Porte-chape": porte-chappe est traité s.v. PORTER (= item double).

  • Ressemblance formelle. a) "CIDRE, ou SIDRE": dans la macrostructure sidre renvoie à CIDRE; "CLINCAILLE, ou QUINCAILLE": il n'y a pas de renvoi pour quincaille; b) "PORREAU, ou POIREAU": il y a un renvoi pour poireau; "COURIR ou COURRE": il n'y a pas de renvoi pour courre.

  • Importance d'usage. Nous ne donnerons sous cette rubrique que des exemples de formes apparemment soit d'usage restreint, soit orales, qui sont pourtant signalées dans la macrostructure. a) la formule "quelques-uns / il y en a qui escrivent/disent": "CINGLER. Quelques-uns escrivent, SINGLER."; "CRISTAL. Quelques uns escrivent encore CRYSTAL."; "JACYNTHE. s. f. [...] (Quelques-uns prononcent & escrivent HYACINTHE.)"; "SETIER. Quelques-uns escrivent, SEPTIER.". Singler, crystal, hyacinthe et septier sont tous donnés comme renvois dans la macrostructure. b) la formule "prononcent/prononciation": "COL. s. m. [...] la prononciation ordinaire dans la pluspart des phrases, c'est COU."; "CORVÉE. s. f. Il y en a qui prononcent COURVÉE." Cou et courvée apparaissent comme renvois alphabétiques. Ces formules sont examinées plus en détail ailleurs (voir L'usage et les usages, Orthographe et prononciation).

    On pourrait multiplier les exemples de chaque type.

    Dans ce qui précède, nous avons donné des exemples de variantes co-adresses (mot imprimé en capitales et séparé de l'adresse par un point, une virguel, ou ou &) et de variantes non en co-adresse (octante, porte-chape, singler, cou, etc.).

    La copule, ou tour de présentation, introduisant une variante lexicale est le plus souvent une formule contenant le mot appelle ou nomme. La liste suivante contient toutes les variantes lexicales, ou synonymes dénominatifs, et dénominations introduites par "on l'appelle /qu'on appelle /que l'on appelle /que le peuple appelle /que nous appellons /que XYZ appellent /XYZ l'appellent /qu'on nomme / que l'on nomme/ qui se nomme / on le/la nomme /que XYZ nomment /l'on nomme /on nomme (aussi, encore, autrement, ordinairement, communement, communément, vulgairement, quelquefois)" qui ne sont pas traitées à leur place dans la nomenclature, laquelle serait ailleurs que là où elles sont cachées. Sur les plus de 150 termes qui répondent à ces critères, les suivants constituent des unités cachées.

    Il y a différentes façons de réagir devant le nombre des unités cachées (il y en a sûrement bien d'autres): il s'agit en grande partie de termes qui ne relèvent pas de l'usage que les académiciens prétendent consigner dans leur dictionnaire (cf. la Préface); la nomenclature est bourrée de termes de ce genre, donc les unités cachées ne devraient pas l'être.

    D'un point de vue quantitatif, on peut constater plusieurs choses: il y a 5.674 séquences d'unités de traitement imprimées comme vedettes (séquences simples: "ABEILLE", ou complexes: "ABJECT, ECTE") et 15.273 séquences d'unités de traitement imprimées comme sous-vedettes; il y a également un nombre difficilement calculable (opération subjective et longue) d'unités de traitement présentées comme sous-adresses. La frontière entre unité de traitement imprimée en italique consultable (sous-adresse) et unité de traitement imprimée en italique cachée est floue; il y a des unités de traitement, ou autonymes, imprimées en minuscules romaines, tout comme le discours lexicographique: cf. "PASSIF [...] Il est opposé à Actif" s.v. PATIR; "PETIT [...] Il est opposé à grand"; "PEU [...] Il est opposé à Beaucoup"; "POSITIF [...] il est opposé à douteux" s.v. POSER -- variation révélatrice des hésitations méthodologiques et de la maîtrise imparfaite des niveaux sémiotiques.

    Les paragraphes qui précèdent n'épuisent pas la typologie des items cachés. Voici un exemple de chacun de trois autres types:

  • "DEFLORER. v. a. Oster la fleur de la virginité. Il est à remarquer que ce Verbe, ni DEFLORÉ, ÉE, part. ni DEFLORATION. s. f. v. ne se disent que dans les informations & les procedures juridiques." Le participe et le nom sont imprimés comme des sous-vedettes mais n'ont pas le statut d'unités structurelles (les unités de la mésostructure sont données en début d'alinéa); aussi sont-ils exclus du lexique systémique. Il est à noter que la marginalisation exprimée par "ne se disent que dans..." ne suffit pas à exclure un mot du lexique structurel (cf. "ne se dit que dans..." s.v. AISEMENT, EMENDER, BASSE-NOTE, BRAQUER, CETUY-CY, CONTRECOEUR, CORRIGIBLE, DEBITEUR, ESCARQUILLER, GABATINE, DEGAINE, GEMISSEMENT, HOCHEMENT, DESHONNETETÉ, CONTREJOUR, ENTREFAITES, PROMETTEUR, NECESSITANTE, OBEDIENCE, RENONCEMENT, SPERMATIQUE, STATUER, MESARRIVER, MOTION -- tous vedettes ou sous-vedettes).
  • "Il signifie fig. Cruel, inhumain; comme, C'est un vray bourreau. Et en ce sens il a un feminin. Cette femme est une vraye bourrelle. Il est bas." (s.v. BOURREAU). Le féminin est présenté comme unité de traitement non initiale d'alinéa; en revanche, le signifiant du féminin -- bourrelle -- ne jouit pas d'un statut d'autonyme et n'est donné que dans un exemple.
  • "SE DESBANDER. v. n. pass. Deserter par troupes. L'armée se desbande. les troupes se desbandent. / On dit, qu'Une armée, que des troupes s'en vont à la desbandade, pour dire, qu'Elles s'enfuyent en confusion & sans garder aucun ordre. / On dit figur. Mettre tout à la desbandade, pour dire, Abandonner le soin de son bien ou de quelque affaire, comme d'une chose desesperée." Le dérivé desbandade -- à la différence de bourrelle (cf. ci-dessus), qui est présenté en métalangue ("il a un feminin") -- n'est donné que dans des exemples et n'est unité de nomenclature qu'implicitement, par le fait que le texte lui accorde deux alinéas à part à la suite du dérivant se desbander. On peut penser à un oubli de mise en sous-vedette.

    11.2. Mots oubliés

    Nous avons examiné les occurrences de tous les mots-formes textuels en bou-, cor-, ga- et ve- (1250 formes) à la recherche de mots employés dans le texte mais oubliés dans la nomenclature. En voici la moisson: Par une extrapolation grossière (sans calcul de l'écart type de l'observation, ni définition précise du statut des quelque 46.000 unités de nos listes de mots-formes), nous dirons qu'il y aurait entre 600 et 700 mots oubliés dans le texte du DAF 1694.

    11.3. Oublis rattrapés

    En dehors de la liste d'"ADDITIONS ET CORRECTIONS" imprimée à la fin de chaque volume, on rencontre dans le texte quelques ajouts de dernière minute rangés à un endroit qui s'y prête à défaut de pouvoir être mis à leur place normale qui est dans une section déjà imprimée.

    La page 318 du premier tome contient quatre courts articles chacun précédé du symbole d'un doigt qui pointe (non expliqué dans les pièces liminaires, ni dans les addenda). Il s'agit de quatre dérivés préfixaux qui avaient été oubliés dans les articles, déjà imprimés, de leur mot de base: DESACCORDER, DESALTERER, DESAVANTAGER et DESBONDONNER.

    Le dernier alinéa de SOUS dit: "Tous les noms & tous les verbes composez de la preposition SOUS, comme, SOUSBAIL, SOUSBARBE, SOUSCOUPPE, SOUSCRIRE, SOUS-ENTENDRE, SOUSFERMER, SOUSLEVER, SOUSMETTRE, SOUSPENTE, SOUSPESER, SOUSRIRE, SOUSTENIR, SOUSTRAIRE, &c. se trouveront chacun aprés leurs simples, à leur ordre, excepté le mot de Sousbassement, qu'on a mis cy-dessous, parce qu'il a esté oublié au B."

    12. Nomenclature dictionnairique et lexique réel

    Le système virtuel de la langue peut générer des unités de nomenclature non attestées par l'usage observé. Le dictionnaire présente un mot sous sa forme canonique, alors que seules des formes marquées seraient réellement utilisées.

    12.1. Genre

    L'adresse peut présenter les formes du masculin et du féminin, alors que seul le féminin serait attesté. Voir aussi: BEATIFIQUE; GRIESCHE; ESCHEVELÉ, ÉE; OFFENSIF, IVE; PECCANT, ANTE; PRAGMATIQUE; VISIF.

    Le cas contraire peut se produire: l'adresse donne les formes du masculin et du féminin, alors que seul le masculin s'emploie. La forme canonique (ou systémique) n'est donc pas le masculin mais le masculin + féminin.

    Dans quelques cas, seule la forme réellement utilisée est donnée: Il y a enfin le cas d'adjectifs qui ne s'emploient qu'au masculin ou qu'au féminin et dont et l'adresse et la catégorisation grammaticale le précisent. C'est le type de présentation le plus clair. En gros, le dictionnaire pratique deux méthodes rédactionnelles pour les adjectifs: adresse (et catégorisation grammaticale) conforme au système virtuel, plus informations concernant l'usage réel; adresse (et catégorisation grammaticale) conforme au lexique réel. Exception curieuse, l'item suivant donne le masculin et le féminin en adresse (système virtuel) suivis d'une catégorisation grammaticale qui précise la forme en usage.

    12.2. Nombre

    L'adresse peut présenter la (ou les) forme(s) du singulier, alors que seul le pluriel serait en usage. L'adresse est conforme au lexique réel lorsqu'elle présente la forme en usage: On remarquera que la formulation "adj. f. pl. Bestes à cornes." est davantage codifiée que "s. m. Il n'est en usage qu'au pluriel, ce sont les parties principales qui servent à la generation."

    12.3. Genre et nombre

    Les items contradictoires traités dans les deux sections précédentes se divisent en deux parties: a) propriétés systémiques virtuelles; b) propriétés particulières observées. Ainsi:

              A           B
    EFFICIENT, ENTE. adj. Qui produit un effet. Il n'est en usage qu'au feminin, & en cette seule phrase. Cause efficiente.
    CRASSE. adj. de tout genre, [...] Grossier, espais. qui n'a d'usage qu'au feminin. [...] Humeur crasse & visqueuse. matiere crasse & espaisse.
    GEMEAU. s. m. Jumeau. Il n'est en usage qu'au pluriel, & il signifie l'un des douze signes du Zodiaque. Le signe des Gemeaux. le soleil entre dans les gemeaux au mois de May.

    Normalement (EFFICIENT, GEMEAU, etc.), les deux parties sont discrètes (chacune est continue); dans CRASSE, les deux parties sont imbriquées (chacune est discontinue).

    Nous terminerons la discussion des mots variables en genre ou en nombre par un cas où il est précisé à la fois le genre et le nombre de l'usage réel et où l'adresse présente en elle-même une anomalie reflétant l'opposition système vs. usage.

    12.4. Graphie

    Il s'agit des capitales et des signes diacritiques; dans l'exemple suivant, le gras a été ajouté par nous. "QUEUE" ne doit pas être considéré comme une forme lexicale; son statut est celui de vedette ou nom d'article. Les 123 occurrences du mot dans l'article portent toutes un tréma: soit queüe, soit queuë (cf. Wooldridge 1995). La coïncidence entre vedette d'article et graphie du mot-vedette, quoique très forte dans le DAF 1694, n'a été généralisée que dans les dictionnaires modernes qui dotent systématiquement les lettres majuscules de signes diacritiques.

    12.5. Les féminins elliptiques

    Les féminins présentés en co-adresse sont presque toujours donnés sous une forme elliptique; il y en a ainsi 4309 féminins imprimés en co-vedette ou co-sous-vedette sous cette forme. La presque totalité des féminins des participes passés -- ou "participes passifs", selon la terminologie du DAF 1694 -- des verbes en -er sont imprimés "ÉE"; les autres terminaisons du féminin sont variables: "GRENU, UE" mais "SAUGRENU, NUE", "RIVAL, E" mais "CORRIVAL, LE", "BARLONG, ONGUE" mais "OBLONG, UE", "CONVERTI, IE" mais "DIVERTI, RTIE".

    En général, la reconstitution du féminin intégral se fait sans difficulté; pour ce faire, soit le lecteur se sert de sa compétence linguistique, soit il regarde les exemples d'emploi.

    Il est pourtant un petit nombre de cas qui posent problème:

    Presque tous les féminins en co-adresse d'adjectifs en -el sont imprimés ELLE (ACCIDENTEL, ELLE; ACTUEL, ELLE; ANNUEL, ELLE; etc.); mais "SOLENNEL, ELE". L'article VISUEL ne contient aucun exemple d'emploi du féminin. Il y a une occurrence du féminin ailleurs: Les especes visuelles (s.v. ESPECE).

    Les règles d'explicitation ne permettent que la forme larronesse pour le féminin, alors que les deux occurrences textuelles donnent larronnesse: "c'est une larronnesse" s.v. LARRON; "les pies sont larronnesses" s.v. PIE. Adresse défectueuse donc.

    Ce sont là les deux seules occurrences textuelles explicites. Presque tous les féminins en co-adresse de noms ou adjectifs en -on sont imprimés ONNE (BROUILLON, ONNE; CHARRON, ONNE; GRISON, ONNE; etc.); mais "PATRON, ONE".

    Dans le contexte des co-adresses elliptiques, la déclaration de la Préface est ironique: "Et si un mesme mot se trouve escrit dans le Dictionnaire de deux manieres differentes, celle dont il sera escrit en lettres Capitales au commencement de l'Article est la seule que l'Academie approuve."