Texte saisi par Catherine and Russon Wooldridge. Relecture par R. Wooldridge.

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Le texte a été saisi d'après l'édition de Margaret McGOWAN, L'Entrée de Henri II à Rouen 1550, éd. facsimile avec une introduction de Margaret M. McGowan, Amsterdam: Theatrum Orbis Terrarum & New York: Johnson Reprint, [1973]. Exemplaire: Robarts Library, Université de Toronto, cote: DC 114.3 E6 1973.

[O] CEST LA DEDUction du sumptueux ordre plaisantz speCTACLES ET MAGNIFIQUES THEATRES DRESSES, ET EXHIBES PAR LES CITOIens de Rouen ville Metropolitaine du pays de Normandie, A la sacree Majesté du Treschristian Roy de France, Henry second leur souverain Seigneur, Et à Tresillustre dame, ma Dame Katharine de Medicis, La Royne son espouze, lors de leur triumphant joyeulx et nouvel advenement en icelle ville, Qui fut es jours de Mercredy et jeudy premier et second jours d'Octobre, Mil cinq cens cinquante, Et pour plus expresse intelligence de ce tant excellent triumphe, Les figures et pourtraictz des principaulx aornementz d'iceluy y sont apposez chascun en son lieu comme l'on pourra veoir par le discours de l'histoire.

Avec privilege du Roy.
[O] On les vend a rouen chez Robert le Hoy Robert et Jehan dictz du Gord tenantz leur boutique, Au portail des Libraires. 1551.

[Page de titre en mode image]


[O] Extraict du privilege donne par le Roy. Le cinquiesme jour d'aoust mil cinq centz cinquante.
[LO] LE Roy estant a sainct Germain en l'aye, present Monsieur l'Evesque de Mascon son grand ausmonier, par grace speciale, A donné congé et Permission à Robert le hoy marchant libraire demourant à Rouen, d'imprimer lordre et magnificence, des joyeuses et nouvelles entrées dudict seigneur et de la Royne sa bien amée compaigne, celebrees en sa bonne ville de Rouen, Avec deffences a tous autres libraires et imprimeurs du royaulme de France, de non {nom} imprimer, ne faire imprimer, vendre, ne distribuer, lesdictes entrées, et ce qui en depend, pour leur enrichissement, sans le vouloir et consentement dudict le Hoy, pour le temps et sur les peines contenues es lettres dudict privilege Signez Clausse. Et jouxte que plus à plain est mentionné es lettres donnees a Rouen le troisiesme de septembre ensuyvant, mil cinq centz cinquante, par Messieurs les Presidens de la court de Parlement de Rouen, icelle court vaccant. Lesquelz du consentement du Procureur general de ladicte court, en enterinant icelluy privilege et requeste y annexe, Ont permitz audit le Hoy seul, d'imprimer ou faire imprimer, vendre et distribuer, icelles entrées et ce qui est adjousté pour l'intelligence et ornature. En faisant inhibition et deffence sur certaines et grandes peines de non donner empeschement audit le Hoy, a l'entiere jouyssance de son octroy.


[O] Aux Lecteurs.
[LO] La plus grande felicité dont un peuple puisse estre enrichy apres la cognoissance de Dieu, est d'avoir un Roy qui precelle autant ses subjectz de sainctes et louables vertuz comme de supreme Authorité et puissance: mais s'il y a nation en ce monde qui l'influence celeste ait favorizé de ce beau et recommandable privilege la France s'en peust à bon droict glorifier, Et par especial en ce temps, le Roy Henry second du nom en donne si sufisant tesmoignage qu'il n'est besoing reduyre en memoire les gestes memorables des Roys ses predecesseurs dont les histoires tant modernes que antiques sont plaines, Bien pouvons nous mettre en avant l'acte autant digne de luy comme tresavantageux pour nous. Lequel il à executé avec non moindre dexterité que diligence, à lissue de son entrée celebrée à Paris monstrant assez n'avoir esté esbloy de la splendeur des delices et magnificences qui luy furent amplement preparées par ses subjetz: mais avoit tousjours l'oeil dressé au but ou l'honneur la vertu la seureté et advancement de son estat repos et felicité de son peuple attiroient son coeur vrayement royal, de sorte qu'en un moment il estendit les lices de tournoy de sa ville Metropolitaine jusques devant Boullongne ville limitrophe de son royaume tirant comme un traict de ligne du centre à l'extremité de la circunference, et nonobstant que la saison de l'yver importunée de continuelles pluyes luy fussent merveilleusement contraires, si eust il plus tost pris les places de toute extreme puissance fortiffiees qui pour leur deffence empeschoient la rendition de Boullongne que les ennemys ne furent quasi advertis de son entreprinse non moins dificille que le succez en fut heureulx, Car il n'est homme de bon jugement qui ne confesse les Anglois par ce moyen estre condescendus au point de la raison pour luy rendre ce que oultre raison ilz detenoient et avoient entrepris sur luy, Et de cela est resultée une paix victorieuse ou victoire pacifique qui merite dautant plus grans triumphes que moins y a eu de sang christian espandu, parquoy non sans grande occasion avons fondé la dessus la plate forme de nos deseings pour solenniser la nouvelle heureuse et tresdesirée entree en sa bonne et ancienne ville de Rouen non pour en croistre la memoire, Car elle sera pour l'excellence du fait perpetuelle ains pour tesmoingnage de la cognoissance que nous avons de ses vertuz et perfections heroiques, Et si la venerable antiquité à tant honnoré les vertueux et preux que aux simples soldatz mesmes elle à eslevé statues publiques pour perpetuer la memoire des merites d'iceulx envers la republique, et bien souvent à un particulier, Quel honneur debvons nous à un si grand et si vertueulx Roy qui contre lesperance de tout le monde par sa force et magnanimité à tiré des mains de ses ennemys l'une des principalles clefz de son royaulme pour le fermer à tous ceulx qui desormais y vouldroient à force d'armes entrer, En quoy faisant il à remitz en possession actuelle plusieurs errantz desheritez restitué plusieurs fugitifz au lieu de leur naturalité, reedifié, et restauré, les temples ruynez et revoqué les ministres d'iceulx pour y continuer le service divin finablement acquis le benefice d'heureulx repotz à tous ses subjetz, lequel Dieu promet à ceulx qui gardent ses commandementz: c'est à sçavoir, d'habiter la terre sans crainte, Et des fruictz d'icelle estre soulez avec asseurance de leurs biens et personnes, Voyez donc icy le triumphe qui autant liberallement que magnifiquement à esté dressé pour l'exultation de sa majesté voyez les autres inventions excogitez pour luy donner contentement icy pourtraictes et representees en plate figure, et ne consideres tant ce qui à esté fait que ce que nous avons voulu faire, Avec protestation que si nous n'avons peu correspondre au devoir auquel l'eminence de son estat et nostre office nous astraignent, cela ce doit atribuer non à faulte de vouloir bien affectionné: mais a la grandeur de ses merites. [O]

Adlectorum Epigramma.
[O] Si peditem Dentatus agens Romanus Achilles,
  Multiplices magna partas virtute coronas,
  Praemiaque obtiniut claris aequata triumphis,
  Plurà quod aduersum violassent vulnera corpus.
  Si Porsennam vrgens ambusta Scaeuola dextra,
  Et Trebius tenui populo dum distrahit asse
  Frumenti modium, statuas ex aere perennes
  In medio meruere foro. Si maximus armis
  Fulmineum Annibalem Fabius cunctando coercens
  Celsa triumphali subiit Capitolia curru ?
  Cur nunc Henrico Regiter maximo, et actis
  Grandibus, et summa nulli pietate secundo
  Decretos aliis non contribuemus honores ?
  Quum subito armorum trepidos oppresserit hostes
  Turbine, et ingenti vi propugnacula quinque
  Fortia, vitae hominum parcens, extorserit illis,
  Atque Bononiaci longe pinguissima tractus
  Arua sibi tandem, validamque receperit vrbem,
  [O]

[O] Translat du dict Epigramme, en forme de vingtain.
  [LO] Si Dentatus dict l'Achilles Romain
  Simple soldat, obtint mainte coronne
  Et grands presens, pource qu'en sa personne
  Vulneré fut de maint coup inhumain
  Et Scevola pour veoir ardre sa main,
  Si Trebius pour bled qu'a vil prix donne,
  Ont merité qu'a Rome on leur ordonne,
  Publiquement, {Pupliquement} statué avoir d'erain.
  Si Fabius pour soy monstrer et remis,
  Triumphamment des Romains fut admis,
  Comme un Hector ou Aeneas Troian,
  Si telz honneurs, percevoir à permis,
  L'antiquité notable a un payen
  Pourquoy ne doit plain triumphe Rouen,
  Au treschristian, qui festins et Tournoys,
  Arriere a mis, pour plus grande enterprise
  Executer, premier que sen advise,
  Son ennemy, Car sans froisser har noys,
  A l'instant prit, cinq forts en Boullonnoys,
  Puis en sa main fut Boullongne remise.
Fin.


[O] LENTREE DU ROY. [O]
[LO] LEs Conseillers Eschevins de ROUEN, VILLE CAPITALE ET metropolitaine de Normendie. Estans advertis par Monseigneur L'admiral, de FRANCE, Gouverneur en Normandie, soubz Monseigneur le DAULPHIN de la joyeuse et tres desirée entrée que leur ROY, non moins naturel que souverain, avoit deliberé prochainnement faire en ladicte ville. Affin de plus honorablement le recepvoir, comme il appartient à sa grandeur. Et pour ne degenerer à la prompte obeissance et magnifique Reception, dont leurs ancestres ont accoustumé user envers les ROYS de FRANCE leurs souverains seigneurs, (eulx mettans à debvoir) Incontinent furent assemblez les Citoyens de ladicte ville, signamment les principaulx et plus eminentz, en la presence de Monsieur le Lieutenant general de Monsieur le Bailly de ROUEN, Advocat et Procureur du ROY, en la maison commune, Ou fut deliberé et arresté lordre qu'ilz tiendroyent en icelle entrée. Pour l'execution de laquelle, furent mandez particulierement les chefz de chascun estat. Auquel lieu ilz comparurent. Et aprez leur avoir esté remonstré par ledict Lieutenant le debvoir auquel ilz estoient tenus envers leur prince, diligemment observé par leurs predecesseurs, et des moyens de les ensuyvre ou surpasser en tel effect. Tous liberallement s'offrirent d'y employer leurs biens et personnes, selon l'ordre qui leur fut lors assigné. Mais affin que chascun d'eulx entendist distinctement et separéement l'ordre et reng qu'ilz debvoient suyvre, leur furent designez certains capitaines ou chefz, pour estre par eulx dressez. Et aussi baillé pourtraictz, pour estre vestus et parez selon leur estat et faculté. Et ce pendant iceulx Conseillers Eschevins faisoyent promptement dresser de grandz et beaux Theatres, arcz et chars triumphantz, tant sur la riviere que aux entrées et places notables de ladicte ville, equipper navires et aultres particulieres compaignies, pour la decoration de ladicte Entrée, chose de longue execution, et de grande entreprinse. Et neaumoins conduite et menée selon l'advis et intention d'iceulx à son plain et entier effect en temps du. Nonobstant les grandz et onereux empeschementz qui sont sur le point des affaires entrevenus. Comme il escheut pour le trespas du reverendissime Cardinal D'amboyse (que DIEU absolve) dernier hoir masle des Amboyses qui fut honorablement ensepulturé, au magnifique et sumptueux mauseole de son Eglise Archiepiscopale de nostre Dame de Rouen, le Lundy XV. jour de Septembre, Mil cinq centz cinquante. Aux funerailles duquel furent empeschez les plus eminentz estatz de ladicte ville faisantz le debvoir d'humbles ouailles envers leur Pasteur. [O]

[LO] LA Royne douairiere d'Escosse FILLE UNIQUE DE HAULT ET puissant Prince Monseigneur le Duc de GUYSE, nagueres deffunct desirant saluer le ROY. Et voir sa treschere et bien amée fille seulle heritiere du Royaulme d'Escosse, Affidée à Monseigneur le DAULPHIN de FRANCE et monseigneur le duc de Longueville son filz qu'elle n'avoit de long temps veuz, passant la Mer, avec bonne et forte escorse de Navires et Galleres de FRANCE, vint en icelle ville de Rouen, le Jeudy XXV. jour d'icelluy moys et an, faire son entrée, Ou icelle Dame fut honorablement et en grande magnificence receue de tous les estatz de la ville de Rouen, car tel estoit le bon plaisir du Roy. L'ordre et sumptuosité de laquelle entrée je laisse à cause de briefveté. Et d'abondant le samedy XXVII. jour duduct moys de Septembre. Le ROY et la ROYNE accompaignez des Princes et Princesses de son sang des seigneurs et dames de sa court, a la suyte d'aultres princes et seigneurs embassadeurs d'estranges nations en grand nombre pour parvenir a l'effect de son intention, qui estoit de faire son entrée en sa ville, ville entre les siennes autant obeissante que voluntaire à rendre son debvoir, Metropolitaine toutesfoys de son fructueux pays de Normendie, Arriva au Prieuré de Bonnes nouvelles, aux faulx bourgs qui sont oultre le pont de Rouen. Auquel lieu icelle ROYNE douairiere d'Escosse, accompaignée de plusieurs princes et grans seigneurs d'Escosse, alla pour faire la reverence au ROY et à la ROYNE, qui d'une benignité non moindre que l'alaigresse la receurent.
[O] Le dimenche ensuyvant vigile de Saint Michel, le ROY avec bonne partie des Princes et seigneurs de sa Court, se Retira en la maison Abbatialle de sainct Ouen de Rouen, pour illec celebrer le chapitre de son ordre, jouxte les ceremonies en tel effect accoustumées. Ce mesme jour en la grande eglise d'icelle abbaye le ROY accompaigné des chevaliers de son ordre oyt les Vespres en tel apparat et magnifique pompe qu'en tel cas est requis. Le lendemain jour et feste Sainct michel le ROY precedé des officiers et Chevaliers dudict ordre, en pareil ordre et accoustrement, fut oyr la messe en icelle eglise ou furent entierement observez les cerimonies ordinaires à l'offerte, ou fut la grande solemnité, chose admirable à voir, Et pour augmenter la gloire dudict chapitre, le ROY, de son auctorité Royalle et grace specialle fit et nomma chevalier d'icelluy ordre le sire Jehan Philippe contesauvage du Rhin et de Seine, Seigneur de Fenestrange, capitaine pour le Roy en plusieurs de ses affaires, et dernierement au pays d'Escosse, en recongnoissance des bons et loyaux services qu'il luy avoit faictz. Ledict jour apres midy, le ROY acompaigné comme dessus en habit de deuil, oyt Vespres en icelle Eglise, et le lendemain la Messe, priantz Dieu pour l'ame des deffunctz Chevaliers d'icelluy ordre.
[O] Le matin jour ensuyvant qui fut le mercredy premier d'Octobre an mil cinq centz cinquante le ROY avec sa noble compaignie, passant par dessus le pont, se transporta aux faulxbourgs de sainct Seuer, auquel lieu les conseillers eschevins d'icelle ville de Rouen avoient faict bastir un arc triumphant tel que le dessain {dessam} suyvant le monstre. [O]


L'arc triumphal du Roy.
[FIGURE]
[LO] AFfin qu'en icelluy la magesté dudict seigneur peult recepvoir l'obeissance, offres et requestes des citoyens et habitants d'icelle ville, et voir passer l'ordre des bandes, chars triumphans et trophées qui avoient esté preparez et erigez à l'honneur, diceluy, tendentz afin de perpetuer la memoire de ses vertus heroiques, grandeur de ses richesses et actes memorables, dont sa tresillustre personne est plus que humainement douèe.
[O] EN icelluy jour sur le point de sept heures du matin, le clergie et gens de la justice accompaignez des honorables bourgeoys et marchans suyvis des conseillers eschevins et artisans, bien affectionnez de faire honneur de leurs biens et personnes, et donner ung contentement pour leur bon ordre et triumphant apparat à l'oeil de leur prince. Et par ses moyens attirer la faveur et benevolence d'icelluy, sortirent en grand nombre par la porte du pont, prenant leur chemin à main gauche par dessus un pont de boys, qu'ilz avoient faict dresser, pour eulx estendre en la plaine de saincte katherine de grandmont et en ce lieu ou plusieurs pavillons estoient bravement tendus, commencer à prendre l'ordre convenable, evitans par ce moyen le confusion et desordre qui sen eust peu ensuyvre à la rencontre. Lesquelz ainsi ordonnées et rengez, environ l'heure de mydy, commencerent à marcher et passans par dessoubz icelluy Arc triumphant, chascun d'eulx selon son estat et qualité salua reveramment le ROY, qui les attendoit en ce lieu. Et premier que proceder plus oultre convient entendre que à chascun costé d'icelluy Arc, lon {len} avoit faict construyre ung escallier, lung pour monter en une gallerie close d'arcades et de grandes collomnes ioniques. Le dedens de laquelle estoit à l'endroit de la voulte artificiellement lambrissé descompartimens et des devises du ROY. Le reste du fons et des costez couvert de riche tapisserie de soye à personnages rehaulsez de fil d'or traict, et par terre de tapys turquoys. Au meilleu d'icelle gallerie on avoit tendu ung dez soubz lequel estoit posée la chaire du Roy, couverte d'un riche tapis de drap d'or frizé, en laquelle estant assis il pouvoit de front et d'ung costé aysement voir les reverences honneurs et triumphes que obsequieusement, et qui plus est, voluntairement luy offrirent, les habitans de sa bonne ville de Rouen. Lautre escallier servoit à monter à une aultre gallerie, de pareil edifice et parementz, pour les personnes des princes de la court.
[O] Et pource qu'en descripvant par le menu, l'ingenieuse et magnifique structure des Arcz et Chars triumphans, Theatres sumptueuex, plaisans spectacles, et superbes trophées, preparez pour leffect dicelle entrée, seroit plus tost traicter les regles et preceptes d'Architecture, et entreprendre sur l'estat de ceulx qui font profession ordinaire de cest art, que narrer l'ordre et parure d'une entrée, Il me suffira quant à present rediger par escript, le plus briefvement qu'il me sera possible l'ordre, ornature et qualite des estatz et personnes estantz à la suyte d'icelle entrée Et affin de ne donner ennuy par longues clauses aux lecteurs, ains sommairement par forme d'abrege exposer la signification des choses representées par les figures cy apres chascune à son endroict umbragées en platte peinture, sans si exactement et par les parties de Lichnographie, {Lichuographie} reciter tout ce que faict à esté Par lesquelles figures sera le lecteur facillement instruict (quoy que peu soit congnoissant en l'architecture) de l'industrieux {inductrieux} et subtil artifice, d'iceulx bastimentz, mesmes de la denomination et proportion des membres d'icelles structures fillez et enrichies par bonne maniere.
DOnt pour entrer au subject de la matiere, il fut deliberé soubz le bon plaisir de mondict seigneur L'admiral, que ses Archiers honorablement montez et vestus de sa livrée leurs Javelines de barde a la main fairoient le commencement de toute la suytte, affin de renger l'infinité du peuple, affluent de toutes pars insolemment estendu par les rues, lequel non accoustumé a voir telz spectacles, neaumoins le grand desir qu'il avoit de les contempler de prez, fut par si bon moyen rembarré, tant par iceulx archiers, que par cinquante hommes accoustrez de colletz de marroquin blanc, sur pourpoint de satin Jaulne, le bonnet et chausses de la couleur, qui par les conseillers Eschevins avoient esté a ce deputez, le long du pont et de la grande rue, feirent si bien leur debvoir que ung seul n'a esté trouvé blessé ou plaintif pour quelques bravades que gens de pied ou de cheval ayent faictes par le voye, laquelle pour ses causes estoit de son estendue couverte de sable menu d'ung pied d'espois, et l'ouverture des rues qui aboutissoient à la grande voye, closes de barrieres et d'eschaufaulx de grande recoeulte, dont grande affluence de peuple povoit ayseement et sans de foul veoir icelle entrée. Toutes les Maisons eschaufaulx, galeries, appuys et fenestrages du long d'icelle voye estoient tendus et parez dedens et dehors de riches Tapisseries de haulte lysse par personnages rellevez de fil d'or et de soye, qui se renfonsoyent dedens les boutiques, ou estoient rengees en nombre infiny, les seigneurs et dames du pays et d'estrange nation avec partie de la commune, qui se repandoit jusques aux couvertures des maisons, sans toutesfoys aucun trouble ou bruit tumultueux, ains avec ung tel silence se contenoyent, qu'on eust peu distinctement entendre lung lautre de bien loing.
[O] Les archiers de mondict seigneur Ladmiral passees oultre, commencerent a marcher les quatre religions mendiannes Cordeliers, Jacobins, Augustins, et Carmes, tyrans apres eulx le clergie des Eglises parroissialles et collegiales, revestus de leur surplis faisantz porter devant eulx grand nombre de Croix d'Or et d'Argent, à la conduicte du Doyen de la Chrestiente, Au pas duquel venoient psalmodiantz, les religieux de sainct Ouen, accompaignez des religieux des prieurez de sainct Lo et de la Magdalene.
[O] A leur queue suyvoient, les vingt quatre Mesureurs de Grain montez à cheval et vestus de casaquins de taffetas gris soubz pourpoint de satin violet les Bonnetz de velours noir, la plume blanche par dessus, le hault de chausses de velours violet bouffant le taffetas gris, les botines blanches refermez d'agraphes d'argent, la ceinture et fourreau d'espée de velours violet le cheval enharnaché de mesme, billeté de cloux d'argent chascun d'eulx portoit ung court baston en la main semé de Fleurs de lys d'Or soubz champ d'Azur.
[O] En semblable nombre et ordre marchoient apres eulx les courtiers de vins, vestus de chamarres de Damas noir a la grande figure, sur pourpoint de satin blanc, le bonnet de velours noir garny de plume blanche, les botines de marroquin blanc decouppez par lozenges, le fourreau et ceinture de velours blanc les gardes et bouterolle de lespée dores, le saye de velours noir, la housse de leurs chevaulx de drap noir bendée de velours le harnois enrichy de frenge et houppes
[O] Apres eulx marcherent les quarante Courtiers aulneurs de draps, vestus de satin noir à manches longues pendentes le long du costé brodées tout de leur estendue le pourpoint de satin blanc pourfillé de fil d'or, decouppe menu et renoué de boutons d'or, le bonnet de velours noir dessoubz la plume blanche, les botines veloutez de blanc doublez de satin noir, le hault de chausses de velours blanc doubles de taffetas noir, refermez par les retailles de boutons d'or, l'espée bien dorée ayant son fourreau de velours pendu en la ceinture d'une suyte, le cheval caparensonné de noir semé de croissantz blancz, enrichy de houppes par les pointes, et de frenge tout à lentour.
[O] Les vendeurs de Poisson et Aulneurs de toilles se rengerent à leur troppe, jusques au nombre de douze, bravement vestus de manteaulx de taffetas noir à gros grain, le rebras arrondy au collet bendé tout au tour d'une large bande de velours noir listée et enrichy de broderie, la housse et reste du harnoys de leurs chevaulx pareillement bandé et brodé, les botines blanches doubles de velours noir ouvrez de broderies soubz le genoil, la ceinture et fourreau d'espée garny de velours noir, la garniture gravée et dorée, la plume blanche semée de paillettes d'or, pour l'aornement du bonnet de velour noir, enrichy de boutons d'or, le saye fourny de manches de satin cramoisy rouge, pourfillé de cordons d'or, croisé entrelassé et refermé par l'ouverture de devant de gros boutons d'or, comme les refentes des manches d'icelluy manteau.
[O] Vindrent apres eulx en bon et suffisant nombre, les officiers et gens de la monnoye couvers de robes de damas noir de venize fleuronne, sur pourpointz de satin blanc, le saye de velours noir, le tout fort enrichy de broderye les fentes et retailles renoues de ferrons d'or, le hault de chausses de velours blanc bouffans le taffetas noir, le bonnet et escarpins de velours noir, la plume blanche semée de paillettes d'or. Aucuns avoient botines de velours noir doublez de velours blanc subtillement brodez soubz le genoil, la garniture de la ceinture et espee de fin argent burinees galantement, le fourreau de velours noir, listé de canetille d'argent traict, la housse de velours figuré semée de croissans et chiffres du roy, de guippure de fin argent de relief, chascun deux lacquaiz devant soy bravement accoustrez de velours et satin de leur livrée.
[O] A les suyvre se presenterent les deux preseurs, les quatre sergeantz du Viconté de leau, les quatre reaulx, les preseurs, commissaires, clercs siegiers, menus courtiers, les jurez et visiteurs, en nombre de cinquante ou plus, aornez de casaquins de satin noir et blanc borde et nervé de passement d'or et d'argent le bonnet de velours noir soubz la plume blanche, les botines veloutez de noir doubles de satin blanc, le hault de chausses de velours noir bouffantz le taffetas blanc, la garniture de l'espée et ceinture d'argent, le fourreau de velours noir, la housse et harnoys de leurs chevaulx my partis de satin blanc et noir, enrichy de grosses houppes de fil de soye blanche et noire, la frenge de mesme.
[O] Ceste compaignie estoit conduicte par les Viconte Lieutenant et Greffier de la viconté de leau, qui portoient longues robes de satin noir doubles de velours noir, par dessus ung saye de satin noir d'ung beau lustre, montez sur mulles houssez et enharnachez de fin drap noir, enrichy de frenges houppez de cordons de soye perlée, et d'une garniture bien polye et dorée.
[O] Les cinquante Arbalestriez de la ville continuerent l'ordre en belle et riche equippage, montez sur grands Chevaulx relleves et bien deliberez de faire service à leurs maistres en quelque bonne affaire, le caparenson desquelz my party de blanc et noir, esoit semé de croissans et des chiffres du Roy, brodez de fil d'or et d'argent, desquelz pendoient grosses houppes de fil d'argent traict et de soye perlée, le harnoys listé et billeté d'argent, la garniture d'iceluy polye et gravée par foeilles et fleurons de relief, la pennache ou bourguignote sur le chanfrain, Chascun arbalestrier estoit couvert d'ung hoqueton ouvré d'escailles d'argent aux armaries de la ville, qui est ung agneau d'argent sur champ de guelles, soubz troys fleurs de lys d'or, sur fons d'azur, le tout artistement labouré d'orfaverie. Le hault des manches taillé par lambeaux my parties de velours blanc et noir, semé de mailles d'or et d'argent et enrichy de broderie par les extremitez. Le bas d'icelluy hoqueton à pans de velours noir et blanc pareillement brode et semé de croissantz rellevez de fil d'argent traict liseres de canetille d'or, Ilz portoient soubz le hoqueton animes de maille bien polye et dorée, qui s'estendoit jusque au poingnet du bras et sur la cuisse, Leur chef estoit couvert d'ung chappeau de velours noir bordé de passement d'argent soubz ung plumail blanc et noir, la garniture de l'espée et ceinture polye et gravée, avec son fourreau de velours, les botines de velours blanc, doubles de velours noir, enrichy de pourfilleures de fil d'argent, la pertuisane, ou javeline de barde dorée et garnie de velours, houppes et frenges de fil de soye perlée, entremeslée de fil d'argent, les capitaine, enseigne, et guidon estoient accoustrez de la mesme pareure, toutesfoys de plus riche estoffe et broderye, leur enseigne estoit de taffetas noir et blanc imprimée des armaries de la ville, le guidon de semblable matiere aux armaries de france et des chiffres et croissantz du Roy, devant eulx et au meillieu plusieurs tabours et phiffres vestus de taffetas blanc et noir, faisoient leur debvoir de les escarmoucher à faire pannades, six trompettes et deux clairons garnys de bannerolles de soye aux armaries de la ville montez et vestus de pareille livrée, faisoient retentir l'air de leur son haultain et esclattant. Ceste bande estoit conduicte par le Viconte de Rouen, vestu d'une courte robe de velours noir, double de velours cramoysi rouge decouppée par les manches et estachée de chatons d'Or garnys de pierre fine et brodée subtillement joignant lequel marchoient ses Lieutenantz general et particulier accoustrez de longues robes de satin noir sur saye de velours noir, ilz estoient montez sur mulles tresbien en harnachez de velours noir garny de doreures et graveures dont pendoyent houppes et cordons de soye perlée, six lacquaiz devant eulx estoient vestus de velours de leur livrée.
[O] Marcherent apres eulx les quarante Sergentz de la ville, vestus de casaquins de velours noir, les manches longues flotantes au costé, icelluy Casaquin esoit brodé par les borts du laise de quatre doigtz par fleurons et oeilletures d'Argent, lyserez de fil d'Or, le vuyde du Casaquin semé de Croissantz, accompaignez des chiffres du Roy, de fil d'Argent de rellief, l'ouverture de devant estoit fermée à noyaulx d'Or, le Pourpoint et hault de Chausses de velours blanc decouppez et renouez de ferrons d'Or, les Botines de Velours noir doublez de Satin blanc pourfillez de cotoyre d'Or, la teste couverte d'un chappeau de Velours noir, ennobly d'une médale de fin Or, bien gravée et esmaillée, qui donnoit bon lustre au Plumail blanc y attaché L'espée garnie d'ung fourreau de velours noir, tel que la Ceinture dont les guernitures estoient pollyes et dorées mignonnement. Les caperensons de leurs chevaulx estoient semez de Croissantz de fil d'Argent, de relief sur champ de Velours noir, le reste du harnoys de pareille estoffe, liseré de frenge de Soye, la teste du cheval estoit muny de chaufrain et pennache blanche, Au devant de ceste troppe, quatre tabours et deux phiffres accoustrez de leur livrée ne se feignerent d'esmouvoir leurs chevaulx à faire bravades, ilz portoient au meillieu une enseigne de taffetas blanc et noir, aux armaries, chiffres et croissants du Roy proprement entrelassez, à leur main dextre tenoyent ung court baston semé de fleurs de lys d'Or sur champ d'azur.
[O] A leur queue marcherent les deux Sergentz hereditaux, et celluy à Masse vestus de Robbes de Velours pers semé de fleurs de lys de fil d'Or de rellief, l'ung desquelz portoit une grande Masse d'argent doré couronnée et semée de fleurs de lys d'Or, les harnoys et caperensons de leurs Chevaulx convenoyent destoffe et pareure à leurs vestements. Les enquesteurs du Bailliage cloyrent ceste trouppe, vestus de robbes de Taffetas et sayes de Velours montez sur mulles enharnachez comme il appartient à leur estat.
[O] Au dos desquelz marcherent en composition non moins grave que honneste, le Lieutenant general du Bailly de Rouen, Advocat et Procureur du Roy joinctz avec eulx les six Conseillers Eschevins modernes d'icelle ville de Rouen, reputans en magnificence honorable le corps de la ville. Lesquelz estoient vestus de robbes de velours noir, doublez de mesmes, et par dessoubz ung saye de satin noir, fourré de Loups cerviers, subtillement brodé, accoustrement certes condigne, au degré de leur estat et honneur requis au debvoir politique, la housse de leurs mulles d'ung fin drap noir bandé d'une large bande de Velours enrichy de broderie, la garniture du harnoys gravée et dorée, assouvie de frenge houppes et cordons de Soye si bien conduictz et menez qu'il n'y avoit que redire, Trente Lacquaiz richement vestus de chausses et pourpointz de satin blanc, brodé et passementé de fil d'Or decouppez et renouez de Boutons d'Or, Les cotoyant pour leur service, qui faisoit bon veoir, estantz si grand nombre d'une mesme pareure, leurs bonnetz et escalpins de velours noir, avec la plume blanche qui enrichissoit fort le reste de l'accoustrement.
[O] Les anciens Conseillers vindrent apres, vestus de Robbes de Satin noir doublé de Velours sur saye de velours noir, avec eulx le Procureur de la ville portant robbe de velours noir double de mesmes, accompaigné des quatre Quarteniers, Recepveur, Greffier, Maistres des ouvrages de la ville vestus de robbes de satin noir, doublez de velours, sur saye de velours, montez sur Mulles, houssez et falleres conformément à leurs habits, chascun deux Lacquais vestus de satin gris, brodé et decouppé autant bien qu'il est possible, et renoué de Boutons d'or, ce qui augmentoit fort la braveté de ceste tant honorable compaignie qui n'espargna en ce regart l'artifice des ouvriers ny les estoffes pour decorer ce jour dedié au triumphe de leur souverain Roy et seigneur.
[O] A la file desquelz se delibera marcher une tresbelle compaignie plus prisée sur les plus notables et riches bourgeoys et marchands d'icelle ville surmontant le nombre de deux Centz, vestus de robbes de Damas à la grande figure les manches decouppez et rattachez {r'attachez} d'orfaverie, garnie de perles ou d'aultres pierres fines pour enrichir la matiere de leur habitz soubz lesquelz ilz portoyent Saye de velours refermé de boutons d'or, le bort ouvré de broderie, subtillement menée faisant l'accomplissement de leur accoustrement chacun avoit pres de soy ung ou plusieurs lacquaiz de sa livrée, Ilz estoient montez sur Chevaulx bien rellevez et croppes harnachez de velours. En la compaignie ne se trouva ung seul qui differast de façon, matiere, ou couleur d'accoustrements, mais bien d'enrichissements et monsture. Pource que aucuns à raison de leur antiquité, usans de modestie, estoient montez sur mulles ou Haquenées, la housse pendente jusque à terre. Les aultres pour leur nayfve agilité qu'apporte jeunesse, estoient montez sur Gourselotz harnachez, et caperensonnez conforméement à leur habit, qui faisoient ouverture devant eulx par leur gentille demarche et bravades faictes à contentement doeil.
[O] Le Lieutenant du Bailly de Rouen, arrivé devant ledict Arc triumphal ou seioit la majesté Royalle, accompaigné desdictz advocat et procureur du Roy, et des six Conseillers modernes mist pied à terre et monta en la gallerie, auquel lieu comme juge presidial ayant le gouvernement de la police pour le deu de son office, le genoil en terre et la teste nue, proposa au Roy sa harengue ainsi que bien faire le scavoit, par laquelle avec preface d'honneur et louenge condigne, supplia treshumblement le Roy maintenir son peuple de Rouen en ses franchises libertez, et privileges, par les ROYS de FRANCE octroyez, confirmer et approuver en ensuyvant le bon vouloir de ces predecesseurs y faire regner sa Justice en tout honneur soubs la reverence et crainte de DIEU, et recepvoir aggreablement la Foy hommage et obsequieux service de son peuple, lequel en paix et tranquilité soubz la protection et sauvegarde de sa majesté, et pouvoir constitué. Est bien affection né soy fidellement maintenir en son obeissance, luy faisant offre de son Coeur corps, et biens, pour en user et disposer à son bon plaisir, D'autant qu'il n'a rien plus cher apres DIEU, que de soy insinuer par bons et loyaux services à sa bonne grace. Et ce dict par ample repetion de ses vertus heroiques dont sa majeste est par dessus tous aultres princes decorée. Il accepta les offres et en accordant leurs requestes, confirma et approuva les privileges et franchises dicelle ville monstrant d'un oeil gracieux et bening avoir tresaggreable le sumptueux et plus voluntaire que magnifique apparat de son entree Ce qui rendit joyeux et asseurez lesdictz Lieutenant et Conseillers Eschevins voyantz leur intention sortir à bon et proffitable effect qui estoit le but ou ilz et chascun d'eulx tendoit.
[O] Le propos du Lieutenant finy, et chascun d'icelle compagnie remonté et renduit à son reng.
[O] Les Porteurs de Sel et Bled, et aultres menus Officiers, jusques au nombre de six vingtz marcherent à pied, ayantz colletz de Marroquin velouté les aucuns de satin blanc, artificiellement decouppez renouez de ferrons d'or, sur un pourpoint de satin noir, pareillement decouppé et renoué le hault de chausses de velours noir bouffant le taffetas blanc, les botines telles que le collet doublez de velours noir, le bonnet, ceinture, et fourreau d'espée, couvers de mesme velours: le plumail blanc et noir sur l'aureille, la pertuisane, ou Javeline de barde sur l'espaulle, garnie de Franges et Houppes de soye. Devant eulx quatre tabours et deux phiffres, et autant an meillieu, vestus de leur livrée. En tel estat marchoient tous au reng de troys, d'une contenance gaye et deliberée.
[O] Les Jurez Visiteurs Courtiers de cuyrs et de Laine, Crieurs de Vins Deschargeurs et Trieurs de fruictz, en bon nombre les suyvirent vestus de pareilz accoustrementz, hors mys, leurs colletz, qui estoient de velours blanc, lavurez [?] de passement, et d'habondant pourfillez de fil, d'or.
[O] A leur queue suyvirent à cheval les Questeurs de Vins et menus boyres Clercs siegiers, joinctz avec eulx les officiers de la Romaine, montans en nombre de quarante huict, vestus de casaquins de satin noir, à manches pendantes brodez d'oeilletures de fil de soye blanc, lisieres de fil d'or de cypre, le pourpoint de Velours Blanc, menu Decouppé et Rataché de boutons d'Or, ainsi que l'ouverture du casaquin: le hault de chausses de velours blanc, doublé de taffetas noir: les botines veloutez de noir, Le bonnet et ceinture de velours tel qu'estoit le fourreau d'espée pollye et dorée, le plumail blanc et noir, le harnois de leurs chevaulx taillé à jour, biseté d'asteriques et boutons d'argent.
[O] Apres lesquelz en bonne et decente gravité marcherent, les esleuz grenetier et Contreroolleur du magazin, acompaignez de leurs Greffiers et autres officiers de leur jurisdictions, tous honorablement vestus de draps de soye, enrichis de broderie, bandes, nerveures et passement d'or et de soye, leur monsture enharnachée de mesme selon leur estat et faculté. Sans riens omettre de ce que'on eust peu desirer à leurs accoustrements et pareure affin de soy confermer au corps de la ville, dont ilz se vouloient monstrer estre membres. Plusieurs Lacquaiz de leur livrée les assisterent bien à droict pour leur faire service. Devant eulx se rengerent les Sergentz des Esleuz, avec les commissaires du magazin et des aydes, vestus de Casaquins de Satin noir, sur pourpoint de taffetas armoysi rouge, le harnoys de leurs chevaulx velouté de noir, taillé à jour, et pourfillé de fil d'argent. Les Procureur et Advocat du Roy d'icelle court des Esleuz et Magazin de joignirent à la troppe, decentement, vestus de longues Robbes de satin noir, doublez de velours, le saye de mesmes: montez sur mulles deuement enharnachez et houssez, leurs lacquaiz vestus de pourpoints et hault de chausses de satin violet, le bonnet et escalpins de Velours, de la mesme couleur, la plume blanche sur l'aureille.
[O] Sans tardement Suyvirent messieurs de la court des aydes, leurs deux Huissiers vestus d'escarlate brune precedoient les presidentz, accompaignez des generaulx Conseillers Advocat et Procureur du Roy, et Greffier d'icelle court, tous vestus de robbes d'escarlatte rouge, doublez de velours noir, A la suytte se rengerent les Advocat et Procureur des aydes et esleuz, vestus et montez honorablement selon leur estat et faculté, ayantz devant eulx lacquaiz richement vestus et pares à leur devises.
[O] Suyvamment marcherent les Sergentz Huissiers, Greffiers, Advocats et Procureurs du Roy, es jurisdictions de l'Amiralité des eaux et foretz seantz en la grande salle du Palais a Rouen, à la conduicte des Lieutenants tant generaulx que particuliers d'icelles jurisdictions: vestus d'acoustrements honorables, et montez pareillement, qui n'avoyent aux habitz de leurs lacquaiz espargné le velours et la soye, pour festiner le jour de ceste Entrée, et eulx monstrer en decent equippage devant l'insigne face de leur Roy, la façon et pareure desquelz accoustrementz reciter par les partyes, seroit chose trop longue, pour la sumptueuse varieté d'iceulx. Non voulant toutesfoys omettre, que les Sergents de L'admiralité, avoyent enrichy leurs habits et caperensons de leurs chevaux, d'ancres aux armaries et devises dudict seigneur Admiral, et rellevez de fil d'or et d'argent traict.
[O] La suyte d'apres non moins grave que magnifique, estoit la Court de parlement, composée de quatre presidents, accompaignez de quarante Conseillers des deux Advocats du ROY et du Procureur general, du Greffier civil et criminel et des requestes d'icelle court, tous vestus de leurs robbes d'escarlate rouge doubles de velours, le Chapperon d'escarlate fourrez d'hermines getté sur l'espaule, excepté que les presidentz, avoient une epitoge d'escarlate semblablement fourrée d'hermines, estendue sur les espaulles, leur bonnet de velours noir, moullé en façon de mortier, le rebras ainsi fourré, Et que les greffiers portoient ung chapperon de fin drap noir a bourlet et longue cornette. Ceste tant honorable compaignie, estoit precedée des huict huissiers de ladicte court, portans robbes de brune escarlate, le chaperon de drap noir à longue cornette, la verge pollye à la main. Et pour la difference du premier Huissier aux aultres, ses compaignons, il avoit le chef couvert de son mortier de drap d'or, le rebras fourré d'hermines, à la cyme duquel se monstroit une grosse boutonneure de perles bien fines, et si estoit la robe d'icelluy d'escarlatte rouge doublé de velours. les Mulles de mesdictz seigneurs les Presidents conseillers et de leur suytte, estoient richement Houssez et harnachez de noir, embelly de garnitures dorez, à frenges houppes et cordons de soye perlée, leurs lacquaiz bravement accoustrez de leur livrée, affin de monstrer evidemment oultre l'accoustrement ordinaire, quilz n'eussent peu changer, a raison de leur estat de Judicature, le grand zele qu'ilz avoient de recepvoir leur souverain seigneur, en honneur et appareil condigne à sa majesté.
[O] A la suytte de laquelle court de Parlement estoient les Advocatz et Procureurs chascun honorablement vestu et montez sur leurs mulles, houssez et enharnachez conformement à leurs habitz, et que lestat de Judicature le requeroit, qui marchoient troys à troys d'une espace entre eulx moyennemant distante, avec telle gravité ordre et magnificence, que les spectateurs faisoient autant de cas d'icelluy bon ordre et geste, que de la sumptuosité de leurs accoustrements et monteure.
[O] Les compaignies cy dessus passées, avec ung silence et regard attentif de chascun, de presenterent de frond en la voye, en brave et hardy equippage, trois centz Harquebousiers, continuants la desmarche de cinq au reng, le Morrion doré sur la testé, Le collet de velours noir pourfillé et entregecté de fil d'or, soubs lequel, ilz avoient le corps couvert d'une anyme tyssue de mailles bien pollies et dorées. Et d'abondant le Pourpoint de satin cramoysi rouge decouppé et renoué de ferrons d'or, le hault de chausses de velours cramoysi rouge à grandes taillades bouffant le taffetas incarnat, enrichy de broderye et refermez de cotoyre de fil d'or, les Botines de marroquin velouté de blanc, doublez soubz le genouil de velours noir, brodé de fine soye perlée, liserée de fil d'or, la garniture de leur espée et ceinture, dorez et gravez, le fourreau de velours noir, Lesquelz portoient de bonne hardiesse la Harquebouse burinée et dorée, le Flasque et amorse couverts de velours rouge, pendus à gros cordons de soye de pareille couleur, non sans les Houppes et boutons, pour lenrichissement de la besongne, les aucuns portoient ung brave plumail sur leur Morrion: Aux aultres se monstroit une creste dorée et gravée en figure de Serpent ou aultre bestion. Devant et au meillieu de la troppe, les esmouvoit à monstrer visaige de gens de guerre, plusieurs phiffres et tabours, vestus de semblable pareure: Le capitaine d'iceulx marchoit à la pointe, son Lieutenant es rengs de derriere, le Porte enseigne au meillieu, vestu d'accoustrements de plus grand prix, neaumoins de la façon et couleurs, accompaignes de leur garde, leur enseigne estoit de taffetas noir, imprimée de brandons de feu d'Harquebouses et de croissans à l'entour des armaries de la ville, la pouldre lors ne fut espargnée, car avec ce que l'une asseurée hardiesse ilz canonnoient particulierement en certains lieux recommandez, Tous ensemble devant le Roy s'efforcerent monstrer la dexterité de leur traict. Le semblable firent à l'entrée de la ville et places publicques et notables. Ce qui les feit juger de plusieurs capitaines et viels soldats, qui les regardoient de bonne et singuliere affection dignes de servir a quelque bonne affaire, leur souverain seigneur et Roy.
[O] La longueur de deux Picques marcherent de grace hardie et belliqueuse Quinze centz soldatz de cinq à chacun reng, distribues en troys bandes, par egale portion, lesquelz avoient esté pris à l'eslite sur le grand et infiny nombre des artisains de la ville. Le capitaine de la premiere bande Enfant de la Ville, marchoit devant et de pas bien mesuré, couvert d'ung Saye militaire, ou bien cuyrasse d'argent asses semblable à un corselet, decouppé par bonne industrie, et renoué de boutons d'or bandé d'ung large tissu de fil d'or, semé de gros bouillons de perles. Au dessus des espaules ung collet arondy, crené à l'environ, double de velours verd, semé de perles et boutons d'or subtillement ouvres, qui donnoyent augmentation d'ung beau lustre, a la grosse chayne d'or estendue par dessus a double retour. Le pourpoint, bonnet et hault de chausses, de velours verd, enrichis de perles uniement grosses, et de chattons d'or, garnys de Rubis, les botines de toille d'argent, doublez de velours verd, guyppez d'oeilletures dargent liseres de fil d'or, le plumail en teste my party de blanc et verd, mailleté d'or, la garniture de son espée gravée et dorée, le fourreau de velours verd, umbragé de canetille d'or, la ceinture d'une suyte, Et portoit en sa main de geste magnanime, une Jagaye bien polye et dorée, affichée en ung manche de Bresil, garny de velours, houppes et frenges de soye verte, entremeslée de fil d'argent. Au pas de luy deux pages richement vestuz de sa livrée, condoisoient ung Cheval d'affrique, d'entre deux tailles, naturellement moucheté, et couvert d'ung harnois de Velours verd, artificiellement brodé de Guyppure de fil d'argent, et de fil d'or traict, la frange et Houppes, qui faisoyent le parfaict enrichissement du harnoys, my partys de fil d'argent et de soye perlée entrelassez de grains d'or et de perles.: Son Lieutenant faisoit l'arriere garde, et son Porte enseigne tenant le meillieu de la bande, estoient accoustres et diapres de semblable pareure, et qui approchoit fort des enrichissementz d'icelluy capitaine. Tout le reste de la compaignie ensemble, les caps desquadre, Tabours, et phiffres, qui les precedoient, et marchoient, par certains intervalles de la troppe, estoient vestus de Hoquetons et Botines de velours blanc, les aucuns de toille d'argent, et leurs Pourpointz, Bonnetz, Chausses ceinture, et fourreau d'espée de velours verd, suffisamment enrichy de pourfilleures d'or, et fermez par les retailles de ferrons d'or. La garniture de leur Espée, le fer de leurs Picques, Javelines, Hallebardes, le canon de leur Harquebouse, gravez, pollys et dorez, artificiellement, sur le bonnet, moucheté de rozettes dor, le plumail blanc et verd, l'enseigne de taffetas verd, Imprimée d'escompartimentz, entresemez de croissantz d'argent, et des chiffres du Roy, qui sont deux D. entrelassez, et une H. couronnée.
[O] Au devant de la deuxiesme bande marchoit, d'un brave et hardy maintien, un aultre capitaine enfant de la Ville, vestu d'habitz taillez et moullez conformement à ceulx du premier, non toutefoys des coulleurs et enrichissementz, pour la difference, car soubz le saye ou cuyrasse de drap d'argent frizé, amortissant au collet par ung rebras arroudy et crené, il avoit pourpoint de velours cramoysi rouge, le bonnet, hault de chausses, ceinture, et fourreau d'espée, d'ung mesme velours, les Botines de drap d'argent frizé, doublez de velours cramoysi rouge, Le tout brodé et guippé de fil d'or par fleurons et foeillages, liseres de perles, le gros carquan d'or esmaillé, enrichy de pierrerie estendu sur le plan du collet, le plumail my party de blanc et rouge, semé de paillettes d'or, le bonnet enrichy de chattons d'or, garnys de diamantz de grand esclat, En sa main portoit une jagaye subtillement burinée et dorée, garnye de velours blanc, la frange et houppes de soye rouge, crespis de fil d'argent trait son Espée dague et la garniture d'icelles pareillement estoffez, par art exquisement labourez. son page vestu de chausses pourpoint et bonnet de matiere et broderie semblables, estoit monté sur son cheval de parade, ayant harnoys de velours rouge cramoysi, dont la garniture estoit mignonnement gravée et dorée, son Lieutenant, qui tenoit les rengs de derriere, et son porte enseigne marchoyent en semblable appareil et enrichissement, l'accoustrement de toute sa compaignie, en ce comprins les tabours et phiffres, ne differoient en riens de matiere et façon, excepté en quelque peu d'enrichissementz, dont le chef doibt surpasser ses membres, car de Collet, de Bonnet, et Botines de velours blanc, de Pourpoint et hault de chausses ceinture et fourreau d'espée de velours rouge Ilz estoient autant bien parez et couvertz, qu'on eust sceu desirer sans y espargner la brodeure, decouppeure, et boutons d'or. Leurs Picques, Javelines, Pertuisanes, constelades, Hallebardes, Harquebouzes, Espées, et Dagues, tant à deux mains que à une, n'estoient pas moins graves, polys et enrichis, que celles de la bande precedente, au meillieu dentre eulx l'enseigne de taffetas rouge semée de croissantz d'argent, volletoit en l'air à contentement d'oeil,
[O] La derniere des troys bandes, estoit conduicte par ung gentil Capitaine enfant de la ville, accoustrez d'habitz de pareille taille des deux aultres precedentz, reservé les couleurs et enrichissementz qui differoient en ce, que son saye et Botines estoient de velours noir enrichis de guyppure de fin or, lisere de fil d'argent, le bonnet de velours blanc, le Pourpoint et hault de chausses de Toille d'Argent, brodez et passementées de fil d'or, le tout si artificiellement retaillé et renoué de Boutons ou chatons d'or, remplis de perles et Rubis estincellantz, qu'on l'eust jugé de prime face estre, d'une seulle et mesme texture brodé: et par especial le corps du saye, qui tant estoit rengé de perles et boutons d'or subtillement conduictz par revolutions {tevolutions} justement compassez, que a grande difficulté, on eust peu discerner, de quelle matiere ou couleur estoit le champ, la ceinture et fourreau de son espée estoient de velours blanc, projecte de fil d'or traict et umbragé de canetille: le fer de la Jagaye qu'il portoit en sa main, la garniture de son espée et dague, autant bien polys gravez et dorez, conformement à la garniture, que mieux n'eussent peu estre, le plumail blanc et noir, flottoit de bonne grace par dessus, le bonnet, semé de Perles et Rubis de bonne valeur. Son page accoustré de chausses Pourpoint et Bonnet de ses livrées et embellys d'une suytte, Conduisoit ung gentil cheval de parade, le harnoys duquel estoit de velours noir brodé de guyppure de fil d'or, la garniture d'iceluy polly gravé et doré jusques au parfaict, dont pendoient houppes de fil d'or semées de perles. Son Lieutenant et porte enseigne marchoient à leur reng en pareil esquippage et de non moindre enrichissement, la suytte de la Bande approchoit du brave apparat d'iceulx, laquelle estoit vestue de Colletz de velours noir, Les Botines et Bonnet du semblable, le Pourpoint, et hault de chausses, ceinture et Fourreau despée, de velours blanc decentement decouppes, et renoues de ferrons d'or, donnantz bon lustre au collet enrichy de broderye, chascun Bonnet estoit garny de Plumail, en partye blanc et noir, leurs armes, tant Picques que aultres longs bastons, espées bastardes et à deux mains, avec leurs Harquebouzes, se monstrerent entierement bien pollys et dores et d'enrichissementz conformes. Au meillieu de la bende l'enseigne de taffetas my partye noir et blanc, semée de croissants et des chiffres du Roy, les Tabours et phiffres qui resonnoyent daccent bien mesuré, selon l'ordre et reng à eulx assigne, portoient habitz de semblable estoffe et pareure.
[O] J'ay obmys icy à deduire par le menu, quel reng et ordre tenoit chacune espece de bastons, De quelle espece estoit munye la garde de chascun porte enseigne, et lieutenant. quelle occupoit les premiers et derniers rengs, quel {qu'el} nombre precedoient les tabours et phiffres, En quel lieu se placoyent les caps desquadre ou Sergentz de Bande, Me suffit pour eviter le long discours qui sen pourroit faire, vous dire seullement, que lesdictes compaignies estoient bien conduictes et regies, et L'ordre d'ung chascun tellement observe, que gentz à ce congnoissantz, les eussent peu juger, et à la verité, soldatz bien exercitez au faict de la guerre, tant estoit leur demarche gestes et rengs bien filez et dressez par leurs chefz et conducteurs, qui nagueres en la plaine du Prieuré de Saincte Catherine de grandmont, comme aultrefoys, avoyent dressé ung bastillon en forme d'esquadron, autant bien assouvy et aggrée de toutes ses partyes, qu'il est possible de voir en armée Royalle.
[O] En ce lieu je me recorde, de ce que je ne puys honnestement passer soubz silence sans estre notté d'oubliance stupide. Cest assavoir de quatre grans et spacieux Pavillons. Dont les troys estoient de ronde figure magnifiquement dressez au meillieu d'icelle plaine, chascun desquelz estoit richement couvert par le dehors de singulierement belle tapisserie ouvré dantiques et estranges histoires par personnages de la manufacture des Maures et Numidians, Et par le dedens lambrissé {l'ambrissé} de drap de soye des couleurs des Capitaines, le tout roydement estendu de gros cordons de soye porté et soustenu de Potelles ou collomnes corynthianes canellées d'azur, et rudentées de fin or, A la cyme du feste brilloyent au Soleil, Guyrouetes Imprimez de Croissantz d'argent sur fons d'or polly, plantez sur grosses Pommes enrichies de Goderons, Crenes, et Stries d'or renfonsées d'azur. Le quatriesme estoit de forme quarrée et à chacun Recoing de feste estoient plantez deux Pannonceaulx aux Armaries de Rouen qui terminoient une frise estendue de grotesques Hypethriques richement dorez, chose autant sumptueuse que aggreable à traict d'oeil, chascun capitaine bravement accompaigné à heure deue sortit de sa tente qu'il luy avoit esté particulierement attribuée affin de commencer l'ordre qu'ilz devoient tenir en tel triumphe.
[O] En l'instant mesme suyvit une bande de dixhuict Hommes autant braves et à droict, pour le petit nombre, qu'on veit de long temps, à cause du sumptueux et artificiel accoustrement, dont ilz estoiént exquisement aornez, Lequel en sa figure et enrichissement, estoit pareil à celluy dont l'antique chevalerie Romaine souloit user, car chascun d'eulx s'esgayant à leur desmarche de troys au reng, apres leurs tabours et phiffres, vestus de velours blanc et jaune, richement brodes. estoient vestus comme d'ung corselet d'ung clair drap d'argent artificiellement umbragé, à gros tymbres sur les espaulles, bouffans de toille d'argent rayée, sur lesquelz corseletz tant devant que derriere et sur les espaulles, estoient brodées de fil d'or de rellief gueulles de lyons sur ung croissant d'argent eslevé et à lendroit des couldes et Genoulx, petites masquines ou moresques, brodez de semblable guyppure d'or, qui donnoient une singuliere grace au mouvement et desmarche, le hault de chausses de drap d'Argent raz decouppé et renoué de boutons d'or, les Botines de drap dor, umbragez sur la greve de fil d'argent traict, lesquelles estoient doublez de velours verd billeté de sterisques d'or et de perles, De chascune gueulle de lyon pendoit une houppe de fil d'or, enrichie de perles et rubis, Le morrion en teste bien gravé et doré sur la reste duquel et au lieu de plumail, s'estendoit ung serpent ou aultre bestion d'or bien cizelé et buriné par art d'orfaverie, le premier rang portoit grandes epées a deux mains pollyes et dorées, dont par foys ilz s'escrimoient d'une si grande dexterité, que les gladiateurs consommes en leur art, ny eussent trouvé que reprendre, les aultres prochains rengz portoyent en escharpe la cymeterre ouvrée d'orfaverie par la garniture, le Fourreau de velours blanc umbragé d'une vignette de fil d'or, au Bras gauche portoient la Targe ou Imbraciature, ennoblye d'hystoires de platte peinture, ou à demy rellief, Le reng du meillieu portoit troys enseignes de taffetas blanc, semée de croissantz d'argent proprement entrelassez, les rengs de derriere portoient hallebardes et Pertuisanes pollyes et dorées equippolamment à la garniture de velours frengée de fil d'or et d'argent au dessus de deux houppes semblables.
[O] Pendant que les spectateurs devisoyent l'ung à lautre ou faisoyent ung discours en leur esprit du superbe et triumphant apparat d'icelles bandes, Il arriva une aultre bande de cinquante Capitaines, qui marchoient à reng de trois bien compasses couvertz de corseletz ou anymes jusques à l'estendue des bras et des cuisses, ung morrion en teste, le tout polly doré et recherché au burin, Du costé pendoit l'espée bastarde, de la dextre ilz portoient la hache d'armes Jagaye, Masse, ou corsesque, Et de la senestre la Targe, Escu, ou Imbraciature enrichis d'un bon artifice. Au meillieu de ceste troppe, six enseignes undoyoient au vent, Imprimez des armaries du pays de NORMENDIE, semées de yeulx et de Langues, entremeslez de croissantz d'argent, la representation desquelz vous pourrez ycy veoir.


Les illustres Capitaines de Normandie.
[
FIGURE]
[LO] Par ces cinquante Capitaines, est rafreschie la memoire soubz nombre certain et limitté, des illustres Capitaines et redoubtez gens D'armes, que ce grand et fort Pays de NORMANDIE, à produit, nourry et destinez pour la tuition et deffence de la Republique françoyse, Lesquelz ont fidellement et de grand coeur servy les ROYS de FRANCE leurs naturelz seigneurs, en toutes leurs guerres et affaires: Demonstrans en ce, ne degenerer aucunement de l'animosité et vertu de leurs majeurs, et ancestres, Lesquelz jadis en moins de soixante ans, feirent tant par leurs proesses, et faictz d'armes, qu'ilz conquirent troys fortz et opulentz Royaulmes, de NAPLES, de CICILE, et D'ANGLETERRE, De leurs insignes stratagemes et actes chevalereux, Les Annalles et hystoires, et particulierement celles de France, D'angleterre, et de Naples, en font claire demonstration, es quelles aura recours, celluy qui plus ample congnoissance en vouldra avoir, en attendant que lhistoire particuliere de Normandie se dresse et compose par quelque homme scavant, pour estre à quelque bref jour mise en lumiere. Quand à present me suffit traicter l'ordre de l'entrée subsequent.
[O] C'est assavoir, de troys Chars triumphantz et de leur suytte d'excellente richesse et beaulté, faisantz le parfaict du magnifique Triumphe, que la ville de Rouen, vouloit exhiber à la majesté de son Roy, non par simulachres, ou platte peinture, ains par l'effect des choses vives et mouvantes, à l'immitation expressé des Romains triumphateurs, chose bien deue à ung si magnanime et victorieux prince comme est le nostre.
[O] Le premier CHAR de ce Triumphe estoit tyré de quatre Chevaulx blancz, sans frain ou bryde, portans aelles nayfvement estendues sur le dotz Et attellez sur gros cordons de soye et larges couroys richement brodez et franges d'argent. Ledict Char de triumphe estoit enrichy de moulleures, Frizes, cornices, Metopes, Triglisses, consolators et aultres membres d'architecture dores argentes et enrichis, descompartimens, Masquines, Feuillages, Begerres et Grotesques, qui se rapportoient singulierement bien à l'edifice. Le dessaing duquel est cy apres effigié, Affin que par les lineamentz dicelluy, on puisse aucunement avoir congnoissance de la chose.

Le Char de Renommée.
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FIGURE]
[LO] Six hommes bien en point et armes des principales pieces, d'ung harnoys, servoyent de conduyre les chevaulx, Sur le train de derriere d'icelluy char estoit posée une Chaire subtillement umbragée de fin or, par dessus ung Trophée ou montjoye de despeuilles de guerre. Dedens ceste Chaire seoit d'ung grave geste, moderé de bonne grace, une Dame d'incomparable beaulté, qui representoit Renommée, Elle estoit vestue d'ung surcot de drap d'or frizé sur champ d'Azur semé de perles à gros bouillons, Sa coste ou basquine de drap d'argent à grans fleurons d'or eslevez de broderie, les brassures de mesmes à grosses ronfles sur la joincture des espaulles et à l'endroict du coulde la toille d'argent rayé bouffant parmy. Pour afful de teste elle avoit ung Rayz ou cuffion tresse de fil d'Or traict, Les cheveulx poinsonnez et cordonnez d'ung large tyssu de soye rouge liste de perles fines. Le cuffion semé de Dyamantz et Rubis, qui rayonnoyent au tour de sa teste comme claires estoilles. De sa main dextre elle tenoit une trompe ou buccine d'or. A son dos estoient proprement apliquez deux aelles argentinées de leur estendue semez de Langues et de Yeulx. Au front d'icelluy Char, sur une assiette ou arulle, estoit ung homme assis, si nayvement representant en ses lineamens la figure de mort, telle que les peintres luy donnent, qu'il n'est possible mieulx la contrefaire. Ceste mort estoit attachée comme captive d'une chaine, que tenoit Renommée de sa main senextre. Aux piedz d'icelle Mort, gysoient mortz estendus deux Hommes armez de toutes pieces, voulans par cela signifier que de la mort qui tous humains dompte, est et sera victorieuse la bonne Renommée du tres Auguste tres vertueux, et tres Magnanime Prince, HENRY deuxiésme, Roy des Françoys Pour ses louables vertus, et actes memorables, Le Char passant par dessoubz ledict Arc triumphant. Dame Renommée, Apres avoir reveramment salué la Majesté Royalle, d'une hardye et mesurée parolle, Prononça ce Huictain à la louenge d'icelle majesté.
  MOy Renommée, ô, hault Roy treschristian,
  Du ciel en terre, a ton loz estendue,
  J'ay sur la mort, au feu Roy pere tien,
  Donne triumphe, et gloire à toy bien dëue,
  Les vertueulx, que Vertu perpetue,
  Tousjours vivantz, je represente en moy,
  Pource ROUEN, pour ta vertu congnëue,
  Sur mort te donne, immortel nom de ROY.

[O] A la suytte d'icelluy Char triumphant, marchoyent cinquante sept hommes armez de harnoys completz, pollys, dorez, et gravez, par feuilletages moresques et d'aultre menu antiquaille de rellief, Par dessus leurs harnoys ilz portoyent une Cotte d'armes entierement brodée et recamée de fil d'or de rellief sur champ de velours de haulte couleur, chascun larmet ou cabasset en teste artificiellement gravé, enrichy et doré d'une couronne Royalle de fin or, taillée au Burin et d'une pennache d'autruche ou daigrette, semée de paillettes d'Or. Et tenoyent en leur main chascun sa masse d'Armes Lance ou ung Sceptre Royal, artificiellement ouvrez et dorez. Au meillieu de ceste noble et riche compaignie, estoit porté ung Guydon de taffetas blanc flereté à la damasquine semé de langues et de yeux. Leurs grans coursiers bardez et caparensonnez du velours mesmes de la coste d'armes, taillé a jour semé de Fleurs de Lys et fleurons de broderie guyppez de fil d'or accompaignez de force Houppes de fil d'or qui pendoyent de petites masquines, pareillement guyppez et des pointes du caparenson. La double pennache sur le chanfrain assortée de diverses couleurs, donnoit ung bien bon lustre au demourant du harnoys. Et n'est a obmettre, que chascun d'eulx estoit costoyé de deux Lacquaiz richement accoustrez de leur parure, qui se dardoyent agilement parmy les chevaulx, sans toutes foys estre offencez, pour quelques pennades ou bravades qu'ilz feissent. De la parure desquelz vous est yci faicte l'ostention. [O]

Les predecesseurs Roys de France.
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FIGURE]
[LO] PAr ces cinquante sept Hommes armez si richement equippez: Sont entendus les cinquante sept Roys, qui par cy devant et depuys Pharamond ont heureusement regné en France, lesquelz par leur magnanime vertu et solide prudence, et penetrante providence, ont tellement regy et maintenu en bonne paix et justice leurs subjectz, que le renom diceulx respandu par tous les climatz de lunivers, sera doué de gloire immortelle.
[O] A la suytte d'iceulx se presenta une Fanfare de Trompettes et clairons, embouchez d'hommes estans à pied, vestus d'ung saye Militaire, umbragé d'une moresque de broderye et guyppure de fil d'argent traict. Au dessoubz du saye estendu jusques à la buste, se monstroit une falde de velours noir taillée par doubles lambeaux: les ungz quarrez les aultres arrondis semez dasterisques et treffles d'argent, lyserez de fil d'or, brodez tout à lentour de passement d'or. Aux jointures des Espaulles Couldes et Genoulx mesmes au meillieu de la Poictrine, grosses testes de Lyons rehaulsez de fil d'or de cypre, Le hault de chausses de drap d'argent, detaillé en balafres, et refermez de Boutons d'or. Les botines veloutez de blanc, doubles de velours noir, pourfillé et guyppé de treffles d'or. Ilz portoyent en teste sur le nud flocquartz de verd laurier, De leurs trompettes bien pollyes et dorées pendoyent grandes banerolles de taffetas blanc, frengées de fil d'or et de soye, imprimées des armaries de Rouen, environnez des chiffres et devises du Roy, desquelles trompettes je vous offre la figure. [O]

Trompettes.
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FIGURE]
[LO] DEux Licornes les suyvirent couvertes d'une courte housse de velours violet, semée de croissantz dargent. Les extremitez de la housse brodez de menu branchage à feuilles et fruictz de fil d'argent de rellief, enrichis de grand nombre de houppes my partyes de fil d'argent et de fil de soye violete, qui pendoyent de chascun hemicie ou poinctele {poinctcle} de la housse, laquelle s'estendoit depuis les Artz ou Garroys jusques sur la croppe. Et d'abondant estoit estendue par dessus une aultre longue housse mais plus estroictz, de drap d'or frizé sur champ de velours rouge. Chascun bout de laquelle estoit enrichy d'une longue frenge de soye perlée rouge, soubz une crespiné de fil d'or sus chascun costé et sur le parmy de ladicte housse longue dedens la circunference d'ung croissant rellevé de fil d'argent traict, y avoit une .H. couronnée de semblable guyppure de fil d'or, lyserée de fil d'argent, La corne des Licornes estoit argentée et entortillée d'ung large tissu de Satin cramoysi broché de fil d'or, Elles tiroyent avec cordons courroyes, et cullieres recouvers de Satin blanc, ung Char triumphant d'ingenieux et sumptueux artifice construict, et enrichy d'hystoires, bestions d'escompartimentz, moulleures, et frizes chargez d'or et d'argent bruny, broiezez et azurez sur le vuyde, conformément au reste de l'ouvrage, dont la figure est cy appozée. [O]

Le Char de Religion.
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FIGURE]
[LO] DEux hommes vestus de longues Jubbes de Satin verd, à collet de satin jaulne arrondy, moullé et crené en foeille d'acanthe servoyent à la conduicte desdictes Licornes icelle Jubbe estoit fermée par le devant de gros Boutons d'argent, les manches pendantes jusqu'a terre par dessus ung pourpoint de satin jaulne, la ceinture d'ung large taffetas blanc les souliers de marroquin jaulne à pointe de Pollaque, la cymeterre pendue en escharpe, le Turban d'un fin taffetas blanc, à la teste, entrelassé d'ung large tissu de soye jaulne, les deux boutz pendantz de demye brasse en arriere.
[O] Sur le train de derriere dudict char triumphant fut dressé ung sode richement paré, sur lequel estoient assises troys dames d'un maintien gracieulx et affable. Celle du meillieu se nommoit Vesta, déesse de religion, ayant aesles argentinées et azurées. En ses mains, pour soustenement de l'union de la christianté, portoit ung Temple ou Eglise de fin or. reduict au petit pied, autant bien taillé proportionné et assouvy d'ouvrage d'orfaverie, pour son volume qu'en peust souffrir l'art d'architecture. Icelle dame estoit vestue d'une robbe de satin blanc. Dont les manches d'ung plain lé estoient retroussez, et le bas ouvert par le costé, estaché de grans fleurons d'or, bordé tout à l'entour de passement sur franges dor. La cotte et manchons de velours verd, brodez par feuilletages guyppez de fil d'or, L'afful de teste en façon de couronne, ouvré de soye de couleur de pourpre, rengé de perles, ung Carcam dor au col, enrichy de pierrerie. La robe serrée {ferrée} au corps d'ung ceint faict à vervellez, la dame estant assise à la dextre nommée Majesté Royalle, Fille d'honneur et reverence, avoit ung afful en teste de semblable façon et couleur, excepté qu'il estoit tymbré et garny à lenviron de riche pierrerie enchassée en or, dont la splendeur esbloyssoit les Yeulx de ceulx qui les regardoient. La robbe de semblable façon de velours cramoysi violet, semé de fleurs de lis d'or, et brodé tout à lentour de cordon d'or, subtillement entrelassé et croisé. A lendroict des fentes de la robbe frengé de fil d'or. la cotte et manchons de drap d'or frizé, le carcan dor au col, le fermaillet de grand prix pendant au dessoubz, enrichy de rubys Caboches et diamantz taillez en faces, Sa robe estoit reserrée d'ung large {l'arge} tissu de fil d'or traict, les Jaserans d'or, joingnoyent les fines manchettes, au poingnet, par une fermeture d'ung treffle d'or, garny de troys pointes de diamantz, {d'iamantz} au tour d'ung ruby de bel oeil. Elle tenoit en sa main ung sceptre Royal, bien taillé et buriné en fin or. La dame qui seoit à la senextre se nommoit Victorieuse Vertu, Mere de Reverence, et aieulle de majesté, l'afful et accoustrementz de laquelle estoient taillez de pareille façon à celle de Vesta, et Majesté, mais pour la varieté et difference, sa robe estoit de damas blanc, à grandes figures, recamez de fil d'or et de soye violete, bordée de passement, sur frange d'or, la cotte de velours violet, semée de fleurs de lys de fil d'or de rellief, brodée de deux pointes de doigt tout à l'entour, les mancherons de mesmes velours, guyppez de fil d'or de cypre, bouffantz de crespe d'or, soubz les retailles renouez de chatons d'or garnis de perles, la chaine d'or au col, le ceint d'or par dessus la robe, estaché soubz la buste, pendant jusques à terre, enrichy d'ung gros Chardon d'or par le bout au poingnet des Jaserans d'or, le tout ennoblz de fine pierrerie, luysante comme rayons de Soleil, Icelle dame Victoire, portoit en sa main une palme verde pailletée d'or et garnie d'ung tissu de soye verde broché de fil d'or Au front dudict Char triumphant, estoient assises deux aultres Dames, l'une nommée Reverence, et l'aultre Crainte, l'afful et habitz desquelles, estoient taillez de la mesme façon des aultres deux. mais pour la diversité, la matiere et couleurs estoient aultres, la robbe de la premiere estoit de satin rouge cramoysi, et la coste et manchons de velours jaulne, la robe de la seconde estoit de velours jaulne et la cotte et manchons de velours cramoysi rouge, le tout brodé d'oeilletures et vignettes de fin or de relief, enrichies de chaines, Carcans, Jaserans de fin or garnys de perles et pierreries de bonne valeur, l'afful de teste estoit de pareille couleur conformement enrichy à celuy des aultres dames, lesquelles cinq, apres avoir humblement salué le Roy, commencerent ensemble à chanter melodieusement, chascune tenant sa partie de Musique, ung plaisant Cantique de louenge, de si bon accent et de si grande doulceur de Voix, que le Roy en ceste melodie, tesmoignoit par sa contenance affable, une grande lyesse au coeur, duquel Cantique ensuyt la lettre.
  [O] LOuenge et gloire, en action de grace,
  Chantons à Dieu, de la Paix vray autheur,
  Par qui la France en seur repos embrasse
  Ses ennemys, faictz amys, en grand heur,
  Vive son Roy de ce bien protecteur,
  Soubz qui de Paix divers peuples jouyssent,
  Donc luy est deu, cy bas, joye et honneur,
  Puis que les cieux, de la Paix s'esjouyssent.

[O] Ce Cantique achevé, au contentement de tous ceulx qui l'ouyrent, se presenta en suyte ung beau et honneste personnage bien taillé et proportionné de tous ses membres, lequel d'une grave desmarche, portoit en ses mains une grande Image de fin argent polly et buriné artificiellement, representant l'effigie et similitude de la vierge marie, Icelluy personnage, estoit vestu d'une Jubbe, ou tunique de velours violet, à hault de manches, ouvert par les costez brodé à lentour de fil d'or par fleurons de relief. Au meillieu du doz et de la poictrine, ung croissant guyppé de fil d'argent, lizeré de fil d'or, par fleurons, dont pendoyent force houppes de fil d'or traict, semées de perles, son Pourpoint et hault de chausses, estoient de velours cramoysi rouge, decouppez et renouez de ferrons d'or, bouffantz de toille d'argent rayée, les botines de velours violet, ouvrez de broderie sur la greve de la Jambe, doublez de drap d'argent fleuronné, son chef estoit couvert d'ung chappeau d'olivier, entortillé d'ung large tissu de soye verde, rayée de fil d'or.
Par lexhibition de ces cinq personnages. les cytoyens de Rouen vouloyent demonstrer, que les roys de France, conduictz et menez de zele et ferveur confermé au vouloir de Dieu, ont de tout temps employé leurs forces, à debeller les adversaires de la foy catholique, et extirper toutes erreurs, affin de maintenir en paix et union leglise chrestienne, Et tellement ont exploicte, que par glorieuse victoire, emanant de leur vertu, ilz ont acquis l'honorable tiltre de treschrestian et premier filz de l'eglise, aux ministres de laquelle, ilz ont tousjours porté faveur et amytié, accompaignée de Crainte filiale, eux submettans ensemble leurs subjectz, aux sainctes ordonnances dicelle saincte Eglise en toute reverence, a joindre aussy qu'ilz ont par leur liberalité et largesse grandement augmenté le patrimonie et revenu dicelle Eglise, ainsi qu'on peust veoir par les annalles, qui font la foy des largesses et liberalitez. dont les Roys de France, ont accoustumé user envers l'estat ecclesiastique, Et de fresche memoire, le Roy à present regnant, en ensuyvant la genereuse liberalité de ses majeurs, à offert au temple de Boullongne, ung grand et excellent ymage dargent, representant l'effigie de la tres Sacrée Mere de JESV CHRIST, nostre SEIGNEUR.
[O] A ce propos l'ancienne Poësie des Philosophes Ethniques, faignoit, victorieuse vertu, estre mere D'honneur et Reverence: Lesquelz deux mariez ensemble, engendrent Majesté. A ceste cause, les Romains feirent jadis construyre le Temple D'honneur et Reverence, si prochain de, victorieuse vertu qu'il n'estoit loysible entrer au Temple de Reverence, que par et en passant au travers de celuy de Vertu, en denotation, que par le moyen de Victorieuse Vertu, Honneur et Reverence, sont acquis, et consequamment la majesté des Princes vertueux, est augmentée et stabilée. Attrayans, par clemence et Justice l'amour et crainte de leurs subjectz.
[O] Icy commencerent à se monstrer six compaignies à pied. chascune, de six personnages, dont les cinq premieres compaignies, estoyent vestus de sayes militaires à hault de manches, estendu jusqu'au muscle du bras, brodez et entresemez de branches et fleurons d'or, se terminantz à la buste, dont pendoyent doubles lambeaux, les ungs carrez les aultres arondis, bizetez de rozettes d'or, au dessus d'une falde passementée et frangée de fil d'or, les Botines de velours blanc, arrondis sur le botet de la jambe, et renversées en pointe par devant crenée en forme de foeille de chesne, doublez de velours violet, brodé de pareille guyppure de fil d'or, au doz et à la poictrine et sur les espaules une grande .H. couronnée, dedens son croissant, rellevée de fil d'or et d'argent traict, sur champ de velours violet, le hault de chausses ceinture et fourreau d'espée du velours mesmes, listé et mignonnement entrelassé de fil d'or, chascun d'eulx avoit le chef couvert d'ung floquart ou feston de vert laurier assemblé d'ung tissu de soye verde, rengé de fil d'or.

La premiere bande.
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FIGURE]
[LO] LA premiere bande des six portoit sur demies picques semées de fleurs de lys d'or, les fortz reduitz au petit pied, que le Roy nostre souverain seigneur avoit nagueres pris au pays de Boullonnoys, par sa magnanime vertu et puissance, lesquelz fortz estoient si bien fillez par art de massonnerie, aprochans de la chose representée, que ceux qui avoyent esté presentz à la prinse diceulx pouvoyent facilement les recognoistre, par le dessaing qui en estoit lors porté, souz le plan de chascun fort pendoyent floquartz et festons proprement entrelasses qui donnoient un grand enrichissement à lembassement de ledifice.

La seconde bande.
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FIGURE]
[LO] LA seconde bande portoit sur la teste de grans Vases dorez, plains de fruictz et de fleurs, pour demonstrer labondance de tous biens, desquelz Vases, les aucuns estoient goderonnez, les autres caneles et rudentes, et moullez de diverse antiquaille, à joingdre que la graveure et cizeleure, augmentoit et enrichissoit merveilleusement les vaisseaux, subtilement dorez, et bruniz, Et oultre la forme et apareil des habitz à toutes les autres cinq bandes commun, Ceulx de ceste seconde bande avoient un Paludament militaire, d'un fin drap violet, tel que les Bohemiens le portent, attaché sur lespaule d'un gros noyau {n'oyau} d'or, iceluy paludament estoit bandé de plusieurs larges bandes estendues de leur long, et aux extremitez d'une semblable bande, diferentes de velours blanc et jaune, pourfilez de fil d'or et d'argent. [O]

La tierce bande.
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FIGURE]
[LO] LA tierce bande en tel acoustrement que la premiere portoit en sa main hault levee, un feston de verd laurier, palme, peuplier, ou chesne, entrelassées de passement de fil d'or et soye verde.

La quarte bande.
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FIGURE]
[LO] LA quarte bande, en pareil acoustrement, portoit au bout d'une demye picque semée de fleurs de lys d'or, une baniere de taffetas blanc de forme quarrée, En laquelle estoit par bonne perspective, Geografiquement pourtraict, en sa dimention le paysage des environs de Boulongne, que sa puissance avoit, puys peu de temps, mis souz son obeyssance.

La cinquiesme bande.
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FIGURE]
[LO] LA cinquiesme bande vestue de la mesme pareure des autres, portoit semblables demys picques, auquelles estoient attaches despeuilles, de toutes sortes d'armes antiqués, argentées pollyes et dorées avec gros faisseaulx de hastes, pilles, et autres bastons longs, lyes ensemble.

La sixiesme bande.
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FIGURE]
[LO] LA sixiesme bande estoit vestue d'une Tunique de Satin violet, brode doeilletures d'argent de rellief, liserez de fil dor, le bort de la Tunique estoit rengé de houppes de fil d'argent, Sur le doz, poictrine et espaulles, mesmes sur les flancz d'icelle Tunique fendue au cotté, Croissantz d'argent enrichissoient fort laparence, De laquelle pendoyent houppes semblables, Le pourpoint et hault de chausses de Veloux blanc, listez de fil d'or, et umbrages de canetille par fleurons, les botines de Veloux violet, doublez de Velou blanc, pourfilées de fil d'or. La garniture d'Espée pollye, gravée, et dorée, {d'orée} ayant son fourreau de Veloux violet. Chacun desquelz portoit entre ses bras un aigneau vif, à l'imitation des anciens triumphateurs, qui rendantz graces aux Dieux, dont offroient oblations et Victimes, [O]

La figure des Soldatz.
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FIGURE]
[LO] ICelles six bandes ainsy par ordre passées, furent tantost suyvyes, d'une hardie trope de Soldatz de guerre à pied estantz en nombre de cinquante, bien {bie} enpoint de toutes armures requises à leur personne, pollyes dorées et artificiellement gravées, le morrion enrichy de pennache mailletée d'or, les botines veloutez de blanc fermées souz le genouil d'une teste de Lyon guyppée de fil d'or, et au dessous umbragées de canetille, Au meillieu d'icelle trope estoient bravement estendues trois enseignes de Taffetas blanc, ayantz Croissantz chiffres et divises du Roy. A leur demarche gestes et hardy equipage de leurs armes, se monstroient estre vrays Soldatz preellutz et adonnez à la guerre, representans de leurs personnes les bons et loyaux Soldatz, qui de la liberale volunté et magnanime vertu du Roy encouragez, L'ont servy en ses dernieres expeditions, [O]

La premiere figure des Elephantz.
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FIGURE]
[LO] A Leur pas marchoient six grandz elephantz aprochans si pres du naturel, pour leur forme couleur et proportion de membres, que ceulx mesme qui en avoient veu en Affrique de vivantz, les eussent jugez à les veoir elephans non faintz, Sur le dos desquelz estoit apliquée une bastine garnye par dessouz de Coisinetz de Satin lizerez de Ruban et de houppes de soye, Icelle bastine subtillement dorée et gravée d'antique, estoit raffermye de deux larges sanglartz de Velours brodé de fil d'or de cypre, le poitrail et cropiere de mesmes enrichis de frange et houpes de soye couvertes d'une crespine de fil d'or, leur trompe argentées, sur le sommet du front un Croissant d'argent, et par dessus un floquart de verd laurier {l'aurier} entortillé d'un tissu de soye blanc et verd. Icelle bastine estoit couverte d'une longue housse de Veloux violet frangée à l'environ de fil de soye violette crespie de fil dor, A chacun pan de ladite housse, une grande .H. coronnée, dedans la circunference d'un Croissant relevez et umbragez de fil d'or et canetille. [O]

La seconde figure des Elephantz.
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FIGURE]
[LO] TRois des elephantz portoient sur la bastine de grandz Vases de bronze, recouvertz d'or moullu, pour mieulx monstrer son anticque aeram decorinthe, enrichis de moulleures et friseures gravees et tournees de subtile industrie du plan ou ceulx desquelz sortoit grosse flamme de feu ardent, signifiant alaigresse dont s'exhalloient et transpiroient suaves odeurs plus odorantes que benjouyn ou oyseletz de cypre, desquelz odeurs estoient les Rues parfumées au delectable odorement du peuple. Deux autres elephantz portoient chasteaulx domes et forteresses reduitz au petit pied par bonne et juste symmetrie, enrichis de vifves couleurs, de si plaisante et artificielle structure edifiez, selon l'art d'architecture, que pourroient estre ceulx qui sont bastis sur fondement solidé, Aux creneaulx et amortissemens d'iceulx estoient plantez enseignes banieres et guydons avec despeuilles {d'espeuilles} et faisceaux d'instrumentz de guerre, Le dernier Elephant portoit un navire {n'avire} fort brisé et derompu, les mastz voilles et funaille deschirez et froissez, comme s'il eust esté pris à un abordage ou combat de mer, joignant l'Elephans pour leur conduicte marchoient {m'archoient} douze hommes de pareil acoustrement aux deux qui conduysoient les Licornes, reservé les couleurs, qui estoient differentes, avec l'afful de teste, qui estoit d'un bonnet de velours hault elevé a la pollaque, le rebras à quatre pointes boutonnées de Perles menues, bordé de passement d'or, le sommet enrichy d'une boutonneure de perles frangée de soye, et qu'ilz portoient d'une main un dart {d'art} de boys de bresil polly ferré et empeinte, et de l'autre main une targe gravée ou peinte d'histoires et descompartimentz, richement estoffez d'or d'argent et d'autres vifves couleurs. Et pour plus entiere demonstration leditz elephans ornamentz et conduite d'iceulx vous seront icy presentez en plate figure. [O]

Les Captifz.
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FIGURE]
[LO] A La queue des Elephantz suyvirent a pas morne et languide, {l'anguide} les bras lyez, aucuns devant autres derriere, la teste baissée plusieurs captifz de triste representation, vestus de robbes longues de diverses couleurs et façons estranges, desquelz ensuyt l'efigie,
[O] A Quelque briefve intervalle marcherent apres six joueurs d'instrumentz vestus de sayes de Satin progecté tout au tour de trois listz de cotoyre d'argent, Les manches dusaye pendantes, un Croissant d'argent de rellief sur lespaulle, le rebras du saye arrondy au collet couvert de veloux blanc biseté de Rozetes d'or, le hault de chausses et pourpoint de Satin cramoysy rouge, le bas d'Escarlate rouge, le bonnet escalpins ceinture et fourreau d'Espée de Veloux violet, la plume my partie de rouge et violet, lesquelz faisoient sauteler le coeur de chacun d'incroyable alaigresse et joye, par le son harmonieux de leurs instrumentz, pollys et enrichis de bannerolles de Tafetas fleureté, et imprimees des devises royalles gentement entrelassez, ainsi qu'il appert par la figure sequente. [O]

Flora et ses Nymphes.
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FIGURE]
[LO] A Bien petit distance, se meit en chemin par une gaillarde desmarche, La déesse Flora, accompagnée de Dice, et Eirene deux de ses Nymphes, laquelle estoit vestue d'un surcot de drap d'or frize sur champ de veloux verd borde à double renc de perles et enrichy de plusieurs houppes de fil d'or et de soye verde, la cotte ou basquine de drap d'argent bordée de passement d'or, le Cuffion en teste de fil d'or traict semé de perles, les brassieres de drap d'argent à grosses ronfles par les joingtures du coulde, et au reste decouppez {de couppez} et refermez de boutons d'or, La crespe de Soye passant parmy. A son bras elle, portoit un Canistre revestu de veloux verd figure, dont icelle Flora et ses compaignes, tyroient fleurs odorantes de diverses couleurs qu'elles espartoient de main liberale parmy la voye, Icelles deux Nymphes qui accompagnoient Flora, estoient vestues de cottes de veloux verd, enrichies de broderie de guyppure de fil d'or, le cuffion tressé de mesme, en treseme de perles et boutons d'or, les cheveux poinsonnez frizez et entortillez d'un tissu de soye verde, mignonnement entrelassé autour de la teste. [O]
[O] NE tarda gueres que le Troisiesme Char de triumphe ne se meit en la voye, le dessain duquel cy apres couché en platte peinture, fera demonstrance de l'exquis ouvrage dont il estoit artificiellement fabriqué.

[O] Le Triumphe d'hEureuse Fortune.
[O] Le Char d'Heureuse fortune.
[
FIGURE]
[LO] LE char de deux puissantz Chevaulx estoit hallé, par trectz courroyes et culleires enrichis de tissus et houpes de soye jaune. Chacun cheval estoit couvert d'un Caparenson de veloux jaune semé de Croissantz de fil d'argent de rellief, le bort surgetté de fruictz et fueillages de broderie de semblable guyppure, et retaillé par crenes et pointes, dont pendoient grosses houpes de soye perlée de la couleur, Et d'avantage estoit estendue une longue housse de veloux violet figuré, et brodée tout à l'entour de quatre doigtz de guyppure de fil d'or liseré de fil d'argent et de frange de fil de soye violete souz une crespine de fil d'or, A chacun pan de ladite housse une grande .H. coronnée dedans la circunference d'un croissant subtillement ouvrez et rellevez de fil d'or et d'argent. Le recte du harnoys, autant bien estoffé de veloux, des mesmes couleurs qu'il est possible. La pennache de blanc et violet semez de pailletes d'or pendoit sur le chanfrain, et par dessus un floquart de verd laurier {l'aurier} entrelassé de diverses fleurs et fruictz moullez pres du naturel. Pour la conduite desquelz Chevaulx, quatre hommes estoient vestus de semblable parure et façon d'acoustrementz, que ceulx qui conduysoient les Licornes du premier Char, les couleurs exceptées, qui estoient blanc et violet, Au train de derriere de ce Char seoit sur une Roue d'argent, posée sur un sode ou banqual, richement estoffé et prospere FORTUNE qui les humbles eslieve et les orgueilleux abaisse ayantz au dotz des aelles de Paon, desquelles les plumes et canon estoient distinctement {d'istinctement} argentees et enrichies d'Azur, Elle portoit sur son chef un chapeau de verd laurier, {l'Aurier} chargé de fleurs et fruictz de plaisante couleur, et au dessouz un cuffion de fil d'or et d'argent traict, son manteau estoit de Satin blanc fleuronné, et attaché d'une Agraphe d'or sur lespaulle, pourfillé à treple gect de fil d'or, la cotte de Veloux Incarnat, close jusques au collet, refermee par le devant de boutons d'or, brodé et passementée d'or. Devant ellé estoit posée une chaire artificiellement ouvrée, et couverte d'un riche drap de Veloux violet semé de fleurs de lys, brodé à l'environ de fueilles, fleurons, et branchages, le tout de guypure d'or. Sur lequel estoit assis un beau et elegant personnage, aprochant de corsage et traict de visage, à la noble personne du Roy nostre sire. Il estoit couvert d'un manteau royal d'un fort riche drap d'or raz, le petit rebras arrondy au collet fourré d'hermines mouchetées, par dessus une tunique de damas {d'Amas} Cramoysi a grands fleurons, brochez de fil d'or traict, entremeslez de Croissants et d'Asterisques de fil d'argent, et brodée tout à lentour de menue vignete de fil d'or de cypre, umbragée de Canetille. Il levoit en sa main dextre une branche de Palme verde, enrichie de tresse de soye mailletée d'or, A la senestre il portoit un Ceptre royal, cizelé et gravé par subtil art d'Orfaverie. Dessus son chef nud, decoré de cheveulx crespis a la Cezariane sans toutefois le toucher, fortune posoit une coronne ou tyaire imperiale de fin or, bien burinée et close par dessus de deux hemicicles, croises l'un sur l'autre en forme de deux colures, pour declarer que la souveraine majesté des Roys de France ne releve que de Dieu: A ses pieds sur deux bassetz, chargez de carreaux de fine toile d'or, enrichis de boutons de perles et nervez de passement d'or, estoient assises deux petites filles, de non moindre grace que de beauté, et au front d'icelluy char, sur une formete, couverte d'un bancher de Veloux verd figuré, brodé et frangé de fil d'or, ennobly de houpes de la suyte, furent seans deux petits filz, autant beaulx et bien formez, que nature en sçauroit produyre, lesquelz quatre enfantz estoient richement accoustrez de divers accoustrementz de drap d'or et drap d'argent et de Veloux verd, brodez et moullez conformeement à l'age et sexe d'iceulx. Delors que ledit Char de triumphe, posé fut souz l'arc triumphal, ou le Roy estoit. Celuy qui representoit la personne du Roy, Apres la {a} reverence duement faicte, disertement prononça et d'honneste asseurance. ce huictain.
  Representer ta magesté, o, syre,
  Indigne suis, et tous autres fors toy,
  Car ta presence, un Cesar te fait dire,
  Et ton absence, incomparable roy,
  Sy dont Rouen te represente en moy
  Ta majesté n'en est moins excellente,
  Puis que de l'ordre et triumphe ou me voy,
  L'honneur retourne a toy que represente.

[O] Au derriere du Char marchoit à cheval d'une grace et maintien, fort louable, un jeune enfant, tel en perfection de beaulté, que d'iceluy nature, se contenteroit, pour un chef d'oeuvre, lequel estoit d'acoustremens, plus que les autres, enrichy, d'un manteau de drap d'or frizé, sur champ de Veloux verd, le rebras du collet quarré, doublé de drap d'argent, embelly d'un riche Collier d'or, semé de rubys et diamantz, de pris egal à la beaulté, qui brilloient au soleil d'un merveilleux esclat. Le saye de Veloux verd, brodé de fil d'or, par fleurons, umbragez de canetille, le hault de chausses de drap d'or, les botines de Veloux verd, ouvrez de broderie sur l'estendue de la grevé, et au replet doublez de toille d'argent, decoupé par lozenges, {l'ozenges} bisetez de trefles d'or, le Bonnet de Veloux verd, billeté de perles et rubys, d'une subtille maniere, bien a propos controuvée, les cheveulx jaunes comme fin or, crespis à la Cesarianne, le plumail blanc mailleté d'or, la courte espée gravee et doree, avec le fourreau de Veloux verd, la ceinture de la suyte, donnoient bonne grace à sa contenance, pour laquelle augmenter, il portoit de sa main dextre, {d'extre} une branche de verd laurier, {l'Aurier} autant proprement entrelassée, et estoffee d'un tissu de soye et de fil d'or, que rien plus. Il estoit monté sur un gentil coursier enharnaché et caparensonné de Veloux verd, brodé et recamé de fil d'or, et au vuyde semé de fleurons d'or de rellief, la lisiere du harnoys, crenee, et frangee de fil de soye verde, souz une crespine de fil d'or traict, les houpes pendentes du mesme, la pennache my partie de blanc et verd, sur le chanfrain semblable. Cestuy comme representant la noble personne de Monseigneur le daulphin {d'Aulphin} de France, Apres avoir humblement salué la majesté du Roy, ainsi qu'enfant obeissant est tenu faire, envers l'excellence de ses progeniteurs, de clair accent recita ce quatrain.

La figure du Daulphin.
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FIGURE]
  Francoys second filz de France et daulphin {d'aulphin}
  Je represente à ta louenge, o, sire,
  Non que semblable a luy me vueille dire
  Car mortel suis et il vivra sans fin.

Cinquante hommes darmes.
[
FIGURE]
[LO] LA reverence d'iceux personnages gracieusement finie et leurs graces assez louées, passantz oultre A la file d'iceux se vindrent renger. Cinquante hommes armes de harnoys completz, montez sur gros Roussins fort rellevez et bien cropez. Par dessus leur harnoys sufisamment gravé et doré, ilz portoient cottes d'armes de velours de diverses couleurs, ou n'y furent espargnez n'or n'argent, pour enrichir de broderie houpes et franges a ce requises, faisant l'accomplissement de telz accoustrementz. Les bardes et harnoys de leurs Chevaux estoient entresemez de croissans, chiffres du Roy et moresques industrieusement entrelassez et guyppes d'or et d'argent, Celuy n'y eust de ceste tant notable compagnie, qui de chaine ou collier d'or n'eust le collet richement aorné, ilz portoient sur le cabasset ou armet de teste, une corone de chesne, ou laurier {l'aurier} estoffée de diverses fleurs, Et en la main une branche de mesmes branches apartenants à victoire et triumphe les arçons de la selle estoit de fin acier polly et oultre la pennache un floquart de laurier, {l'aurier} sur le chanfrain de leurs chevaulx, qui faisoyent bondir et voltiger de telle agilité et puissance, que c'estoit chose non moins admirable que plaisante à veoir. Le guydon porté au meilleu d'eulx, monstoit au voltigement, comme il estoit singulierement bien imprimé de croissants, chiffres et divises royalles. Par ses cinquante hommes d'armes si richement parez, et si adroict montez, est faicte la demonstration des nobles chevaliers et hommes d'armes de ce pays de Normandie, qui fidelement ont servi leur Roy en ses dernieres conquestes, et encores s'offrent pour l'avenir d'un coeur autant liberal que magnanime. Lesquelz pour leurs hardies et heureuses entreprinses, meritent oultre l'estat ordinaire et benefices du Roy, leur nom estre perpetue, avec tiltre de louenge par tous bons et fideles historiographes de partie desquelz je vous propose la figure. [O]
[LO] ET doubtant que au progrez de ceste description, je ne soys par oubliance surpris, sera noté en cest {c'est} endroict, que les conseillers eschevins de la ville, pour plusieurs respectz, et specialement pour continuer le lieu, reng et ordre, assignez aux honorables compagnies, gallantes bendes, et Chars triumphantz. Et mettre à execution deue, l'entreprise de lentrée, conforméement à linvention, sculpture, et pourtraictz d'icelle. Par les Conseillers Eschevins de la ville, furent commitz douze maistres des ceremonies vestus de chamarres de satin violet, et de pourpointz de velours gris, richement brodez, et montez sur chevaulx de grande agilité, harnachez de Velours pourfillé de fil d'argent traict, à franges et houppes de soye de mesmes couleurs, Lesquelz se respandoient tout le long du chemin destiné à ce triumphe, pour, hors mise confusion, reduyre le tout en ordre pacifique, ou ilz feirent tresbien le debvoir {debuoit} de leur charge. [O]

[O] Le Capitaine des enfans d'honneur a pied.
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FIGURE]
[LO] LE train et suyte des Chars de triumphe, en tel ordre et appareil que dict est passé, Trois centz jeunes hommes adroictz et bien dispos, vindrent à eux estendre par la voye. Lesquelz, avec la bande de cheval, dont mention sera faicte cy apres, avoient esté exquisement recharchez et choisis, sur tout le recte des Bourgeoys et marchantz de la ville, comme les plus capables de tenir ce reng. Icelle compagnie de trois centz hommes de pied, estoit conduyte par un illustre Capitaine, extraict d'une noble et ancienne race de Normandie, lequel comme chef, et monstrant à la suyte, exemple de bonne gravité, accompaignée de hardiesse, marchoit en espace bien composée, comme la figure le monstre, vestu d'un collet drap d'or, à grands fleurons et revolutions proprement dressé soubz la buste, à lendroit de laquelle, il estoit rallongué {r'allongué} du laise d'une paulme, par une frizeure semée de branchage, entrelassé de fil d'argent de rellief, les manches du mesme drap d'or ronflez au coulde, et entez soubz la joingture des espaulles, à lendroit desquelles, estoit le collet taille par petitz lambeaux, liserez de passement d'or, et bisetez de boutons d'or, le hault dudit collet estoit enrichy d'une large bande, crenée et brodée de guypure de fil d'or, semée de perles fines et rubys, qui se monstroient fort bien, soubz une grosse chaine d'or, illustrée de clair esmail, et d'une rozasse entée de diamantz, qui rendoient une lueur plaisante à regarder. Le bonnet de velours cramoysi violet passementé de chaines et lames {l'ames} d'or, gravées, le plumail assorté de rouge et blanc, mailleté d'or. Le hault de chausses de drap d'or, sur champ de Velours verd, bouffant de toille d'or rouge, les retailles refermez de gros bouillons de perles, Les botines de drap d'argent, recamez de fil d'or. La ceinture et fourreau de la cymeterre pendant du costé, estoit couvers de drap d'argent, la garrniture de fin argent bruny, et subtilement gravé par art d'orfaverie, Il portoit en la main une jagayete, garnie d'un fer artificiellement moullé gravé doré et polly, et couverte de Velours blanc, brodé de fil d'or, et enrichie d'une pente de trois houppes de fil d'or, semées de perles et rubys ballays, Son Lieutenant et porte enseigne n'estoient pas moins richement accoustrez que luy. A l'imitation desquelz le commun d'icelle compagnie, estoit vestus de colletz de Velours blanc, pourfillez de fil d'or, taillez au moulle de celle du Capitaine. Le pourpoint hault de chausses Botines bonnet ceinture et fourreau despée, de Velours Cramoysi rouge, Le tout passementé et brodé de fil d'or traict. Les recoupes et ouvertures de leurs accoustrements renouez de boutons ou ferrons d'or, Par dessus les espaulles, ilz avoient un petit Caparenson ou rebras de Velours verd, enrichy de broderie, passementz, et boutons d'or, entresemez de perles, avec la chaine d'or entortillée au tour du col pour le moins a double tour. La liziere du Caparenson estoit crenée et taillée tant devant que derriere, mesmes sur les espaulles, en la figure d'une fueille de branche ursine, ou de chesne, A chascune pointe desquelles fueilles, pendoient grosses houppes de fil de soye perlée soubz une crespine de fil d'or, chargées de perles. Les Botines doublez de Velours Rouge, brodez de fil d'or de rellief, Le Bonnet entrelassé de passement, et biseté de boutons d'or, soubz le plumail blanc, assorté de rouge, et mailleté d'or, d'une main ilz portoient une jagaye dorée et pollye, garnye de Velours blanc, frangé de soye my partie de blanc et rouge, et de l'autre main ilz couvroient de bonne hardiesse, les gardes de leur espée, pollye dorée et gravée, qui pendoit d'une ceinture de la suyte. Leur demarche estoit d'un pas bien mesure, de trois a chacun reng. Au meilleu desquelz, une grande enseigne de Taffetas blanc estoit portée, Par un hault et adroit personnage, qui faisoit par un industrieux maniement et promptes revolutions, umbrager l'air des Croissantz d'argent, dont icelle enseigne estoit richement imprimée, à l'entour des armaries de Rouen. Au devant de ceste {c'este} troppe, semblablement au meilleu et aux rengs de derriere, plusieurs tabours. et phiffres vestus d'une mesme pareure, feirent devoir, d'exciter icelle tant brave compagnie, à monstrer une hardie et allegre contenance.
[O] A deux espaces pres d'iceluy Capitaine, son cheval de parade estoict conduit de deux pages, accoustrez de chausses pourpoint et bonnet de semblable estoffe et couleurs, brodez et passementez de fil d'or, aprochantz des enrichissementz de leur maistre, le harnoys du cheval, et selle {s'elle} moullée à la marquise, estoit couvertz d'un fin drap d'argent, umbrages de canetille d'or, liserez de frenge et houppes de fil d'or traict, la garniture si subtilement gravée, pollye, et dorée, qu'on n'y eust sceu riens adjouster à laornement.
[O] Besoing n'est icy vous reciter par les parties, le bon ordre qu'ilz ont tenu en leur desmarche, ny {n'y} leur grace asseurée, encores moins la façon moderée, veu que l'escript present n'est suffisamment fourny de termes, propres, et d'aorné langage, {l'angage} pour donner tel tesmoignage de cecy, comme pourroit la foy de ceulx, qui avec ung contentement inestimable, ont contemplé à l'oeil, la magnificence et progrez de ceste entrée, laquelle pour son excellence, exactement imprimée au cerveau des spectateurs, ne peust par laps de temps, de la memoire des Hommes aucunement estre effacée. [O]

Le Capitaine des enfans d'honneur a Cheval.
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FIGURE]
[LO] REste maintenant, pour le parfaict et coronide des bandes et compagnies de ce triumphe, declarer le riche et exquis apareil, des enfantz d'honneur de la ville, Enfantz je dy, qui pour les affaires de leur Roy, ne craindroient respandre leur sang, et vie, tant sen fault, qu'ilz eussent craint de gaster or et argent, pour honorablement festiver le joyeulx avenement de leur prince et naturel seigneur, duquel long temps y a qu'ilz desiroient la presence. Lesquelz se vindrent offrir au Roy, jusques au nombre de .l, montez a l'avantage, sur haultz coursiers, genetz, et autres {aulres} chevaulx de grand prix, et bien encourages de bien servir leur maistres, bardez et caparensonnez de velours cramoysi subtilement taille à jour, entierement enrichis, de sy forte et espesse broderie de guyppure d'or et d'argent à gros fueillages et fleurons, artistement entrelassez descompartimentz entremeslez de moresques, qu'on ne l'eust peu rompre n'y ployer, La liziere et champ d'icelluy Caparenson estoit taille au compas, par crenes, trefles, et fleurs de lys, frengez: de la pointe desquelz, pendoient force houppes de fil d'or, et jusques au nombre de vingt quatre de douze poulces de longueur et non contente de ce, le Caparenson estoit doublé par le dedans, d'un satin Cramoysi, rouge, le harnoys enrichy de la mesme pareure et estoffe du Caparenson: La garniture autant bien dorée et travaillée au burin, que mieulx on n'eust peu souhaiter ny {n'y} diviser. Les arsons de la selle moullez à la matuane, aucuns à la marquise, pollys et gravez a figures de rellief, la double pennache meslée de diverses couleurs par dessus le chanfrain pareil, qui estoit le plus souvent d'une bourguignotte d'aigrette, assemblez de plumes d'Austruche, mailletée de fin or et de perles, qui donnoient un brave et hardy geste au cheval: Le siege de la selle estoit couvert d'une courte housse de Velours Cramoysi, taillée en Escusson, brodée et frangée de fil d'or. Un seul bout de courroye ne resta, autour de leurs chevaulx, qui ne fut jolyement, et de subtille manufacture {manufasture} ellabouré, et aorné, jusques aux estrivieres, qui furent listées à double gect de Cotoyre d'or, et sur le vuyde, billetez d'asteriques d'or, Les estrieux non moins gravez et dorez que le recte. Maintenant convient descripre l'acoustrement du personnage, qui tel estoit, une jube de Velours rouge Cramoysi conforme au harnoys et Caparenson du cheval, laquelle estoit fermée au costé, entierement couverte de broderie de guyppure de fil d'or, par escompartimentz de branchages, conduitz par mesure, entremesles de masquines et moresques à demy rellief, enrichies de fleurons, liserez de perles fines, esquelz se raportoient les surgeons du branchage, proprement contourné. A la cyme desquelz estoient nayfvement {n'ayfvement} apliquez, Rozasses de fil d'or de rellief, garnys de rubys, diamants et emerauldes, qui de leur vifve splendeur, esbloyssoient les oeilz de ceulx, qui de front les regardoient, le bord de la Jubbe, estoit crené menu et dentellé, {d'entellé} et semé de presmes d'esmerauldes, saphis, {s'aphis} et doubletz. Et a lendroit de la joingture des espaulles, taillé tant devant que derriere, en forme de roulleaux et coquille de limace, {l'Imace} au centre desquelz se monstroit un grotz bouillon de Perles ou de pierres fines, donnantz lustre {l'ustre} de bonne grace à l'habit. Sur le collet duquel estoit estendu un petit Caparenson de drap d'or frizé, renfonsé de Veloux Cramoysi rouge, taillé par devant en Escusson, duquel pendoient trois grosses houpes: Les deux de fil d'or, semez de grenatz et Rubis balays, Celle du meilleu entierement composée de pentes de perles, d'une eaue bien vifve, en la pointe de derriere, pendoit une houpe de semblable pente de perles, uniement grosses. Sur iceluy Caparenson un collier d'or estoit estendu, fort bien enrichy de Rubys et diamantz, taillez en tables et en pointes, qui surpassoient en prix et beaulté, le reste de l'acoustrement. Le collet et pongnetz de la chemise, artificiellement brodez souz la frazete, rengée de perles clairement luysantes, au lieu de dentelle. Les manches de la Jubbe entez soubz la coingture des bras de toille d'argent, tissues en forme d'anyme d'une claire et luysante maille, brodées de fin or. Le hault de chausses de drap d'or, se finissant par une pointe de fueille d'acanthe souz le genouil, bouffantz de toille d'or rouge, ou crespe de soye rayée de fil d'or, refermez de perles à gros bouillons. Les Botines de drap d'argent, doubles de drap d'or frizé, et sur la grefve, s'estendoit un riche fleuron, jusques sur la racete du pied, et le reste jusque à l'orteil, et souz le muscle de la jambe, umbragé de broderie de fin or, le Chapeau de teste mouslé à lantique, de Velours Cramoysi rouge croisé et entrelassé de chaines d'or: le rebras enrichy de perles et rubys, couchez d'invention bien ordonnée: le plumail blanc, assorté de rouge, chargé de mailletes d'or, et de frisons de canetille, couchez sur le canon azuré: le pommeau de l'Espée bastarde, portant la figure d'une teste de lyon, brazée d'or et d'argent: la croisée dun serpent d'argent, surgetté d'or, dens la graveure, si proprement entortillé, qu'il servoit de gardes. La bouterolle et emboucheure artificiellement ciselez et dorez: Le fourreau de drap d'or, la ceinture d'une suyte, enrichie d'une masquine d'or, dont par industrieuse invention, pendoit l'Espée. Toutes gentz de bon esprit, qui avoient assisté à plusieurs autres triumphantes entrées, furent tous esperduz d'aise et de joye, pour l'incredible richesse, qu'ilz virent pour ce jour, prodigeusement respandue, sur les habillementz des compaignies et bandes de ce tant excellent et superbe triumphe, et qui se raportoient {r'aportoient} entierement, aux harnoys et bardes de leurs chevaulx, par especial sur la cavalerie des enfans d'honneur d'icelle ville, qui tendirent lors tous les nerfs de leurs richesses, pour donner à cognoistre à leur Roy et souverain seigneur, combien par tous moyens, ilz le vouloient honorer et cherir, se reputans bien heureux, si leur magnifique apareil, estoit receu du Roy, pour service agreable. Bonne partie {artie} desquelz, sçavoient si bien conduyre et dompter leurs chevaulx, faire Pannades, bondir, volleter, et redoubler le sault en l'air, que cela donnoit un grand contentement, aux princes et seigneurs, non sans s'esbahir de voir gens de ville, non duitz et moins apellées à cela estre si adroict. Lesquelz, passantz en tel equipage, devant le Roy, qui de grande et affectionnée attention contempla leur dexterite, et richesse de leurs habitz et bardes, faisoient clere et ouverte demonstration de la joye et lyesse incroyable, de la nouvelle et tresdesirée venue du Roy: A ceste cause le Roy d'oeil gracieux et debonnaire, les convoyant jusques bien loing, monstra apertement, que de leur prompte et magnifique obeissance, il se tenoit a bien content, qui estoit le but, ou leur desseing aspiroit. Chacun d'eulx estoit accompaigné de six laquaiz, vestus du Velours de leur livrée, richement dyapre et brodé, de fil d'or, tant sur le pourpoint que hault de chausses, decoupez et renoues de Boutons d'or, Le bas d'un fin estamet violet, les Escalpins et bonnet de Velours, violet, le brave plumail par dessus, se raportant aux couleurs des maistres, ce qu'il faisoit l'acomplissement du tant magnifique et triumphant appareil, Par lequel, les Cytoiens de la ville ont pour ce jour, non seulement acquis l'amour et faveur de leur Roy, chose toutesfois que plus ilz desiroient, mais des autres nations estranges, tiltre d'honneur {honnenr} et louenge immortelle.
[O] Ne demoura gueres, que la maison du Roy ne se mit en chemin, pour le preceder et conduire en la ville, et pource faire comme il est acoustumé en tel triumphe, les six trompetes du Roy, vestus de leurs costes de Velours violet, semez de fleurs de lys d'or, marcherent les premiers, qui furent suyvis des deux centz gentilz hommes, de la maison du Roy, devant lesquelz leurs hommes portoient leur bec de corbin, tous richement vestus et montez, comme bien faire le pouvoient. A la file desquelz vindrent plusieurs gentilz hommes officiers de la maison du Roy, comme maistres d'hostel, eschansson, secretaire maistres des requestes, en grand nombre: le non dignité et pareure desquelz, feroit chose tedieuse à reciter par le menu. Consequentement marcherent les pages d'honneur du Roy tenantz chacun à leur main un esperon doré, vestus de sayons my partis de drap d'argent et Velours noir, enrichis de broderie et vernin de fil d'or et d'argent, montez sur haultz coursiers, harnaches conforméement à leurs habitz. A leur dotz marcha l'escuyrie du Roy, deuement assouvie de vingt et quatre pieces de chevaulx d'ellyte, turcs, genetz, doubles Courtaulx d'Allemaigne, tous bien bardez, et caparensonnez de toille d'argent, et velours noir, enrichis de broderie et canetille de fil d'argent traict, aux devises du Roy. L'accoustrement des Escuyers estoit, de la mesme estoffe et pareure: Apres lesquelz vint le premier escuyer de la maison du Roy, monté sur un grand coursier bien relevé, harnaché et bardé de Velours Cramoysi violet, semé de fleurs de lys d'or, Apres luy marchoit franchement et à grant pas, monsieur de Boysy grand Escuyer de France, portant en escharpe l'espée royalle, monté sur un genect, richement enharnaché, et Caparensonné de veloux pert, semé de fleurs de lys d'or de grand richesses, Au pas de luy venoit le cheval de parade du Roy, harnache et Caparensonné de Veloux richement azuré, et chargé de fleurs de lys d'or, parmy les chiffres de sa majesté, Icelluy cheval estoit conduit d'une alaigre desmarche, par quatre lacquetz, vestus de pourpointz et chausses my partys de drap d'argent et de Veloux noir, decoupez à grandes balaffres, doubles de Taffetas argenté, les testes nues. Sur ceste conduite voulut marcher, le capitaine des cent Suysses de la garde du Roy, avec son tabour et phiffre, qui precedoit sa trope, le suyvant de trois au reng, couvers de pourpointz et chausses escartelez de toille d'argent et Veloux noir, menu decoupez, par lambeaux, bouffant le taffetas ou crespe argentée, la hallebarde pollye et dorée, portée sur l'espaule fut signe evident, que la majesté du Roy ne resteroit plus gueres à venir. Apres lesquelz survint monseigneur l'Admiral de France, accompaigné des Chevaliers de l'ordre de monseigneur de sainct André et de la marche mareschaulx de France, du Visadmiral, grand maistre de l'artillerie, grand veneur, et prevost de l'hostel du Roy, vestus et montez, selon qu'a leur dignité, et estat apartenoit. A les suyvre se rengerent, les Ambassadeurs du Pape, d'Espaigne, d'Allemaigne, de Venise, d'Angleterre, de Portugal, et d'autres nations estranges, joingtz avec eulx, les Archevesques, Evesques, et prelatz de France. Messeigneurs les reverendissimes Cardinaulx de Ferrare, de Bourbon, de guyse, de Vandosme, Sombresse, de Chatillon, de Lisieux, vestus, de leurs capes de Camelot rouge cramoysi, et montez sur leurs mulles honnorablement houssez et falerez selon la dignité du Senat Apostolique, precedoient la majesté du Roy, L'aornement duquel estoit une Cazaque à la damasquine, de Veloux noir, menu decoupé, doublé de toille d'argent, enrichie et guypée d'une precieuse et subtile broderie, chargée de pierres orientales, d'inestimable valeur, La vifve splendeur desquelles causoit une copieuse reverberation, à son auguste face. De maniere, que tous ceulx qui le veoyent, pouvoient bien dire de luy et a la verité, ce que Valere le grand, attribue à scipion l'Affricain, les Dieux immortelz ont voulu faire naistre, {n'aistre} ce tant magnifique et vertueulx prince. à fin qu'il y eust en ce monde, personnage auquel, vertu de toutes ses richesses complete, se peust monstrer par effect. Le Roy estoit monté sur un brave cheval de poeil de loup fort bien assis sur ses membres, tant pollytement et richement bardé et enharnaché de mesme pareure, de sa Cazaque, qu'il n'est possible de mieulx, Devant luy le Duc de mont montmorensy pair et Connestable de France, portoit l'Espée nue de sa main dextre, {d'extre} Autant bien vestu et monté, que son estat et degré le requeroit, Ses habitz, et harnois de son Cheval, enrichis d'une bande large {l'arge} faicte de gros fueillages de fil d'or semée {femée} d'Espées et fourreaulx, guypez de fil d'argent traict, qui sont les divises d'un Connestable. Pour accompaigner le Roy, se meirent en voye, les princes de son sang, et autres princes de sa court. C'est à sçavoir monseigneur le duc de Guyse, Monseigneur d'Anguian, Loys monsieur son frere, Monsieur le duc d'Aumalle, les ducz de Longueville et de Montpensier les ducz de Nemourx, Le Prince de la Roche sur yon, et autres en nombre suffisant: Ensemble les barons et grans seigneurs de son Royaulme, qui liberallement s'offrirent, chacun à son endroit, eulx mettants à debvoir, de le suyvre, en tel appareil, qu'il affiert à leur estat. Apres lesquelz marcherent les Archers de sa garde, tous bien en point, tant en habitz que monsture, leurs hoquetons de veloux blanc et noir, escartelez et escailles d'orfaverie aux divises du Roy. Lequel precede, accompaigné et suyvy comme dict est, passant par dessus la chaussée, advisa de l'autre costé des emmurées, un grand et solacieux spectacle, expressement dressé, pour luy donner passetemps, ce qui fut cause, de le faire arester, bonne espace de temps, en ce lieu. Avec luy la venerable assistence des Princes, Ducz, Contes, Barons et grans seigneurs de sa Court: Ensemble des Cardinaulx, Archevesques et Prelatz de France, presence des Ambassadeurs destrange nation, lesquelz estendus tout le long de la chaussée, nouvellement rengée de barrieres par ung costé, pouvoient ayséement veoir, et contempler, les divers esbatements qui la estoient les aucuns naturellement et sur le vif representez, les autres par subtilles faintes exprimants le naturel, industrieusement executez. Donc les spectateurs ne furent pas moins esbahis, que joyeulx: Apres avoir veu si gallantes bandes, marcher si honorables compagnies proceder, de si plaisantes varietez de couleurs se distinguer, de si sumptueulx accoustrements se vestir, de si riches parementz se aorner, de si beaulx et excellents chars de triumphe faire monstre, si superbes trophées porter, de si jolyes bravades s'esgayer, si admirables Theatres descouvrir, Et d'abondat offrir, en ceste {c'este} place, autres mille passetemps de nouvelle invention, autant bien à propos conduitz et menez à fin, qu'ilz avoient esté par subtilité de bon esprit excogitez. Et n'est par moy ce propotz mis en avant, non seulement pour le nouveau et non accoustumé spectacle, duquel sera prochainement faicte brefve description: {d'escription} Mais aussi, pour ceulx qui furent avec ayse et esbahissement, infiniement grands, veus, tant sur le pont et des deux costez de la Riviere, que de l'estendue du chemin, paré et ordonné pour l'effect d'un tel triumphe. L'excellence duquel, excede autant les facultez de mon esprit, comme il s'est trouvé surmonter l'expectation du Roy et de toute sa court, et grandement surpasser tous autres precedentz triumphes de temps immemorial celebrez en France, si je dy France, j'y puis et et sans reprimence y comprendre, tout autre pays et royaulme. A raison dequoy, me reputant moins que suffisamment fourny d'elloquence, telle que la matiere presente le merite. Ains destitué de termes propres, pour dignement representer et mettre en lumiere, le discours d'icelluy triumphe: il me conviendra, en cest {c'est} endroict suyvre le conseil de Timothée peintre tresexcellent. Lequel au tableau, ou il effigioit l'inhumaine immolation d'Iphigenia, fille d'Agamenon apres avoir delivre les princes assistens, extresmement affligez, de veoir un si indigne et cruel spectacle: ne pouvant de son art exprimer au vif: l'excessive oppression du coeur paternel: Couvrit le visage d'agamenon: laissant à penser aux spectateurs, {spectateuts} l'extreme douleur: qui surmontoit lenergie de son sçavoir. A semblable raison: toutesfois a subject dessemblable: je suis forcé: mettre un voile de silence: sur la magnificence: pompe: et excellence de ce Triumphe: pour ce que: l'admirable succez d'icelluy: m'à tellement estonné: que je ne puis: et ne doy aussi autre chose promettre du mien: sinon: vous presenter icy seulement: l'umbre de la peinture: Car de m'ingerer vous en representer l'image, seroit à moy entreprise trop hardie, veu que l'elloquence mesme, au progrez de l'histoire, se pourroit trouver mute, ou privée de voix articulée. Suyvant le discours encommencé, dont nous estions par prevention dexcuse, et descharge, quelque peu fourvoyez fait à entendre que.

Figure des Brisilians.
[
FIGURE]
[LO] LE long de ladicte chaussée, qui s'estend depuis le devant de la porte desdictes emmurées, jusques au bort de la riviere de seyne, sied une place, ou prarye non ediffiée, de deux centz pas de long, et de trente cinq de large, laquelle est pour la plus grande partie, naturellement plantée et umbragée, par ordre, d'une saussaye de moyenne fustaye, et d'abondant fut le vuyde artificiellement remply, de plusieurs autres arbres et arbiseaux, comme genestz, genievres, buys, et leurs semblables, entreplantez de taillis espes: Le tronc des arbres estoit peint, de rouge et garny en la cyme, de branches et floquartz, de buys et fresne, raportantz {r'aportantz} assez pres du naturel, aux fueilles des arbres de bresil, Autres arbres fruictiers, estoient parmy eulx chargez de fruictz de diverses couleurs et especes, imitans le naturel. A chacun bout de la place, à l'environ d'une quadrature, estoient basties loges ou maisons, de troncz d'arbres tous entiers, sans doller ny {n'y} preparer d'art de charpenterie, Icelles loges ou maisons couvertes de roseaux, et fueillartz, fortifies à lentour de pal, en lieu de Rampart, ou boulleverd, en la forme et maniere, des mortuabes et habitations des Brisilians, Parmy les branches des arbres, volletoient et gazoulloient à leur mode, grand nombre de perroquetz, esteliers, et moysons de plaisantes et diverses couleurs Amont les arbres grympoient plusieurs guenonnez marmotes, sagouyns, que les navires des bourgeoys de Rouen, avoient nagueres {n'agueres} apportez de la terre du Bresil. Le long de la place se demenoient ca et la, jusques au nombre de trois centz hommes tous nudz, hallez et herisonnez, sans aucunement couvrir la partie que nature commande, ilz estoient faconnez et equipez, en la mode des sauvages de l'amerique, dont s'aporte le boys de bresil, du nombre desquelz il y en avoit bien cinquante naturelz sauvages, freschement aportez du pays, ayans oultre les autres scimulez, pour decorer leur face, les joues, levres, et aureilles percées et entrelardeez, de pierres longuetes, de l'estendue d'un doigt, pollyes et arrondies de couleur desmail blanc et verde emeraulde: Le surplus de la compagnie, ayant frequente le pays, parloit autant bien le langage, et exprimoit si nayfvement les gestes et facons de faire des sauvages, comme s'ilz fussent natifz du mesmes pays: les uns s'esbatoient a tirer de l'arc aux oyseaulx, si directement ejaculantz leur traict, fait de cannes, jong, ou roseaux, qu'en l'art Sagiptaire, ilz surpassoient, Meryonez, le grec, et Pandarus, le troyen. Les autres couroient apres les guenonnes, viste comme les, troglodytes, apres la sauvagine; Aucuns se branlloyent dans leurs lictz subtilement tressez de fil de Cotton, attachez chacun bout à l'estoc de quelque arbre ou bien se reposoient à l'umbrage de quelque buysson tappys, Les autres coupoient du boys, qui par quelques uns d'entre eulx estoit porté, à un fort construit pour l'effect, sur la riviere: ainsi que les mariniers de ce pays, ont accoustume faire, quant ilz traictent avec les Brisilians: lequel boys iceulx sauvaiges troquoient, et permutoient aux mariniers dessusditz, en haches, serpes et coings de fer, selon leur usage et maniere de faire, La troque et commerce ainsi faite, Le boys estoit batellé par gondoles et esquiffes, en un grand navire a deux Hunes ou gabyes, radiant sur ses ancres: laquelle estoit bravement enfunaillée et close sur son belle, de paviers aux armaries de France, entremeslées de croix blanches, et pontée davant arriere: l'artillerie rengée par les lumieres et sabortz: tant en proue qu'en poupe, et le long des escottartz: Entre les pavyers du belle et du suzain, se monstroient force picques, lances {l'ances} et faulces lances {l'ances} à feu, dru et menu entrelardez, les Hunes garnies de dartz et de traict, entre les pavyers, imprimez de croix blanches, et fleurs de lys d'or sur champ d'azur. Les Bannieres et estendartz de soye tant hault que bas, estoient semées dancres et de Croissantz argentez, undoyantz plaisamment en l'air. Les matelotz estoient vestus de sautembarques, et bragues de Satin, my partis de blanc et noir, autres de blanc et verd, qui montoient de grande agillité le long des haulbancz, et de l'autre funaille. Et sur ses entrefaites voicy venir une trope de sauvages, qui se nommoient à leur langue, tabagerres, selon leurs partialitez. Lesquelz estants accroupis sur leurs tallons, et rengez à lenviron de leur Roy autrement nommé par eulx, Morbicha, avec grande attention et silence, ouyrent les remonstrances et harengues {h'arengues} d'iceluy Morbicha, par un agitement de bras et geste passionné, en langaige Bresilian. Et ce fait, sans replique, de prompte obeissance vindrent violentement assaillir, une autre troppe de sauvaiges qui s'apelloient en leurs langue, Toupinabaulx, Et ainsi joingtz ensemble, se combatirent de telle fureur et puissance, à traict d'arc, à coups de masse, et dautres batons de guerre desquelz ilz ont accoustumé user, que finablement les Toupinabaulx desconfirent, et mirent en routte, les Tabagerres. Et non contens de ce tous d'une volte, coururent mettre le feu, et bruller à vifve flamme le Mortuabe, et forteresse des Tabagerres, leurs adversaires. Et de fait, ladicte seyomachie, fut executée, si pres de la verité, {vetité} tant à raison des sauvages naturelz, qui estoient meslez parmy eulx, comme pour les mariniers, qui par plusieurs voyages avoient traffiqué et par long temps domestiquement reside, avec les sauvages, qu'elle sembloit estre veritable, et non simulée, pour la probation de laquelle chose, plusieurs personnes de ce royaulme de France, en nombre suffisant, ayans frequenté longuement le pays du Bresil, et canyballes, attesteront de bonne foy leffect de la figure precedente estre le certain simulachre de la verité.

Le Massis du Roch à l'entrée du Pont.
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FIGURE]
[LO] LE Roy apres ce plaisant Spectacle duquel son oeil fut joyeusement content, passant oultre. Resta a l'entrée du Pont, ou il veit de front une grande et admirable masse de Rocher, laquelle sestendant de plus de {dé} soixante piedz de largeur, et de plus de cent cinquante piedz de haulteur, a commencer sur la superficie de la Riviere, estoit taillée sur le naturel, si Artificiellement couverte de Mousse, Ronches, Lyerre, et aultres Broutilles, la Pierre si jolyement verdie, bisetée et entresemée de mynerailes, et claires couleurs: que l'artifice tenoit en admiration les yeulx de tous les spectateurs, deux posternes aux flans d'une grande porte, y estoient pratiquées a la Rustique. Aux particularitez de laquelle Masse, la figure cy devant mise y satisfaire. Au milleu d'icelluy Roch: estoit assis sur un Stuc de Marbre polly, Orpheus, vestu d'une robe {rohe} de velours pers, enrichis de broderie de fil d'or de rellief, touchant harmonieusement les cordes de sa Harpe: par dessus sa teste une grande et spacieuse Hemisphere, representant l'arc d'Iris, peint de ses vifves couleurs. Sur le plus hault cyntre estoit pose un grand Croissant d'argent. A la dextre d'Orpheus, Hercules, habillé en sa mode, de la peau d'un lyon, s'occupoit, à couper les testes de l'hydre serpentine, taillée de ronde bosse, richement dorée et azurée, Laquelle sortoit d'un creulx obscur. Et ne fut pas, sans {san,} se mouvoir de tous ses membres, par invention à ce convenable. A la dextre, les neuf muses, filles de Mnemosine, {M'nemosine} vestues de satin blanc, artificiellement brodé de fil d'or: et umbrage de canetille, le cufion de fil d'or et d'argent traict en la teste, qui n'estoit point hors de grace, estants toutes d'une livrée. Lesquelles rendoient ensemble de leurs Violons madrez, {m'adrez} et pollys d'excellentes voix, correspondantes en harmonieuse concordance, aux doulx accordz d'Orpheus, touchant de mesme mesure sa harpe, de telle doulceur et grace, qu'il appaisa la tourmente de mer, et feit descendre sur lantanne, ou Vergue du grand mast d'argo son navire, Les flambeaulx de Castor et polux, signes evidentz, de la transquilité prochaine. A la clef de la grande porte rustique, pendoit une table descompartimentz, richement dorez, laquelle estoit remplye en lettre d'or, sur champ d'azur, de ce huictain, declarant apertement, la figure sequente.
  Ta majesté royalle o treschrestian Roy,
  Est au grand bien de tous, un Hercules sur terre,
  Qui met le fier aspic, {afpic} de mars en desarroy,
  Pour planter en honneur, la paix au lieu de guerre,
  L'arc du ciel en croissant, pour gage et divin arre,
  Comme un signe de paix s'aparoit en tous lieux,
  En monstrant bon temps proche, et malheur mis en serre,
  S'esjouyssent les cieulx, les hommes et les dieux

Le Triumphe de la Riviere.
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FIGURE]
[LO] CEla veu et contemple, bonne espace de temps, le Roy marcha jusques environ le meilleu du pont, ou il pouvoit veoir d'un mesme lieu, choses non moins plaisantes, que admirables, sans riens perdre des esbatz, et joyeusetez de la riviere, fut du costé du levant, ou du ponent, A l'un des costez du pont, avoit esté dressé, un petit roch, moullé assez pres du vray, duquel sortoit, Neptunus, accompaigné, d'Enipeus, phorcus, Palemon, et Glancus, dieux Maritimes, couvertz, ainsi que Neptune, sur leur nudite, d'escailles et fanons de poisson, argentez et azurez: Alors Neptune, tenant en sa main un trident, bien polly et doré, et enrichy de trois houppes de fil de soye perse, soubz une crespine de fil d'argent traict, se prosternant en terre, salua le Roy d'un septain, apres luy avoir fait offre de son Trident.
  Soubz {Souhz} ton pouvoir, o, Roy d'honneur tresdigne,
  Combien que soys, le grand Dieu de la mer
  Ce mien Trident, et pouvoir je resigne,
  Te voyant mars par vertu desarmer,
  Et pour monstrer, que tout soubz ta main tremble,
  Descendre vueil, pour ton nom {non} sublimer,
  Au fons de leau, et mes Tritons ensemble. {ensemhle}

[O] Ce dict, et le present receu agre, Neptune et ses quatre Tritons l'un apres l'autre, allaigre hardiesse, du lieu, ou sont encores de present affiches deux croix, se precipiterent en la riviere de seine, ou peust avoir de six à sept vingtz pieds de haulteur, et en tumbant feirent plusieurs revolutions, en contournant leur corps, monstrans avoir en eulx, non moindre asseurance, que experience pour se sauver de ce peril. D'un seul et mesme regard, la majesté du Roy vit flotter en la riviere, de la partie du levant, un daulphin {d'Aulphin} azuré, et illustré de neuf claires estoilles, distinctement espandues sur le corps, et d'un Croissant d'argent, sur le sommet de la teste, au doz duquel estoit affourché, Arion, qui de son Luc jouoit melodieusement, en memoire, ou representation de celuy: qui fut saulvé par un daulphin, {d'aulphin} lors que les mariniers de Corinthe, pour piller son argent, le voulurent noyer, {n'oyer} En rescompense duquel benefice, les dieux ont mis le daulphin, {d'aulphin} entre les estoilles du ciel, Pres d'iceluy daulphin {d'aulphin} nageoit, {n'ageoit} une grandissime Balene: Laquelle vomissoit de grands poissons, fort bien escaillez, jusques au nombre de trente, comme Daurades, {D'aurades} Albachores, Thuns Esturgeons, Haulsmoriens, Marsouyns, et Espardins. Laquelle estoit accompaignée, de cinq Balenotz, qui par subtilz moyens, ejaculoient de leur esvent de gros bouillons d'eau, Sur le dotz d'icelle Baleine, mesmes des balenotz, et Espardins, estoient affourchez, plusieurs tritons, couverts descailles et fanons argentez, les aucuns d'iceulx, jouoyent par melodieux accords, de trompes, buccines, et cornetz, les autres portoient dards ou herpons d'une main, et de l'autre grandes escalles de tortues de mer, en lieu de rondelles, Au devant desquelz, un Char triumphant, d'excellente et riche manufacture, construict, porté sur quatre roues, estoit subtillement tire de deux hippopotames, ensuyvantz de pres le naturel, moytie du corps, par la monstre de devant, portoit la forme d'un cheval, bien relevé, le derriere estoit contourné, et moullé en la forme d'un poisson, semé descailles et fanons, argentez et azurez tout de son estendue. Au front d'iceluy Char, deux hures de monstrueuses bestes bronzes {brouzes} reserroient entre leurs dentz, chacune un aneau, ou s'estachoient les traictz et cordeaulx, esquelz estoient attelles, les hippopotames, sans toutesfois roydir les cordeaulx, pour monstrer que toute la conduicte, se faisoit, non par contraincte, ains de coeur voluntaire, au dessus d'iceluy Char, Neptune presidoit assis en un siege presidial: tenant d'une grave majesté en sa main dextre: {d'extre} un grappin ou harpon à trois pointes, et de la senestre, une longe ou resne, pour le regissement des hippopotames: Environ luy seoient, quatre tritons, qui de leurs trompes torses, et moullées en forme de gros viguotz de mer: argentez, resonnamment sonnoient, alaigrement hault, festinans la bien venue de leur Roy: Aux quatre angletz du Char, quatre grosses masques peintes de verd de terre, et d'or bruny, representantes les quatre ventz, souffloient artificiellement au commandement d'Eolus leur Roy: Lequel estoit assis au trein de derriere, fleurtissant de son cornet, à la cadence des autres. La furent veues Ligia, Parthenope, et Leucosia, trois sirenes, filles de Calliopes, belles en perfection flotantes sur l'eau, soy virer agilement. pigner et mirer plaisamment, et quelque fois jouer de leurs doulsaines, d'une si doulce harmonie, qu'elles esmouvoient les coeurs assopis d'ennuy, à toute alaigre lyesse. Tous lesquelz personnages engendrerent ensemble, si melodieux accords, qu'au chatouillement des aureilles, l'esprit de chacun estoit comme ravy, de grand aise et plaisir. A joingdre que dame Echo faisoit son devoir, soubz les arches du pont et le long du rivage, d'augmenter, par une favorable reflexion, l'harmonie de leurs beaulx et elegants instrument: En plus avant particulariser les membres et parties dudit Char, seroit chose trop longue, encores plus l'aornature, qui grandement decoroit, l'artifice d'iceluy, vous suffise que la monstre a peu pres semblable au dessaing, vous soit exprimée.
[O] Pendant ce temps, La Royne estant es fenestres de la forteresse du pont, richement paré pour cest effect admiroit et contemploit exactement, les singularitez, et magnifiques inventions: A l'execution desquelles, elle prit un indicible plaisir: tellement qu'elle oublia prendre la collation que les conseillers eschevins de la ville luy avoient en ce lieu preparée de toutes especes de fruictz confitures seiches et liquides, pour la grande affection qu'elle avoit, de rasasier son esprit, de tant plaisantz esbatements, desquelz elle ne pouvoit oster la veue, Et oultre l'invention d'iceulx, qui estoit gentille, comme elle se monstroit certainement, du mesme costé de la riviere: Les conseillers Eschevins de Rouen, avoient fait equiper deux navires, l'une à tref quarré, comme celles de ce pays, portant deux rondes gabies, garnyes de Paviers, et de tout autre artillage, L'autre à deux artimons, en facon de crevelle de Portugal, lesquelles deux navires, representerent lors une gentille Naumachie, singulierement bien conduicte et executée. Ladicte crevelle, equipée au nage, a toute extreme force de Rames, veint sentir à la vollée du canon, comme faisoit un corsaire, ou pirate de l'Affrique, le navire de ce pays qui radioit sur ses anchres, pres de terre. Quoy voyant apres avoir dilligemment vire au cabesta et empicque ses anchres sur les bittes, sans avoir la patience de caponner ses anchres, veint à voille desployée et à la rame, canonner de pres la crevelle, et apres sa vollée d'artillerie, l'abborder, et enferrer: Estantz ainsi bauc à bauc, combatirent quelque temps de proue et de pouppe, si furieusement avec picques, rancons, pertuysanes, lances, {l'ances} dartz, {d'artz} grenades, et potz à feu, courants à travers l'eau, qu'on les eust jugé combatre mortellement et à oultrance, non sans donner un grand effroy, aux regardants, accompaigné d'incredible joye, quant ilz virent la crevelle de Portugal derompue, et brisée, les voilles et funaille en feu, qui se respandoit davant arriere, sans toutesfois, que nul des mattelotz en fut offencé, Ce voyant la nef à tref quarré, comme victorieuse, avec petite perte, se desempara de la crevelle, Les mattelotz de laquelle, se gettoient à la desesperade, en l'eau avec leurs armes et enseignes, cullebutans l'un sur l'autre, tendants à fin d'eulx sauver, à nouer, {n'ouer} en l'isle prochaine, Ce qui causoit, un grand esbahiseement, à gents non accoustumez à telles furies de guerre, et neaumoins, un joyeulx contentement, voyants qu'en un tel et si violent assault d'armes trenchantes, et aspreté de feu, n'y eust aucun endommagé en sa personne. Grand nombre d'esquiphes, gondrez, et almadies, equippées de mattelotz, tous vestus de rouges hoquetons, vaugoient à la Venitiane, environ de la crevelle, avec grand bruit de leurs acclamations, correspondantz au son du sifflet ou huchet, embouché de leur Patron. Esbat certes qui accompaigna merveilleusement bien, le reste de ce triumphant spectacle.
[O] De l'autre bande du Pont, de la partie {parrie} du Ponent, grand nombre de navires estoient rengées, le travers de la riviere, Lesquelles joingtes et serrées bauc à bauc l'une de l'autre, par leur disposition representoient, la figure d'un Croissant, Spheriquement compassé. La circonference duquel, estoit remplie de six galleres, couvertes en pouppe de drap d'or frize, et de drap d'argent, quille de mesme, rengée de frenge et houppes de fil d'or et d'argent traict, accordé de bonne grace. Les estendars et bannerolles, en grand nombre, fleuretes d'ouvrage Damasquin, blanc et verd, d'aucunes blanc et rouge, des autres noir et blanc, voletans en l'air, enrichissoient fort l'aornement d'icelles, avec la chiorme, qui estoit vestue de robes, et capuchons rouges, noir et verd, assortez de blanc. Les rames, mastz, vergues, et artillage de la suyte. Lesquelles galleres, rendoient une figure triangulaire, comme un Deltoton, {D'eltoton} signe celleste, Aux aelles des galleres, estoient anchrez, deux gallions ou roberges, tous lesquelz vaisseaulx, d'autant bien seans aornemens enrichis, que rien mieulx et apareillez les vergues en bataille, Saluerent d'artillerie le Roy, de telle impetuosité, qu'il sembloit que la machine du monde, deust {d'eust} lors estre par feu et tempeste fouldroyée. Et à l'instant mesme, grand nombre de canons, et coullevrines de bronze, que l'on avoit fait renger sur le cail de la riviere, deschargea sa vollée, de si grande force, que la terre et le pont en furent esbranllez, il veint bien apoint, que l'air estoit pour lors clair et serain, plus qu'on ne l'avoit veu de long temps, et que par le vent, nommé epheliotes, et par noz mariniers, levant, ou est doulcement ventant, de la part d'Orient. Les nubileuses fumées, furent en briefve espace dissipées, Accident certes, qui me fait raffreschir {r'affreschir} la memoire, en cest {c'est} endroit de la faveur, que Dieu et les astres, ont porté au peuple de Rouen, es jours dedies à festiver les entrées du Roy et de la Royne, car combien que devant et apres, l'air fut grandement disposé à la pluye, tellement que le Roy estant descendu en son logis, ne cessa de plouvoir, jusques au lendemain matin, toutesfois le bening aspect des astres, voulant congratuler la bienvenue de si hault et puissant monarque, commanderent au signe de libra distribuer le temps en sa balence, à juste pois et mesure, scavoir est le temps pluvieux, attribuer à la nuict, et le temps clair, et serain, aux jours assignez, pour celebrer telz triumphes, qui meritoient bien, pour la liberalité et justice qui reluysent en la personne du Roy, luy estre attribue, temps oportun, pour festiver son entrée, qui est un cas memorable, conforme à ce qu'en faveur d'Auguste Cesar dict Virgille.
  Nocte pluit tota redeunt spectacula mane,
  diuisium imperium cum ioue Cesar habet,
Que je puis ainsi reduyre en vulgaire François.
  Toute la nuict, le temps est pluvieux,
  Le jour venant, faict l'air serain relluyre,
  Pour celebrer, esbatements joyeux,
  Ainsi se part, de ce monde l'Empire,
  Entre cesar et Juppiter des cieulx,

La figure de l'aage dor.
[
FIGURE]
[LO] ET pour revertir a nostre propotz, neantmoins que le peuple fut en divers lieux, tant de la ville que des faulx bourgs, mesme de l'estendue du pont, innumerablement respandu, toutesfoys, une autre infinité de peuple, avoit tellement remply, les carneaulx des murailles, les fenestres et toictz des maisons, des deux costez de l'eau, et le rivage tant semé de gondolles, barques et feletes, qui surgissoient le long du cail, pour mieulx contempler à l'oeil iceulx esbatementz, que le tout sembloit estre couvert d'un seul drap noir, marqueté de faces humaines: Le bruyt de l'artillerie, appaizé. Et que les chevaulx, se furent remys à leur reng, qu'ilz avoient rompus, effrayes de la tempeste precedente, Le Roy marcha, jusque à la porte de la ville. Laquelle avoit esté puys peu de temps bastie à deux parementz de pierre solide, et taillée en tables de ruquiste parée, surgetans du massif environ deux poulces, ainsi qu'on la voit encores de present, Et que la figure sequente le monstre.
[O] Par dessus la coronice d'icelle porte, estoit eslevé un sode, chargé d'un plinthe, sur lequel estoient posées, amalthée cumane, et Albunée Tiburtine, Sibylles de grand renom, en profil plus grandes, que le naturel, pour se representer telles, à ceulx qui les regardoient de bas, Elles portoient de leurs mains un Croissant d'argent de cinq pieds de diametre, dedans la circunference duquel estoit à pied droict eslevé de ronde bosse, un Saturne doré {d'oré} de fin or bruny, tenant de sa main dextre, un tableau remply de ses vers en lettre d'or sur fons de blanc esmail.
  Je suis l'aage d'or,
  D'honneur revestu,
  Je suis en vertu,
  Et seray encor,

[O] Et au fronteau du sode, entre deux arules, en arules, de façon de stilobates, chargez de grands Vases antremoullez d'antique, en lieu d'amortissement, estoit insculpe ce quatrain, de characteres d'or, sur champ d'azur
  L'aage d'or, qui fut florissant,
  Avant largent, le fer et cuyvre,
  Par un Roy, en vertu croissant,
  Au monde recommencé à vivre,

[O] Et pour ne tenir en suspens, les lecteurs, ains pour leur donner à congnoistre particuliairement l'ornature d'icelle porte, pour tesmoignage occulaire, je leur fay offre de la figure, s'ils ne se veullent contenter à veoir la chose en essence.
[O] En icelle porte se presenterent à la majesté du Roy les quatre modernes Conseillers Eschevins de la ville honnorablement vestus de longues robes de Veloux noir pareillement doublez. La teste nue qui d'humble maintien et face joyeuse luy firent offre d'un excellentissime poille de drap d'or frizé sur champ de Veloux Cramoysi enrichy tant dedans que dehors de frizons et fleurons subtilement tissus de fil d'or et d'argent traict lizeré d'une frange de fil d'or d'un grand pied de long, Au fons duquel estoit richement brodé un spacieux Croissant de fil d'argent de rellief contenant en sa circunference de lettre capitales cest {c'est} hemistiche,
  [O] Donec totum impleat orbem.
Hemistiche certes singulierement bien acommodé au cas present selon que l'interpretation francoyse le monstre.
  Puis que Henry second du nom à pris
  Pour sa divise un celeste croissant
  Sans riens choisir du terrestre pourpris
  Cest bien raison quen bon heur soit croissant
  Tant que tout lorbe ait soubz sa main compris,

La figure d'Hector.
[
FIGURE]
[LO] ICelluy poille se monstra comme veritablement il estoit autant bien assouvy d'estoffe façon et couleurs que mieulx n'eust peu estre quarrement porté sur quatre batons mignonement tournez et semez de fleurs de lys d'or brunyz, assortez de Croissants entrelassez des divises et chiffres royalles clairement argentez sur fons d'azur. Soubz ce poille fut le Roy en sa majesté conduyt par les quatre Conseillers Eschevins, jusque devant le couvent de nostre dame du Carme ou ilz s'aquiterent de leur charge es mains des quatre quarteniers d'icelle ville, vestus de longues robes de Satin Venitian doublez de Veloux noir, lesquelz ordonnez à semblable service honorablement accompaignerent le Roy soubz icelluy Poille, tout le reste du chemin ordonné pour l'effect de l'entrée jusque à ce qu'il descendit au logis preparé pour sa majesté recevoir, Tout de l'estendue duquel chemin, les habitans de Rouen allegrement joyeulx de veoir la tresillustre face de leur Roy en telle pompe et magnificence s'esgayer faisoient grandes exclamations accompaignées d'exultations et prieres pour le salut et prosperité d'icelluy. Les estrangers n'en firent pas moins qui furent surpris d'admiration voyants la singularité des richesses les joyeulx esbatementz et subtiles inventions desquelles ce present triumphe estoit assouvy. N'estantz suffisamment repus d'avoir contemplé pour une fois la grace disposition et addresse heroiquement representées en la personne du Roy, laquelle de toutes les perfections de graces et vertus entierement enrichie dont l'imperfection humaine fut onc par grace divine remparée {r'emparée} Effigioit en la memoire des estranges nations presentes son expresse image ou celeste Idée pour faire au Retour de leur demourance publique confession et honorable commemoration de l'excellence et grandeur d'un autant vertueulx et magnanime prince et monarque qu'ilz ayent jamais veu. De ladicte porte du Pont on veint devant la grande eglise nostre dame de Rouen, Ediffice en singuliere architecture et beaulté admirable, ou il veit, de front un Theatre d'excellentissime manufacture construict, Le plan duquel estoit porté, de quatre harpyes bronzées et racroupies sur stilobates, au lieu de colonnes persannes, ou Cartatides, Au mylieu d'icelluy Plan, estoit un sode moyennement eslevé, sur lequel estoit pose, Le simulachre du preux Hector de Troye, portant quinze pieds en haulteur, sur la portion des membres conforme, il estoit armé a lheroique d'un corselet crené à l'endroict de la buste, par dessus chacune espaule, ledit Corselet estoit refermé de trois bandes, en forme de lames {l'ames} d'or et d'argent brazé, et au mylieu souz une masquine, la teste d'une gorgone, gravée à demy relief, Au dessoubz de la buste pendoit une falde à doubles lambeaulx, {l'ambeaulx} les dessus quarrez, les autres arrondis en escaille de Taffetas blanc et noir, fleureté d'ouvrage damasquin, {d'Amasquin} bordé de passement d'Or, son Morion gravé, doré et polly, estoit fourny d'un grand plumail chargé de pailletes d'or, aggrèes de perles. De sa dextre tenoit une lance brisée par un bout, et de la senestre une grande Targe, ennoblie d'un palladion à demy rellief, artistement gravée et dorée, Au dessus de luy estoit une nuée, subtillement estendue au plancher, au lieu de lambris. Laquelle en la presence du Roy, s'ouvrant feit ostention de plusieurs dieux et Deesses, Et tout a coup par subtil moyen, de l'endroit ou Hector avoit esté navré par Achiles, Le sang s'esbullit, comme s'il fut exprimé d'une Seringue jusques dedans ladicte nuée, duquel sang, se forma lors un treple Croissant, proprement entrelassé, selon que pourrez veoir en la figure, qui vous sera proposée, En lieu de vous particularizer, les aornementz de bosse ronde, ou plate peinture, accommodez aux pieds destal, architrave, moulures, frizes, coronices, qui se monstroient de bien bonne grace, remettant aux lecteurs, d'en faire le jugement, par l'inspection de ce dessaing, pour l'intelligence duquel, En un tableau pendant de l'architrave d'icelluy Theatre, on pouvoit lire ce qui ensuyt.
  Mal ne me faict, de Troye la ruyne,
  Ny d'Achiles le coup me meurdrissant,
  Puis que je voy que de mon sang insigne,
  Faveur du ciel forme un treple croissant,
  Qui remplira ceste ronde machine,

Le Theatre de la Crosse.
[
FIGURE]
[LO] LA beaulté et magnificence d'iceluy spectacle, suffisamment contemplée, poursuyvant son chemin droict, de la grande rue par devant le couvent de nostre dame du Carme, se descouvrit devant la fontaine de la Crosse, un grand et sumptueulx Theatre, à double plancher, porte sur quatre pillastres quarrez, et composez de pierre brutte, renfoncée d'or moullu, et de bronze {brouze} clair, et en la superficie, marbrises, et diversifies, par art mixte, engravez de subtiles voynes traversantes, de couleur de Jaspe, et porphyré, Et neantmoins la proportion et beauté convenables à tel ouvrage, diligemment observez, le fronc de chacun plancher et pillastre, estoient assouvys de stilobates, chapiteaulx, Tuscans, doriques, {d'oriques} et composez de proportion diagonée, d'architraves, {architranes} moulures, frizez, coronices, et frontispice, estendus d'or et d'argent bruny. Les frizes remplies de diverses begerres et grotesques d'or et d'argent, sur fons d'azur, Le deuxiesme plancher estoit lambrissé, descompartimentz differents, remplis de fueilles, fleurons et fruictz, moulez pres le naturel, environnez d'une quarrure, enrichie de Moresques, et des divises royalles, entrelassez de croissantz, d'arcz Turquois, et trousses, qui reluysoient d'argent fourby, Au dedans du premier plancher, estoit une grande Salmande, Effigié sur le vif, posée dedans un feu ardent, respandu sans riens endommager le long du Theatre. Lestendue duquel, tant au fons qu'aux costez, se monstroit un paysage, d'une perspective, peinte et umbragée de main d'excellent ouvrier. Clotho et Atropos, deux des Déesses fatales, de gracieulx et pudique maintien, taillez de ronde bosse, et de Stature plus grande que le naturel, portoient en leurs mains contremont levées, au doz d'icelle Salmande, un Ophites, de spherique figure, mordant sa queue, Lequel par son hieroglyphique demonstration figuroit, le temps fatalement destiné, à feu de bonne et louable memoire, francoys premier Prince clement, pere des ars et sciences. La recordation duquel par cecy estoit raffreschie, Aussi estoit il escrit en un tilet, attaché en la circunference dudict Ophites.   [O] Hoc est tempus.
qui se peust ainsi entendre.
  Le fil du temps qu'a tors jusques a present
  Dame Clotho, pour le bon Roy Francoys,
  Atropos rompt lachesis [?] pour labsent
  Produyt Henry pour Roy sur les Francoys

[O] Et incontinent que le Roy fut approché d'iceluy Theatre, la Salamande, ensemble les Deesses, furent couvertes et envelopées d'un grand et spacieulx globe, peint à fraiz dedans et dehors, de couleur du ciel, biletée d'estoilles claires, et neaumoins Diaphane, Car par subtil moyen se contournant, transpiroit et dardoit {d'ardoit} flammes de feu vif, oultre et par dessus le frontispice, sans toutesfois faire tort à l'ouvrage, La vivacité duquel feu, au mesmes instant, prodysit artificiellement, un Pegasus de bosse ronde, portant huict piedz de Volume, lequel semé destoilles argentées, sur son corps esmaillé de blanc clair, mouvoit agillement les pieds, teste, aureilles, et yeulx, comme si nature luy eust lors communiqué, l'usage de vie, il avoit ses aelles estendues au vent, sans les esbranller, En denotant la constante promesse, d'heureuse et longue vie, divinement faicte, à la sacrée majesté de nostre Roy, et seigneur, pour la tuition et deffence de ce royaulme, conservation et manutention de la paix, et union de saincte eglise, faisant actes memorables, dignes certes du nom et tiltre, de Treschrestian et premier filz de l'Eglise, comme il à ja par effect appertement monstré, des son advenement à la coronne, jusques à ce jourdhuy. Dont nous avons conceu certain espoir qu'il continuera ce bon vouloir, par le benefice d'icelle promesse, Et oultre ce que ledict Pegasus avoit les pieds ferrez, Il vomissoit de la bouche flammes de feu ardent, umbrageant les deux cornes eminentes de sa teste, ce qui le rendoit plus monstrueux, tel que par plusieurs journées, on la peu veoir planté sur langlet du frontispice,
[O] Par iceluy Pegasus est declaré une fontaine continuellement bouillante, Et duquel s'estoit servy Bellerophon en l'expedition qu'il fit contre la monstrueuse Chimere, pour lequel effect morallement est entendu la continuelle renommée des actes vertueulx executez en mer et en terre par le tresillustre et tresmagnanime prince Henry second du nom Roy des Françoys, Laquelle sera non seullement de son vivant au monde celebrée: mais aussi jusques à l'eternité des ciecles haultement extollée, et la memoire de ses ennemys en briefve espace morte et estaincte, Et quoy que par virulente detraction s'efforcent, quant ilz ne peuvent de faict, suprimer l'honneur et credit de ses faitz genereulx, si toutesfois le renom de ses louables vertus, à succession de temps augmentera tellement ses forces invincibles, que ses adversaires seront rendus confus, et force d'eulx revoquer de leur inique delation, et sinistre jugement, en quoy sera donné ample matiere et argument suffisant aux doctes et eloquens orateurs, pour excercer leurs subtilz espritz, en la description doeuvres singulieres, portantz tesmoingnage certain, tant des vertus heroiques dudict seigneur, comme de l'excellence et plus que humain scavoir, des bons autheurs, voila en somme ce qu'il nous est umbragé souz la figure de Pegasus.
[O] Sur la supreme coronice, dedans le tympan du frontispice, se presenta un Triton semé d'escailles et fanons argentez et rechargez d'azur, Lequel en faveur de Neptune son seigneur, se monstrant affectionné envers Pegasus filz de Neptune, sonna clairement de sa trompe par trois foys, comme s'il eust voulu non tant advertir les passantz à dresser attentivement l'oeil à aultre plus excellent spectacle, que pour donner à entendre, que toutes choses cessantes l'ordonnance de Dieu, voire jusque à pervertir l'ordre de nature, doit estre executée. Et voicy que le globe en ce contournant vient à ouvrir, et respandre tout de lestendue du theatre, dedans lequel se monstra le simulachre d'un Roy coronné, richement paré, dont le traict du visage et proportion des membres, se raportoient singulierement bien au Roy, ainsi estoit il la mis pour le representer cestuy simulachre estoit posé d'une bonne et grave contenance, dedans la circunference d'un grand Croissant argenté, Lequel estoit planté sur une pierre de marbre, de figure cubique, En l'une des faces duquel marbre estoit insculpe, de gros characteres, renfoncez d'or polly: FIDES: designant une solide stabilité, et permanence de regne, fondée sur une certaine promesse, divinement faicte, et confirmée à la personne de nostre Roy, et par icelluy d'une foy vifve conceue et admise.
  Aussi par foy conjoincte à l'oeuvre bonne,
  L'homme attendant constamment la promesse,
  Aura l'effect des biens que dieu ordonne,
  Soit guerre ou paix, malgré partie adverse.

[O] Du costé ouvert d'iceluy Royal simulachre apparoissoit le coeur dont provignoit un cept de vigne umbrageant de ses fueilles et fruictz le fons et costez du Theatre qui par avant avoient esté remplis de paysage conduict avecques toutes les beaultez artificielles de perspective non sans grande admiration de tous ceulx qui la estoient present, plusieurs personnages diversement accoustrez representans les nations estranges prenoient à la main des raisins de la vigne et en exprimoient la liqueur pour la doulceur et suavité duquel ilz estoient attirez à toute amyable confederation et obeissance, Au dessus d'iceulx dedans une nuée bien azurée et semée d'estoilles, les sept dieux et déesses qui ont donné le nom aux sept planetes comme astres benevoles favorables presenterent sceptres tant modernes que antiques avec coronnes imperiales royales et ducales à ce Roy, Roy certes d'autant plus digne du tiltre et nom de Epaphrodites, ou venuste, que scylla prince Romain, d'autant que la faveur du souverain dieu des princes Chrestians est plus certaine que celle de l'idolatrie des romains un soleil d'heur et felicité plain de rayons et flammes d'or bruny reluysoit environ la teste du simulachre royal qui serroit à la force de sa main dextre {d'extre} la teste d'une gorgongne dont le sang distiloit signifiant l'heureuse victoire que nostre souverain seigneur et Prince obtient sur ses ennemis enfans et lengendrement de discorde. Et souz sa main senestre estoit plantée une espée clairement reluysante, la pointe tournée contremont, le long de laquelle force belles fleurs comme de leur tige surgetoient denotant que justice florit en France souz la main de nostre tant vertueulx et equitable prince, de l'architrave {architrane} du premier plancher une cartoche d'un riche escompartiment environnée en laquelle se pouvoit lire {luyre} cest {c'est} escript couché de noir sur fons de blanc polly.
  Roy treschrestian le ciel tant d'heur te donne
  Que soubz ta main justice est florissante
  Les haultains dieux honnorent la coronne
  Et a t'aymer le tien peuple sadonne
  Voyant discorde en ton regne impuissante.

[O] Et pour ce que l'entier dessaing de l'artificiel enrichissement du Theatre ne pourroit estre particulierement exprimé pour les rechangemens et variations de l'ouvrage que ce ne fut par trop grande curiosité et recharché, vous aurez icy seulement en platte figure autant qu'il s'en peust d'une forme d'impression coucher vous laissant le surplus de l'artiffice à imaginer ou bien à vous informer à ceulx qui presens estoient et ont veu l'execution des subtilz mouvemens et ingenieuses revolutions des choses y presentes, pour lesquelles inventions l'autheur ne fut pas moins loué que larchiticte qui si nayfvement avoit executé lichnographie {lichuographie} sans riens obmettre de l'ordonnance ny {n'y} espargner les materiaulx dont ledit theatre estoit superbement enrichy: mais pour plus ample interpretation du reste representé en ce tant magnifique Theatre ne sera loing de propotz vous faire lecture d'un cantique servant de briefve accession à lhyperbate precedent.

[O] Cantique.
  Jay veu en vision
  La grande salmandre
  Par toute nation
  Son feu bruslant espandre.

  Apres le ciel je vey
  Couvrir son feu ardent
  Lequel au ciel ravy
  Plus grand lustre est rendent.

  Car par sa vifve force
  Un Pegasus engendre
  Qui sans finer s'efforce
  Son grand los faire entendre.

  Triton sa trompe sonne
  Et le ciel tost souvrit
  Qui l'heureuse personne
  Du grand Roy descouvrit.

  Ce Roy à sur la teste
  Un soleil radieulx
  Qui en force modeste
  Me le faict voir heureulx

  Ses pieds sur un croissant
  Formé sur pierre dure
  Me le faict voir croissant
  En foy qui tousjours dure.

  Dessoubz sa main senestre
  Justice est florissant,
  Et dessoubz sa main dextre
  Discorde est impuissant,

  Les haultains dieux supremes
  De leur gloire vestus
  Luy offrent diadesmes
  Pour ses grandes vertus,

  Nations estrangeres {essrangeres}
  Et les privées aussi
  Sesgayent et font chere
  Et nont plus de soucy.

  Soucy nont plus ny crainte
  Que guerre mal leur face
  Car ce grant Roy sans fainte
  Les abreuve de grace.

  O vision heureuse
  De ce Roy tant heureulx
  Dont la face amoureuse
  Rend noz coeurs vigoureulx.

[O] L'apotheose ou Canonization de Francoys premier et stabile continuation du {nu} regne de Henry second roy de France. {Franc.}

La figure du pont de Robec.
[
FIGURE]
[LO] CE theatre assez longuement contemplé par le Roy et par sa venerable compagnie avec plaisir et admiration incredible, marcha oultre passant par devant l'abaye de Sainct Ouen Ediffice certes d'autant beaulx et sumptueulx bastimentz artificiellement construyt qu'il est grand et spacieux, Tira à main dextre pour entrer en une grande place vulgairement nommée le Pont de Robec, Au meilleu de laquelle place ya une moyenne riviere aussi clere que eau vifve de rocher, lors principalement que les artisans bordantz en icelle cessent eulx ayder et servir d'icelle riviere comme il advint es jours destinez à ce triumphe. Pour entrer et issir d'icelle place y avoit trois portes desquelles l'une regardoit sainct Ouen, et les deux autres estoient au meilleu d'icelle, lesquelles estoient aux aelles d'un beau spectacle uniement couvert d'une assez ample platte forme comme d'un preau servant de plan audict spectacle qui pour son excellence et singulier artifice duquel il estoit conduict et mené à bonne et juste cause pouvoit estre nommé, Les champs Elysées, Le long d'icelle riviere et environ icelles portes estoient arbres plantez et treilles rengées d'un verd branchage entortillé et tressé d'ouvrage topiaice par si bon et subtil moyen et les plantaz si proprement accommodez au lieu, qu'on n'eust sceu autrement juger à les veoir que la tige avoit pris sa culture et accroissement en ce lieu, Chacune porte monstroit aux passantz pour object un grand croissant d'argent, Ledict preau estoit porté sur un massif de Rocher imitant parfaictement le naturel tant en couleurs que figure sans y perdre un seul traict, A chacun anglet du preau estoit planté un arbre de haulte fustaye encores revestu et chargé de ses branches fueilles et fruictz naturelz de la cyme desquelz s'estendoit de l'une à l'autre, une ceinture de branchage et fueilletage subtillement entrelassée, pour attachementz de pentes et festons à fruictz qui accompaignoient ung grand escusson de France, Es deux costez du preau estoient dressez deux hortz ou vergers enrichis de arules carreaulx et parquetz semez de diverses herbes fleurs, fruitz naturelz selon la saison, Et pour plus grande illustration, le long des appuys et cloisons faictz de trillis et balustres verdes estoient affichez treilles pergules et eschallatz charges de vrayes et non faintes courges cytrouilles et pomes d'amour avec leur tramée et ligatures de rameaulx fleschis et entortilles {entotilles} aux treilles par le moyen de leurs tendons cornichons et rinsseaux, le fons du Theatre et du rencontre de sainct Ouen se monstroit ennobly d'une excellemment belle perspective en laquelle on pouvoit veoir une haye comme de vifve plante et au meilleu un berceau ou foeillye servant de porte composée dartifice topiaire pour entrer en un clos planté d'arbres fruicties ou l'ordre quincunciale y fut si songneusement observé que la ligne ou niveau ne pourroient estre plus justes, Et n'est homme tant ait l'oeil clair et subtil qui de prime face neust affermé le tout estre construict et dressé de ronde bosse. Au meilleu du preau estoient posez trois personnages de grande et magnifique stature, Le premier aprochoit singulierement bien au feu Roy François, Aussi l'avoit on la mys pour le representer. Lequel bonne memoire second personnage tenoit acollé du bras gauche, Lors que de sa main dextre elle presentoit au Roy nostre sire qui ce regardoit curieusement un livre imprimé de characteres grecz hebreulx et latins, contenant les nobles faictz et gestes du Roy Francoys son treshonnoré pere et seigneur, Par ce le voulant inviter à l'ensuyvre, Comme si elle vouloit dire, que nul ne peust estre revestu d'immortalité sinon par les bonnes lettres et actes vertueulx, Iceluy simulachre royal estoit aorné d'une coronne d'or par art d'orfaverie et vestu d'un mantel royal d'un Veloux brun Cramoysi tirant sur le pourpre semé de fleurs de lys richement brodez doublé de satin cramoysi rouge, le rebras au collet fourré d'hermines estaché sur l'espaulle d'une fleur de lys de fin or au lieu dagraphe et par dessoubz une tunique de Satin bleu azuré semée plus plain que vuyde de fleurs de lys de riche broderie, le tout brodé par les fentes et extremitez de quatre doigtz de guyppure d'or, Bonne memoire portoit en teste une coronne de fin or et au doz des aelles estendues sur une longue robe de drap d'or raz semé destoilles et croissantz de fil d'argent de rellief, Derriere eulx estoit posee une Nymphe vestue de robe de Veloux Pers rencorsee et semee d'estoilles d'argent traict, Icelle Nymphe portoit sur l'espaulle droicte une buye subtillement moullée et argentee, Et de l'autre main pressant sa mamelle faisoit artificiellement ruisseler et ebullir, un ruisseau d'eaue clairement vifve, Par icelle Nymphe nous est representée Egeria Nymphe tant renommée es histoires Romaines, laquelle residoit en un petit taillis espes et remot, prochain d'un petit chasteau a present nommé Riccia, arrouzé d'une claire fontaine qui estoit consacree aux muses, En ce lieu nuictamment reperoit Numa Pompilius Roy des Romains son espoux qui pour donner plus grande foy et auctorité es loix status et ordonnances, dont il vouloit son rude peuple instruire et reduyre à religion et vie mansuete et politique faignoit par lamonition et conseil d'Egeria sa femme, ordonner chose agreable aux dieux et à ses sujectz profitable, conformeement à ce propotz dict Ovide.
  Egeria est que prebet aquas dea grata camenis
  illa Numae coniunx consiliumque fuit.
Qu'on peust ainsi traduyre.
  Egeria la Nymphe tresfameuse,
  Qui donne eau vifve aux muses gracieuse,
  A son mary Numa prince Romain,
  Donna conseil trop plus divin que humain,
  Dont sa gent rude il rendit vertueuse,

[O] Joignant ces trois personnages se reposoient estendus sur l'herbe verde deux autres personnages l'un armé de corps de cuyrasse d'avantgarde bras et despaulletes: aupres de luy son armet hoguynes grenes ganteletz et espée le tout clair poly et argenté qui denotoit lestat des nobles preux chevaliers et deffenseurs de la republique, L'autre estoit accoustré en laboureur, {l'aboureur} ayant de costé luy plusieurs instrumentz ferrez appartenant à labeur, {l'abeur} Aussi representoit il lestat de labeur, Le pourpris et ordonnance de ce theatre nous figure la bonne et saincte erudition dont Francoys premier du nom que Dieu absolve Roy des Francois estoit par grace divine ennobly, et dont il à tellement enrichy son royaume qu'il n'y a region au monde (Ce que je dy {d'y} n'est pour amoindrir l'honneur due à aultruy) qui pour le jourdhuy plus de nobles espritz consommez en tous ars et sciences ait produict, Et pour a ce parvenir hors mys toute chichete n'a espargné ses thresors, {trhesors} faisant venir de pays estranges livres antiques et doctes lecteurs en toutes langues et sciences qu'il à honnorablement stipendies et promeu en estatz condignes à leurs merites, Au moyen dequoy les langues greques Hebraiques Latines et autres florissent en France plus qu'elles n'ont jamais par le passé, Dont vient que de tous bons autheurs modernes luy est attribué et a bon droict, Le tiltre de prince clement en justice pere et restaurateur des bons ars et sciences duquel tant honorable tiltre bonne memoire le fera eternellement joyr entre les humains pendant que son esprit est au doulx et solacieux repotz de la gloire de Paradis representant en sa personne lestat de conseil et justice accompaigné des estatz de noblesse et labeur qui semblablement avec luy se reposent quictes et deschargez de toute peine et travail, Le bon renom desquelz à raison de leurs vertueuses actes fera perpetuellement celebré par la memoire commandable qui s'en fait aux histoires tant antiques que modernes, Je dy {d'y} d'avantage ce qui n'est à obmettre que le feu Roy Françoys premier du nom avoit deliberé faire bastir en LUNIVERSITE DE PARIS un College de grande et magnifique structure et icelluy douer de trente mil livres tournoys de rente par an pour stipendier en nombre suffisant doctes regentz et y entretenir quelque bon nombre de pauvres escolliers ce qu'il n'a peu mettre à chef estant prevenu de urgentes affaires et de mort, A lexemple duquel Henry second son naturel filz et legitime heritier à augmenté de moytie le nombre des lecteurs publique d'icelle université presage certain qui nous induit mieulx esperer de sa liberalité.
[O] Au meilleu de l'embassement d'icelluy theatre duex petitz mannequins portoient un tableau richement doré dedans lequel s'estendoit cest {c'est} escript couché de noir sur fons blanc.
  C'est le repotz le paradis heureulx,
  Des Roys qui sont des lettres amoureulx,
  Francoys premier y est franc et delivre
  Henry second viendra qui le veult suyvre
  Bonne memoire a faict ce lieu pour eulx,

[O] A chacun anglet du theatre estoient affichez soubz le pied des arbres autres tableaux semblablement enrichis et moullez, A celuy du costé dextre estoit escript sur fons de sable en gros charracteres d'un blanc esmail,
  Vt requiescant a loboribus suis,
Qui se peust ainsi entendre,
  La republique est lors bien gouvernee
  Quant de son Roy la majesté est aornée,
  D'ars et science attrempez de justice
  Qui font joyr tous roys du benefice,
  D'heureulx repotz apres guerre affrenée,

[O] Et au dessoubz un autre tableau de moyenne forme estoit remply de ses lettres hebraiques, Qui designent en nostre vulgaire Francoys.
  La memoire du juste,
  En tout temps aura lieu,
  Devant la face auguste,
  Du hault et puissant Dieu,

[O] Le tableau du costé senestre estoit imprimé de cest {c'est} hemistiche de Virgile, Sedes vbi fata quieta, Ostendunt, Par lequel le vertueux et magnanime aenee exhorte ses compaignons à constamment supporter la tourmente de leur navigation et proceder, hors mitz toute crainte, en leur peregrination souz espoir de parvenir en lieu de repotz pour eulx fatalement destiné, duquel n'est possible jouyr sinon par prevention de plusieurs et divers perilz et labeurs, Ainsi que le monstre cest {c'est} escript,
  Par maintz labeurs et divers accidentz,
  Tant que serons au monde residentz,
  Fault constamment suyvir l'ordre de vie,
  Jusque au sommet ou la mort nous convye,
  Sans redouter les perilz evidentz,
  Ou succumber par effectz incidentz,
  En terre ou mer par dol force ou envye,
  De l'ennemy dont nature est suyvie,
  Ains esperer si nous sommes prudens,
  Que pour travail trouble et affliction,
  Par sort divin qui moins du droict desvye,
  Que les arrestz donnes par presidentz,
  Enfin de temps aurons fruition,
  De doulx repotz d'ayse et joye assouvye,

[O] Au dessoubz pendoit un autre Tableau de moindre volume enrichy de ce distique grec, Contenant la substance de ses cinq lignes,
  Hercules fut des monstres odieulx,
  Par ses effortz en fin victorieux,
  Dont il obtint limmarcessible gloire,
  Les Roys scavans sont par Bonne memoire,
  En seur repotz translatez jusque aux cieulx,

[O] En un tillet ou quartel qui pendoit de lescusson de France estoit couché en lettres grecques ceste sentence proverbiale. Qui sonne en nostre langue,
  Le juste, est de louenge,
  Pour actes de vertu,
  Par linsigne eloquence,
  Des scavans revestu,

[O] Apres le plaisir de ce beau spectacle receu selon que l'opportunité du temps le permetoit, Le Roy passant par devant l'eglise de Sainct Maclou, tira à main droicte Vers la grande eglise nostre dame de Rouen, Pour apres les triumphes honneurs et congratulations liberalement presentes à sa majesté, rendre graces à Dieu duquel tout bien honneur et puissance dependent d'avoir souz son pouvoir et devotion un peuple si obeissant et si bien affectionné envers luy, Monstrant clerement par cest {c'est} effect qu'il desiroit correspondre à son tant honnorable tiltre de Roy Treschristian, Et voulant a son exemple exciter ses subjectz a non estre ingratz envers la majesté divine, ains a toute action de grace pour les biens perceus par la gratuité, bonté de Dieu, Dedans laquelle eglise, Le Roy en sa majesté fut en deue et honnorable reverence receu du Chapitre de Rouen revectus des beaulx et excellents aornements d'icelle eglise enrichis d'exquise orfaverie et subtile broderie d'or et d'argent semee de Perles et gemmes fines dont oultre l'excellence et perfection de beaulté la valleur s'en disoit inestimable, Portant la parolle Maistre Claude Chapuys chantre d'icelluy college et orateur facond, Pour autant que monseigneur lillustrissime Cardinal de Vandosme, Leur archevesque n'avoit encores receu ses provisions apostolicques, Par lequel chantre la majesté du Roy fut saluee rendue benevole et attentive par l'artiffice d'une briefve oraison construicte et fillée d'un autant polyt et eloquent stille qu'elle fut disertement et de bonne grace pronuncée, laquelle neantmoins sa briefvete estoit distinctement enrichie comme demblemes de graves et divines sentences. Par lesquelles, apres honnorable repetition des vrayment royalles et heroiques verus dont il à pleu a Dieu illustrer et accomplir sa tresnoble personne, et des actes memorables par luy executez a l'honneur de Dieu, manutention de la foy, et à la protection de ses subjectz, en ce comprins sa tresheureuse lignee admirable aux estrangers redoutable aux ennemys profitable a son royaume, laquelle represente l'expresse image des graces et beneditions divinement faictes à Abraham et Isaac d'innombrable et puissante posterité accomaparagee non seullement au nombre infiny des estoilles du ciel mais aussi à la clarté et lumineuse splendeur d'icelles duquel heur fatal nostre seigneur à enrichy et avantagé le Roy tant pour soulager et consoler sa viellesse caduque comme pour accompagner et recreer la fleur force et vigueur de sa prudente jeunesse, Ce qui fait concevoir une esperance et pour mieulx dire une asseurance de continuation de regne paysible heureulx et prospere, Iceluy chantre suplioit treshumblement au roy, Comme Treschristian, Comme filz aisné de l'eglise, Comme protecteur d'icelle, Comme imitateur de ses predecesseurs, Comme ministre de Dieu, comme zelateur de son honneur, avoir l'eglise en telle reverence que lespouze immaculee de Jesuchrist, la decorer, Comme sa maison, La reverer, comme nostre mere, la soustenir et conserver en tous ses droictz franchises et immunitez, La verité evangelique faire sincerement annuncer les erreurs extirper, les vicieulx corriger, les vertueulx soullager, L'asseurant de verité qu'en ce faisant dieu conduyra toutes ses entreprises, a prospere et heureulx effect, Et d'autant que le bon dieu la exalté en estat eminent par dessus les Roys de ce monde, Ainsi l'eslevera finablement au ciel avec luy et changera ceste {c'este} coronne royalle à un diademe de gloire incorruptible et d'eternelle felicité, promise et preparée a tous Roys qui non par tyrannique auctorité, ayns de paternelle affection, non par exactions ains par largesse, par justice, non par vindication, par amour non par crainte, non comme mercenaire, ains comme pasteur, non pour un bien particulier ains pour un bien publique, dignement excerceront ce hault et non moins difficile ministere royal, Telz ou semblables propos menez a fin, Par prieres addressantes à Dieu pour la continuelle prosperité du Roy et amplification de sa monarchie, selon que sa vertu le merite son peuple le desire et sa personne le promet le livre des sainctes Evangilles luy fut presente sur lequel il presta reveremment le serment de confermer et maintenir l'eglise et ministres d'icelle en leurs droictz franchises et libertez, Et de toutes ses forces soustenir et deffendre l'honneur de Dieu, les ordonnances de saincte eglise, les sainctz decretz de ses ministres, Et entierement restituer icelle eglise en sa pristine majesté, promesses certes dignes du tiltre de Roy trechristian, Roy dis-je eminent en toutes vertus.
[O] Apres la celebration des ceremonies accoustumees en tel effect et que le Roy eust fait son oraison, Le Te deum laudamus cantique d'exultation accompaignée d'action de graces fut aux orgues et a voix doulce musicalement chanté, pour l'heureulx et desiré advenement du roy, Lequel s'en partit pour aller en la maison abbatiale dudit sainct Ouen que le reverendissime Cardinal de Vandosme Archevesque de rouen et abbé dudict lieu avoit fait sumptueusement preparer et enrichir de beaulx et magnifiques ouvrages pour y recevoir et traicter la majesté du roy et de la royne pour le devoir de la consanguinité et ample dignité qui a ce faire l'invitoient, la magnificence et sumptuosité duquel logis ensemble l'apareil dressé pour telle reception seroyent trop longs à racompter et plus la substance, A raison dequoy j'en laisseray à juger aux lecteurs, qu'en tel triumphe chacun s'efforcoit surpasser l'un l'autre et monstrer par effect le zele et affection que chacun avoit lors de faire chose qui fut plaisante a l'oeil et agreable au coeur de son prince et seigneur, Lequel triumphe fut trouvé pour ce jour plus excellent en beaulté, plus complet en varieté et non moins plaisant et delectable que le tiers triumphe de Pompee le grand celebré le jour de sa nativité fut veu des romains superbe en richesses et abondant en despeuilles des estranges nations.

[O] L'entrée de la Royne.
[LO] LE lendemain matin deuxiesme jour d'Octobre, Apres que par l'ordonnance des Conseillers Eschevins de la ville de Rouen, Les douze maistres deputez aux Ceremonies, eurent mis ordre par tout ou besoing estoit et à chacun designe sa charge, pour la mettre à execution en temps et lieu deu. Environ l'heure de sept heures, Les estatz bandes et compaignies d'icelle ville sortirent par la porte du pont pour prendre leur estendue et ordre en la plaine de saincte Katharine de grant mont ouquel lieu estoient les Pavillons dressez et parez, comme en un camp royal, Pour y recevoir les bandes et capitaines, Si acoustrer et equiper souz le couvert des tentes doutans la pluye qui la nuyt precedente avoit longuement continué. Laquelle cessa sur le point des affaires, Comme si les astres benignes eussent eu regard, à la grande affection qu'avoient les habitans de la ville pour faire honneur et service agreable à la Royne, Laquelle accompagnees de grand nombre de princes et Princesses seigneurs, et dames de la court, Les attendoit souz un derselet richement paré et expresseement dressé en l'une des galleries de l'arc triumphal, situé pres le prieuré des Emmurees qui au paravant avoit esté estably pour le Roy, Par devant laquelle dame environ l'heure de mydy. Commencerent à marcher les quatre religions mendiannes, et tout le reste du clergé, en semblable ordre et habit que le jour precedent, Qui furent suyvis des officiers estatz et artisans d'icelle ville distribues, par bandes et compagnies honnorablement vestus montez et accompaignez, Enrichys sur leurs sumptueulx accoustrementz de broderies franges et houppes semez de perles et pierrerie de grant prix leurs corseletz cuyrasses et autres especes d'armes gravez pollys et dorez, Les bannerolles enseignes et guydons imprimez d'or et d'argent aux armaries Chiffres et divises du Roy et de la ville, De non moindre excellence et beaulté, qu'ilz avoient esté le jour precedent, Excepté que chacun d'eulx avoit assorté son plumail et pennache frengez et houppes des couleurs de la Royne qui sont de blanc et verd, Signamment les enfantz d'honneur à pied et a cheval, Lesquelz avoient eschangé leur petit Caparenson, estendu sur le collet avec la suyte d'iceluy mesme, la plus part des nerveures brodeures cordons et profilleures, tant de leurs habitz harnoys et Caparensons de leurs chevaux que des acoustrementz de leurs lacquaiz equipolemment aux couleurs de la Royne, De maniere qu'en premieroeil, ilz sembloient estre rafreschis d'autres nouveaux acoustrementz, Caparensons et harnoys, tant estoit la rechangé d'icelle pareure, pour la celerité du temps proprement accommodée, Tous lesquelz estatz bandes et compaignies en tel ordre et magnificence que le jour de devant passerent par dessouz ledict arc triumphant. Auquel lieu, Le Lieutenant du baillif de Rouen accompaigné des Conseillers Eschevins d'icelle ville, vestus de robes d'un clair satin Venitian doublé de Veloux sur saye de Veloux joingtz avec eulx, Les officiers et pensionnaires de leur maison commune vestus de robbes de Damas noir sur saye de Veloux feit le semblable, Proposant à l'heroique majesté de la Royne, par un pollyt et grave stille convenable à la matiere subjecte, L'admirable et autant profitable heur de sa foecundité, dont la souveraine bonté de Dieu, pour la force manutention et augmentation de ce royaulme avoit enrichy et avantagé sa royalle maison. L'excellente beaulté corporelle, dont nature avoit jusque au parfaict emparé et illustré sa noble personne, La grandeur de son estat ou fortune l'avoit jusque au sommet de ses preeminences extollée faisant par une admirable Metamorphose, Eschangé d'une fleur de lys de gueulles a trois fleurs de lys d'Or, et Par une elegante prosonomasie faisant florir et surgeter d'une tige florentine, florides fleurs Francoyses, Et apres honorable repetition des plus parfaictes perfections d'esprit et de nature dont elle est si copieusement ennoblye que par ses excellences peust estre et à la verité nommée Miracle de nostre eage, Luy feit offre de toute fidelité et service, La supliant treshumblement, qu'elle voulsit les habitans de Rouen consilier et maintenir en la bonne grace de son royal espoux, Chose qui luy fut tresagreable, Leur promettant d'une bonnaireté royalle tellement si employer qu'ilz auroient cause d'eulx contenter eu regard à la fidele amytié propre obeissance et autant liberale que magnifique reception dont les habitans de Rouen avoient tant du passé que de present usé envers les roys de France, leurs souverains seigneurs et en faveur, de son seigneur et mary à sa propre personne voulant de sa part, au temps advenir, leur faire entendre pour recompense que la faveur et credit qu'elle avoit acquitz par ses vertus insignez envers le Roy, seroient du tout employes au grand bien profit et soulagement du peuple Francoys specialement de celuy de Rouen peuple qu'elle estimoit de condition non abjecte ains de liberal et magnanime courage d'avoir exposé devant la face de son naturel seigneur un tant magnifique triumphe qui s'est monstré egal au mutuel amour du Roy et de ses subjectz. Les presidens des courts de Parlement et des aydes honnorablement suyvis des Conseillers et officiers d'icelles courtz chacun à son reng et degré d'humbles et doctement aornez reverences, vindrent saluer ladicte dame, Luy proposantz autant justes que gracieuses requestes enrichies des louenges, que meritoit l'excellence de ses heroiques vertus desquelles comme presidente des graces, elle excede toutes autres vertueuses dames. Lesquelz propotz furent d'aussi grande attention ouyes par la venerable assistence qu'agreablement furent receuz d'icelle dame, Et ce dict vindrent à marcher les bandes tant de pied que de cheval, chacun a son ordre, A la fille desquelz se rengerent les Chars triumphantz accompagnez de leur brave suyte, lesquelz passez oultre, sans toutesfois pretermetre, les reverences et salutations, tant en musique qu'en rethorique francoyse qui furent disertement pronunces par les personnages à ce faire ordonnez tendans à l'exaltation et honneur du Roy et d'icelle dame, Arriverent devant ledit arc triumphant, Les princes, Prelatz et grans seigneurs, avec toute la noblesse de la court du Roy, et de la Royne, qui pour luy faire l'honneur deu à ses merites et solennellement celebrer de leur part ceste tant joyeuse entree se parforcerent, pour ce jour se monstrer devant la face d'une si haulte et excellente princesse en si beau et riche equipage, qu'il ne m'est possible, ny {n'y} en rithme ny {n'y} en prose, expliquer la magnificence et sumptuosité, dont estoit ceste noble compagnie, emparee qui pour soy mettre ainsi à devoir, fut de tous ceulx qui la virent grandement louee Chacun desquelz passant par dessouz icelluy arc s'enclina reveramment devant la Royne, laquelle de bien bonne grace, leur rendit un salut, Et cela fait Icelle dame monta sur une Haquenee, autant belle et bien prise qu'il en fut oncques, couverte d'une housse de toille d'argent, enrichie de broderie de fil d'or de rellief, les franges et houppes de fil d'or et d'argent traict, Le reste du harnoys de semblable estoffe, les bossetes, branches bloucques et hardillons de fin argent gravé et polly, Et en telle magnificence {manificence} la Royne proceda à l'effect de son joyeulx et nouveau advenement, Auquel elle fut precedée des heraux d'armes, puis des officiers de la maison du roy, et de la sienne en nombre suffisant, consequutivement des deux centz gentilz hommes du Roy, Des Ambassadeurs de Venise, Ferrare, d'Escosse, d'Angleterre, de L'empereur, de Portugal, et du Pape, Accompaignez des Archevesques Evesques et Prelatz de France, continuantz l'ordre de leurs dignitez, A la suyte desquelz se presenta la garde des Suysses, conduytz par leur Capitaine, Apres eulx marcherent deux pages d'honneur d'icelle dame, Les testes nues, Le premier desquelz portoit devant soy le manteau, Le second lescrin aux bagues de la Royne, vestus de toille d'argent, Leurs chevaulx enharnachez de mesmes, Au doz desquelz veint, Le premier Escuyer de la royne vestu d'accoustrementz de Veloux blanc, brodé et raporté {r'aporté} par les retailles de boutons d'or, monté sur un cheval de poeil blanc couvert d'une housse et harnoys de toille d'argent, le cheval de croupe de ladicte dame, suyvit aorné de housse planchete et harnoys de la mesme pareure des autres. Lequel estoit conduyt par l'un de ses pages, vestu de toille d'argent decoupé et renoue de ferrons d'or. La Haquenee de parade de poil blanc, marchoit à son reng couverte d'une housse de toille d'argent frizée trainant jusque à terre son harnoys de la suyte. Laquelle estoit menee par deux escuyers, vestus de robbes de Veloux blanc sur sayes de toille d'argent, Les pans d'icelle housse portez par deux pages, habillez de toille d'argent, A les suyvre se rengerent à pied les Pages d'Escuyrie vestus de Veloux blanc et verd, Monsieur le duc de Montmorency Connestable de France, richement vestu et monté, selon l'eminence de son estat, Portant l'Espée nue, Estoit accompagné des Chevaliers de l'ordre, sumptueusement accoustres, Et de messeigneurs les reverendissimes Cardinaulx vernerablement vestus de leurs capes de Camelot de soye rouge Cramoisy et couvertz de leur Chapeline de pourpre, enrichie de cordons, boutons et frange de mesme, montez sur mules faleres et dyapres de Veloux rouge et blouques d'or conformeement à leur supreme dignité ecclesiastique, Qui furent suyvis des pages d'honneur en sayes de toille d'argent, la teste nue, montez sur braves Coursiers enharnachez de semblable pareure,
[O] La Royne vint apres, ainsi montée que dessus est dict vestue d'une robe d'un clair drap d'argent enrichie de broderie à figures de fil d'or traict par art d'orfaverie, Elle portoit en sa teste sur un riche cuffion d'or un chapeau ducal emplumassé de blanc, le tout charge de perles et pierrerie, de telle excellence et splendeur que l'entier accoustrement d'icelle dame sembloit mieulx un ciel estincellent de claires estoilles que gemmes precieuses, Laquelle en ceste pompe et magnificence sembloit preprement estre une Pandora douee de sapience par Minerve, d'eloquence par Mercure d'harmonieuse voix, par Apollo et de beaulté incomparable par Venus et d'abondant coronnée de toute gracieuse et venerable contenance par les Charitez, En semblable accoustrement la suyvit Madame Marguerite de France fille de Roy, Soeur unique de Roy, et digne d'avoir pour espoux en Roy de pareille generosité et pouvoir à son treshonoré Progeniteur et frere tresamé, Laquelle portant nom correspondant à sa tresillustre personne à raison du grand et inestimable prix à quoy est estimée par pline second, la Marguarite union, ou Perle enchassée dedans l'aneau de celeste et naturelle beaulté par prevention tient le premier lieu et le plus hault prix de toutes dames de sa qualité pour la splendeur doulceur gravité et autres perfections qui font en elle, Ma damoyselle la bastarde et autres princesses en bon nombre parées de semblables accoustrementz et riches doreures bagues et broderies telz que l'on peust penser convenables et bien seantz à telles princesses marcherent apres, La gracieuse contenance desquelles assouvye d'une beaulté fort exquise, Rendoit comme estonné d'admirable delectation le peuple qui les regardoit incertain si leur corps traitif et nayf traict de visage aornoit leurs sumptueulx habitz ou si la sumptuosité de leurs acoustrementz donnoit accroissement de beaulté à leurs personnes, Chacune d'icelles portoit en sa main un riche plumail de contenance parfaictement blanc. Force lacquais richement vestus de leurs livrees, les costoyoient, La queue de leurs robes fut portee par Escuyers vestus de Veloux blanc. La monture d'icelles estoient haquenees blanches enharnachees de toille d'argent, Mes dames les duchesses destouteville et de Valentinois, se rengerent à ceste venerable compagnie. Pour laquelle assouvir de toute magnificence et beaulté, chacune princesse et dame estoit honnorablement accompaignée de quelque grand Prince ou gros seigneur en tel et si precieulx apareil que ceste tant illustre compagnie de Princesses et dames fut jugée l'une des plus belles que l'on ait veue de long temps. Tout d'un reng les dames d'honneur et autres dames et Damoyselles de la Royne et Princesses en grand nombre vestues de robes de toille d'argent et de Veloux blanc, taillez à Litalianne enrichies de pourfilures et broderies de fil d'or chargez de chaines et carcans d'or, garnys de pierrerie qui accompagnoient l'excellence de leur beaulté assortée de bonne grace, Icelles et damoyselles estoient par honneur costoyez de grotz seigneurs et gentilz hommes de la court richement vestus et montez et suyvis de lacquaiz acoustrez de leur divise, tout d'un fil vindrent quatre Chariotz branslans l'un suyvant l'autre tirez chacun par quatre chevaulx blancs enharnachez de toille d'argent, Les chartiers estoient vestus de semblable pareure et les chariotz couvertz de toille d'argent retroussee le long du feste enrichie de grosses houpes cordons et frange de fil d'or et d'argent traict. Les ridelles feste postilles berceau rouages limons et tout ce qui en depend clairement argenté de fin argent, A chacun d'iceulx chariotz estoient portees six damoyselles toutes revestues de toille d'argent enrichies de broderie pourfileures et passement d'or assortez de bagues et joyaulx qui donnoient par leur reflection un gracieux lustre à leur Poupin visage, avec un merveilleux contentement de bonne grace, Les archiers de la garde occuperent les derniers rengs de la suyte montez à cheval, et vestus de leurs hoquetons d'orfaverie aux divises du Roy et de la Royne, Laquelle en telle Pompe et magnificence, passant par dessus la chaussée non sans prendre delectation aux jolys esbatementz et schyomachie des sauvages du bresil, Entra sur le pont ou luy fut ouvert le plaisant spectacle, du grand et admirable rocher, qui la estoit, Enrichy de l'arc d'Iris, Lequel avant le deluge, designoit seullement la pluye estre prochaine, mais apres icelluy, La souveraine bonté de dieu, en faveur du genre humain, le posa au ciel, et donna à Noe, et à sa posterité, non seullement pour pronostiqué de doulce pluye, faisant produyre abondance de fruictz sur la terre, Mais aussi pour luy servir desormais de certain signal d'apointement et traicté de paix, confirmez entre Dieu et les habitantz de la terre: Lesquelz voyantz icelluy arc tendu en lair, enrichy de ses couleurs vermeilles, azurées, et celestes, Et sur la face de la terre en temps oportun distiller rouzee mere de fertilité, ilz concevoient certain espoir de leur nourriture, reconciliation avecques Dieu, et d'exemption de tout peril. Aussi à la verité, le peuple Francoys, à laspect de lauguste {anguste} face, de la tresillustre Dame Katharine de Medicis Royne de France, {Erance} Concept un espoir, ou pour mieulx dire une asseurance, d'avoir avec fertilité de tous biens, son Roy et seigneur pour reconcilié, amy, et favorable: Au moyen de la suave liqueur distilant de sa debonnaire parolle, et de la floride splendeur, illustrant son insigne face, qui meritent la faveur du Roy, allicent l'amitie du peuple, et induysent les ennemys à eulx condescendre à convenances et accords pacifiques, Ce qui est designé par le symbole et figure de sa divise, Correspondente à ses cinq lignes
  Quant dieu voulut confirmer l'allience
  Avec Noe, pour signal d'asseurance,
  L'arc mit au ciel, que prend pour sa divise,
  Cella a qui dieu toutes graces divise,
  Pour despoir bon et paix douer la France,

[O] Et apres le plaisir receu de la musicale harmonie, que rendoient les jolys instrumentz d'Orpheus et des neuf Muses, proceda jusque au meilleu du Pont, ou la Deesse Thetis associée d'Amphitrite, non sans Melyte Panopea et Cymodoce, Les trois plus belles de ses Nereides, couvertes sur le nud descailles et phanons d'argent meslé d'azur, sortissantz d'un rocher, qui pres de la estoit, la vint humblement saluer de ce dixain.
  Je suis Thetis de la mer la Déesse,
  Transmise a toy, par le vouloir des dieux,
  Pour reverer, o Royne ta noblesse,
  Qui par vertu surpasse {surpaffe} terre et cieulx,
  Dont cognoissant qu'honnorer ne puys mieulx,
  Ton hault renom, sinon que je mabaisse,
  Ma deité de la grand mer je laisse,
  Et en ce fleuve a ta gloire et grand heur,
  Plonger men voys, pour mouvoir la noblesse,
  Des dieux marins a louer ta haulteur,

[O] Ceste salutation agré receue, icelle Thetis se precipita d'une allegre hardiesse, des appuys du Pont dedans la riviere de Seine, Le semblable firent Amphitrite et les trois autres Nereides, lesquelles furent retirées de l'eau par les gondolles, qui vaugoient pres du Pont, apres qu'elles se furent par long temps esgayees au nage. La Naumachie des Francoys contre les Portugaloys, fut pour la seconde foys raffreschie, {r'affreschie} ou fut sacquementée et brullée a labordage, le Crevelle. Le Char triumphant de Neptune, accompaigné de son tresamé filz Orion, de ses Tritons de AEolus et ses quatre ventz, fut en sa presence tiré des Hippopotames. Les trois Sirenes s'esgayerent sur l'eau, La Balene et ballenotz, portans sur leur doz plusieurs dieux Maritimes et fluviaulx, regorgerent force poissons, Le daulphin {d'Aulphin} se dardoit sur la superficie de leau, Comme Iphiclus sur les espicz de forment, la fut ouye une delectable melodie de Trompes Cornetz et tous autres instrumentz musicaulx, Vous eussies veu Sergestus agilement conduire son Centaure, Gyassa Chymere, Cloanthus Scyllam, Menesteus Pistrin, et autres plusieurs Argonautes, comme Typhis, zetes Calays Thelonis, Phoceus, Canopus et Peloras, dedans leurs brigantins, almadies, et esquiphes d'extresme Vitesse vauguer, et autres à force de Rames suyvir, avec petites fustes et barques, pour le secours de ceulx qui pourroient estre renversez à l'eau, Lesquelz estoient en si grande quantité, que les Poissons se pouvoient bien dire couvertz, comme souz l'umbrage d'une crotte de glace, contenant uniement tout le planice de leau. Et de l'autre bande de la Riviere tyrant vers le Ponent, les navires, gallions, galleres, galliotes et Roberges, ainsi rengées et equipées, et Richement parees, tant en Proue et flans de pouppe, et coursies, que Hunes, et gabies, de pavillons, bannerolles, marmoutes, funaille, sartes, et tout autre artillage, de blanc et verd, la chiorme des galleres, consonante aux couleurs. Et ainsi que la Royne se delectoit au contemplement de tant divers et singuliers esbatementz, L'artillerie de dessus le cail, et celle des gallions, galleres, et navires, despara avec si grand effroy et retondissement de la riviere, qu'il sembloit que le Pont, et la forteresse d'icelluy, deussent {d'eussent} voller par esclatz, ou que Jupiter voulsit de rechef fouldroyer les geantz à la compaigne de Flegra, lors que Hercules se battoit contre eulx, Pour lequel effroy, les Haquenees des princesses, et dames se prindrent à rudement se demener, et trepeler du pied, rompans leur ordre, sans toutesfoys aucune offencer, ou getter par terre. Le Roy estoit pour lors en la forteresse du pont, pour non seulement veoir l'entrée de la Royne, comme elle avoit veu la sienne, mais aussi pour contempler à plus grand loysir les esbatementz dont il n'avoit peu le jour precedent, en si peu d'espace de temps, estre à contentement rasasié. Auquel lieu, les Conseillers Eschevins de la ville, luy avoyent de magnifique et liberale largesse, preparé la collation de toutes especes de fruictz, et confitures seiches et liquides, moullez en diverses formes de fruictages, bestes et escussons, en telle quantité et affluence, qu'il sembloit que Jupiter, eust en ce lieu, Sa Corne d'abondance respandu.
[O] Apres que la Royne et sa noble compaignie, eurent pris un delectable contentement, en tant plaisantz et divers spectacles: passant soubz l'arc dressé à l'entrée de la ville, sur lequel l'eage d'or estoit posé, fut rencontrée des quatre Conseillers modernes, vestus de robes de Satin, comme dict est. Lesquelz en honneur decent, luy offrirent un poelle de drap d'argent frizé, enrichy de franges et crespines de fil d'argent traict, entremeslé de soye verde. Deux des pans d'iceluy poille, estoient enrichis de deux escusons, my parties des armaries du Roy et de celles de ladicte Dame, Et les deux autres de deux cercles ou roulleaux, chacun remply d'un Iris ou arc du ciel, avec le symbole de sa divise en lettres grecques et capitales, Le tout richement brodé et eslevé de guypure de fil d'or et d'argent traict, Lequel symbole grec se peust ainsi interpreter. DE DESESPOIR BONNE ESPERANCE, selon que plus appertment et au long, nous est representé par le dixain suyvant,
  Ex re insperata, spes bona,
  éuélpisia péri amêkhanias
  Combien qu'autant ou plus d'adversitez,
  Que Pandora meit de sa boete au monde,
  Et que Noe veit de calamitez,
  Lors que par eau, dieu purgea terre immunde,
  Ayent entrepris, souz abysme profonde,
  Toute la France en desespoir reduyre,
  Si toutesfoys, quant elle voit reluyre,
  D'or sur azur, L'iris de sa princesse,
  Asseuree est que rien ne luy peust nuyre,
  Car soubz cest {c'est} arc, plain despoir, tout mal cesse,

[O] Souz ce poille la Royne fut conduicte par iceulx Conseillers Eschevins, partie du chemin ordonné et par apres des quatre Quarteniers jusques au logis du Roy, en semblable triumphe honneur et joye, que le Roy avoit esté le jour precedent, au grand plaisir et contentement de tout le peuple: Lequel estoit en nombre infiny, respendu sur les eschauffaulx, galleries, appuys, fenestraiges, carneaulx, goutieres, festes des maisons, et clochers jusques à rompre paroys, et cloisons, Le tout couvert et estendu, de riche tapisserie: Et tellement estoit la forme des edifices umbragée de spectateurs, que le tout ensemble se monstroit estre une seulle masse de corps humains tasses l'un sur l'autre, qui prenoient un plaisir d'incroyable estime, non tant de la grande magnificence et richesse de ceste triumphante entrée, que pour l'excelente beaulté, heroine grace, et sumptueuse pareure, dont la Royne, et toute sa suyte, estoient oultre humaine estimation illustres de sorte que la veue et yeulx mortelz, ne pouvoient souffrir ny {n'y} endurer, Le brillement, et rayons esclatans, de leurs precieuses gemmes, qui de lair agite, formoyent un Iris, environ de leurs insignes faces, La presence {prensence} de laquelle dame, fut du peuple de Rouen, de non moindre affection, pour lors contemplée, que par icelluy elle avoit esté pieca desirée. Au grand regret duquel peuple, par le progrez d'un lieu en l'autre, La veue luy en estoit substraicte, tant s'en fault qu'il fut ennuyé, de la prevoir de loing, La contempler de front, et la suyvre à long traictz d'oeil, tant que la veue se povoit estendre, Et telle Pompe et magnificence fut precedée et accompaignée icelle dame, jusque devant l'Eglise nostre Dame de Rouen, ou elle veit le grand simulachre du preux Hector de Troye, du sang duquel, fut artificiellement procreé un treple croissant. De la elle vint à la Crosse, ou le plaisant et ingenieux theatre, luy fut descouvert, et ostention faicte, de la Salmande, de la representation du Roy Francoys premier du nom, que Dieu absolve, de celle du Roy Henry second, vray successeur aux biens et vertus de son pere, Les misteres duquel spectacle, ne luy furent cachez. Partant duquel lieu, Elle monstra d'une face joyeuse, Le grand plaisir qu'elle avoit pris, aux subtiles inventions, si commodeement mises à execution, et si proprement raportez {r'aportez} à l'honneur et decoration, de la sacrée majesté du Roy, Elle donct [?] ainsi conduicte, jusques au pont de Robec, trouva les champs Elysees, Au meilleu desquelz, estoit planté, le gracieulx spectacle de bonne memoire du feu Roy Françoys, et de la Nymphe Egeria. Icelle dame ne peust bonnement contempler, et selon le desir de sa generosité, l'excellente varieté des statues, jardinages, et perspective d'icelluy theatre, pour la nuict qui avancoit, Pour lequel spectacle et autres precedentz excogiter, et dresser les chars de triumphe, y comprins les fainctes de la Riviere, Les Conseillers Eschevins de la ville de Rouen, non contentz des maistres ouvriers habitans en icelle ville, quoy qu'il y en ait grand nombre de suffisantz, avoient mandé venir de loingtain pays, souverains et excellentz maistres en leur art consommez, non pour mieux faire, que leurs Cytoiens, qui sont tresexpers en leur art, mais pour nouvelles et estranges inventions et dessaings excogiter, et par tous moyens rendre plaisantz à l'oeil du Roy et de la Royne, leur plusque liberale entreprise. Lesquelz maistres ouvriers, furent par eulx solicites avec grande instance et prieres, A ce que par art, subtilité, sumptuosité, et largesse, toute chicheté hors mise, Leurs ediffices, structures et preparatifz, excedassent les autres de nostre aage, et equipolassent les antiques en beaulté, si autrement faire ne le pouvoient. Et pour ce faire, iceulx maistres, non tant pour le salaire, que pour faire aperte demonstration de leur scavoir, ilz entaillerent les statues, histoires, et images, et autres choses plaisantes et solacieuses à l'oeuvre apartenantz, Expresserent et efforcerent, par si grande solicitude et energie, les forces de leur engin, chacun d'eux convoitant {couvoitant} en son art et science, les autres surmonter, que Momus n'y eust peu autre chose requerir, que le mouvement de l'esprit vital, Ainsi que plusieurs l'ont creu, non moins que à l'excellent Image de Pandora, chef d'oeuvre de Vulcain, souverain architecte des dieux. A ceste cause n'est chose absurde en cest {c'est} endroict, par forme de petit parergue, faire honnorable mention de tant exquis ouvrages, Pour l'architecture desquelz, la renommée des ouvriers, sera des gens lettrez fideles conservatuers de memoire, honnorablement celebree.
[O] De ce lieu du pont de Robec, La Royne fut conduicte jusque à l'Eglise nostre dame de Rouen, ou elle fut en grand honneur et reverence receue du Chapitre d'icelle Eglise, revestus de leurs aornementz ecclesiastiques, Au nom duquel Chapitre fut portée la parolle par le Chantre homme tresdocte et prudent. Lequel bien cognoissant qu'il ne failloit riens pronuncer devant la face de ladicte dame, qu'il ne fut enrichy d'elloquence, comme elle est accomplie de singuliere erudition et doctrine. Luy proposa une Oraison grave et facunde, de tel artifice d'elloquution tissue, que ladicte dame se delecta non moins à la pronunciation, qui fut d'un accent bien pointé, que es figures et sentences dont l'oraison estoit conformeement ennoblye. Par lesquelles, il exprima les forces de son subtil esprit, pour clairement celebrer la faveur qu'elle à envers le Roy son espoux, La prospere fortune de sa grandeur, conjoingtz aux {aud} infinies perfections, dont nature l'avoit illustrée, oultre les heroiques vertus, dont la providence divine, sur toutes princesses à ennobly son clair Esprit: sans oublier la felicité de sa belle et numereuse lignée de ses enfantz, Enfantz dy-je, droictes colonnes destinées et preellues pour l'aornement et soustien du temple de Dieu: Laquelle posterité, de graces speciales prevenue, monstre la benediction de Dieu, L'amour de son espoux, L'espoir de son peuple, La reverence des estrangers, La crainte des ennemys, l'asseurance du royaulme, et l'augmentation de la christianté, Et apres luy avoir fait offre de toute fidelité et obeissance, il conclud par prieres, à fin qu'il pleust à nostre seigneur conserver icelle dame, et sa noble posterité, pour le bien du royaulme, non seullement maintenir en elle les graces qui la en elle confirmez, ains les augmenter, et luy octroyer en santé, aussi longue vie, comme il luy est honnorable, et au peuple Francoys profitable. Telles ou semblables en substance requestes et remonstrances, furent s'aussi bon et affectionné vouloir entendues par la venerable assistence, qu'elles avoient esté disertement et de bonne grace pronuncees: la Royne surprise d'admiration, demeura en suspends, comme si elle eust desiré, semblable discours luy estre continué: par lequel pour se briefvete n'avoit esté satisfait au delectable goust, qu'elle en avoit ja perceu, Asseurant les requerans, tant par un geste joyeulx et affable, que par promesse verbale, de leurs pretendues demandes. Et apres qu'icelle Dame eust fait son oraison, et que les ceremonies y eurent esté observées, Sans riens obmettre des bonnes et louables coustumes, Sa Haquenee luy fut de rechef presentée pour monstrer, et estre conduicte à la maison abbatiale de sainct Ouen, ou elle fut aymablement receue du Roy, qui l'attendoit en ce lieu, pour luy communicquer en portion, les honneurs, services, et passetemps, qui pour eulx avoient esté sumptueusement preparez, Par monsieur l'illustrissime Cardinal de Vandosme Archevesque de Rouen, et Abbé dudict sainct Ouen, Et par apres le festin apareillé par mon seigneur l'Admiral de France. Auquel ilz furent par luy, de magnifique largesse, festoyes.
[O] Le dimenche cinqiesme jour d'Octobre ensuyvant, les Conseillers Eschevins, avec eulx le lieutenant general du baillif de Rouen, accompaignez des principaulx officiers de leur maison commune, en bon nombre, tous honorablement vestus, comme à leur estat et le cas offrant le requeroit, Non voulans pretermettre aucune chose du devoir accoustumé faire par leurs predecesseurs aux Roys de France leurs souverains seigneurs. Eulx confiantz de lhumanité tresaccessible et regard doulx et bening que ja avoient aperceu et noté en la majesté plusque royalle Auguste et recommendable, de leurs seigneurs se delibererent aller veoir le Roy et la royne estantz en l'abaye de sainct Ouen, pour en ce lieu leur faire la reverence et hommage, offrantz à leur sacrée majesté, honnestes presents, non telz que par le pris et valleur d'iceulx, qui veritablement estoient grands, ilz entendissent augmenter les richesses du roy qui sont infinies, et telles qu'il lui plaist, ains seullement faire apperte demonstration, du bon vouloir et affection, qu'ilz avoient envers leurs souverains Seigneurs. A la devotion desquelz soubz tiltre d'iceulx presens, par un mesme moyen, ilz offroient le reste de leurs biens et leurs propres personnes. A quoy faire, iceulx Conseillers, et Eschevins furent conduictz, par mon seigneur l'Admiral de France, qui les presenta au Roy. mais pour satisfaire à ceulx qui les presens ont veu, et non entendu la substance moralle, comprinse en iceulx, Et donner contentement à ceulx, qui ne les ont veu, J'ay deliberé en faire une petite description, {d'escription} par laquelle en brief sera representé la structure, Et allegoriquement interpreté, le geste d'iceulx. Lesquelz estoient tout de fin or de salut, cizelez, burinez, et si subtillement conduictz par art d'orfaverie, que pour leur exquise beaulté, la seulle dignité royalle, fut trouvé capable, de avoir en premiere offre, la fruition de telz ouvrages.
[O] Le present du Roy estoit d'un Image de la haulteur de deux pieds, representant en sa figure la Deesse Minerve, presidente de conseil, Imperatrice des armes, et inventrice des bons ars et sciences, Autant bien taillée, que fut oncques celle des Eleans d'or et d'ivoire, fabriquée par Phydias: D'une contenance gracieuse, et toutesfois redoutable, pour son regard oblique, Elle estoit vestue d'une podere, qui est une longue robbe, dont la venerable antiquité souloit user, Estendue jusque au pied, et ouverte par les costez, de sorte qu'on pouvoit veoir au descouvert, l'une de ses jambes armée a l'heroique, icelle robe estoit bordée tout autour d'une frize couchee d'antique, Et par dessus elle estoit couverte d'un peple ou manteau esmaillé de pourpre a usage de femme retroussé de bonne grace sur l'un des bras, et restaché souz l'autre, Elle avoit ses cheveulx gresillez, testonnez, et torquez d'un verd rameau de palme, symbole de victoire. De sa main senestre tenoit une lance au bout de laquelle estoit planté un armet, tymbre d'une chouete, Du meilleu de la lance, pendoit un corselet, artificiellement gravé, et au dessouz un escu Cristalin. Parmy lequel se monstroit à demy rellief la teste du Gorgon la langue traicte, et de l'autre main, un rameau d'Olivier. Ladicte dame estoit posée d'un magnanime geste sur un plinthe estendu sur un pied destal porté de quatre harpies, Le tout enrichy de moullures, coronices, architrave, retours et menue taille d'antique, suyvant l'art de massonnerie. En l'un des pans d'iceluy pied d'estal, se presentoit une cartoche enrichie de ce quatrain couché de noir sur blanc esmail, Comme si Minerve addressast sa parolle au Roy.
  Apres t'avoir instruict en sapience,
  Donner te veuil mon olive et harnoys,
  Qui te seront, usans d'eulx par science,
  Roy triumphant au monde sur tous Roys.

[O] Par ce tant excellent Image, en toutes ses dimentions bien proportionné, et entierement assouvy de ses armes contenance et couleurs. Il convient entendre, selon la poesie phisiologique, Que Minerve fut conceue et procrée du chef de Jupiter, apres qu'il eust devoré Metin, qui signifie, Conseil, Pource que au chef du noble Prince garny de conseil, reside sapience representée par Minerve. Avec ce que Homere Prince des entendementz en son Iliade, met souvent Minerve aupres d'Achilles, Pour attemperer la vehemence de sa nature, et refrener son ire, A lexemple duquel chacun Prince doibt avoir pres de soy, une Pallas ou Minerve, Par l'authorité et assistence de laquelle, comme tutrice des royaulmes, ilz puissent tant en fait de guerre que de paix traicter de leurs affaires, selon que l'utilité de leurs subjectz et l'honnesteté de leur estat le requierent. Pour cela est attribue à minerve, Puissance et sapience, Choses redoutables aux adversaires, Elle est peinte ou insculpée en habitz de guerre, inventé, pour monstrer que le sage Prince, doit par provide conseil estre tousjours prest et apareillé pour resister aux presentes invasions, et prevenir les inconveniens consequutifz et emergentz, On la figure d'un regard furieulx et oblique. Aussi doivent les Princes donner terreur aux ennemys, Et faindre bien souvent, chose contraire à leur intention. On luy attribue un Peple ou un manteau peint, Signifiant que les parolles d'un sage Prince sont aornées d'eloquence et bien seante grace, et enrichies de graves et venerables sentences. Par les Harpies servantz d'embassementz, Sont entendus les vices, Et par la branche de Palme, est victoire representée, que doit obtenir le vertueux et prudent Prince sur les vices et iceulx conculquer souz le pied. La lance longue denotte que le sage Prince, prevoit les choses à venir de bien loing. Minerve tymbre son armet d'un Hybou au lieu de la corneille qu'elle chassa hors de sa compaignie, voulant enseigner, que le Roy prudent doit avoir les yeulx aguz et penetrants, entre les negoces obscures, hors mise toute garrulité. A Minerve apartient lescu Cristalin et transparent, donnant à entendre que le prudent prince, doit par un mesme moyen cognoistre les entreprises et descouvrir les embusches de ses ennemys et resister à leurs effortz manifestes, La teste du Gorgon insculpée au meilleu la langue traicte, n'est pas sans grand mystere de la vertu de Sapience, Pour monstrer que par l'eloquence et grave parler du sage prince, les ennemys sont estonnez et renduz comme stupides rigides et muetz. Mesmes pour designer, que l'histoire ne peust longuement garder la memoire des vertueulx, si elle n'est traictée et escripte artificiellement par homme qui soit elegant en stille et orateur, et qui scache la facon d'y accommoder la grace et faculté diserte du recit avec la gravité qui est requise, avant qu'on adjouste foy à l'histoire, comme chose vray semblable, delectable, et racomptable en bonne et honneste compaignie. Les armes qu'elle presente au Roy, sont celles qu'elle ravit du Dieu Mars, et dont elle le despouilla, lors qu'il vouloit au desavantage des grecz, venger la mort de son filz Ascalaphus, Et non contente de ce en faveur des grecz, quelques temps apres, elle l'abbatit par terre, d'un grand et pesant terme de pierre byse. Ce qu'il vient bien à propos au cas present. Pouce que Henry second du nom, Roy des Francoys succeda au royaulme comme vray et legitime heritier, Le dernier jour de Mars, Presage certes memorable, Que le terme et periode du regne de Mars Dieu des batailles, à l'heureux avenement du Roy a present regnant, estoit perime et mené à fin, despeuille de ses armes, et rue jus comme vaincu et desconfit, Par la prudence et vertu de ce noble prince. Aussi vrayement, Pour avoir produict l'olivier comme plus expedient et commode aux hommes que n'estoit pas le cheval ou autre creature quelconques, eu prejudice de Neptune, luy fut loysible et permitz par le jugement donne en plain concille des dieux, d'imposer le nom, {non} à la ville d'Athenes, inventrice et tutrice de tous bons artz et sciences, Conciliatrice {Cociliatrice} de paix, et produysant largesse de tous biens. A laquelle Minerve non moins est seant L'epitethe d'Appollo, MUSAGETES, que a Hercules tuteur et protecteur des Muses: A cause que par la force magnanimité et vertu du noble Prince, les doctes et studieux personnages, representez par les Muses, sont entretenus et maintenus liberallement en seureté et repos, necessaire aux gens d'estude, Lesquelz usans de Reciproque et officieux service par doctes et elegantz monuementz perpetuent la memoire des actes recommandables {recommadables} et faictz heroiques du vertueulx Prince. Voyla le dessaing allegorique du beau et magnifique present exhibé a la majesté du Roy. Reste maintenant, a traicter du present fait le jour mesmes à la noble personne de la Royne. Lequel estoit d'un Image de fin or de ducat, de pied et demy de haulteur, Autant bien cizellé taillé et proportionné par bonne et juste symmetrie et artificielle sculpture, qu'il ne cedoit a la Minerve du Roy. Ceste tant elegante Image emaillée sur le nud d'incarnation, representoit la vierge astree, monstrant visage ny {n'y} humble, ny {n'y} superbe, non affable ny {n'y} triste, ains d'une modeste gravité, quelque peu formidable. Elle portoit sur son chef aorné de cheveulx mignonnement testonnez frizes et passefillonnez, une coronne rengée de pointes et non de fleurons, et a l'environ se respandoient rayons lumineux subtillement brazes d'or sur argent. Elle estoit vestue d'une robbe de couleur de ciel semée d'estoilles, tenant de sa main dextre de contenance venerable, l'espee de Justice, qui rend les humains doulx traictables et mansuetz, et de la senestre une sphere de felicité, La plus parfaicte des figures qui represente le ciel et l'eternité assignez aux justes. Ladicte Dame estoit plantée de bien bonne grace, sur un pied destal, conduict avec toutes les proportions et beaultez artificielles d'architecture. Quatre aygles, oyseaulx haultains sur tous autres, se raportoient merveilleusement bien aux quatre angletz du pied d'estal, Perches sur la souzbasse, pour le soustien et appuy du banc, Entre laquelle souzbasse et banc se formoit une figure ovalle, remplie de ses cinq lignes gravées de noir sur blanc esmail.
  Royne sans per, je suys la vierge Astrée,
  Qui revien vivre en ce Ciecle fecond,
  Voyant regner par grace a tous monstrée
  Le tien Espoux, ung Auguste second,
  Dont la vertu rend la France illustrée.

[O] Non sans juste et louable occasion les cytoiens de Rouen, ont acommodé Lymage d'Astrée, a la Royne de France, d'autant que l'ancienne philosophie enseigne la vierge Astrée deesse de Justice fille d'aurora Estoille prevenant le soleil. Pource que par la prescience des choses, la dame prudente, assiet son jugement. Icelle astrée deffendit les dieux contre Astreus son propre pere et les autres geantz ses oncles. Justice aussi sans acception de personne favorizé aux bons et resiste aux mauvais. Elle est autrement nommée pudicité, ayant en abomination toute impurité et limpiete des humains, Pour laquelle chose, icelle Astree laissant la terre se transporta au ciel prenant place au zodiaque, entre les signes de Leo et de Libra, lieu contigu de lequinoctial, tenant le moyen de rigueur et doulceur par bonne mesure sans decliner de la ligne ecclyptique non par pallie langage, non par prieres ou excuses futilles, non par adulation ou autres pratiques: A raison dequoy, L'antiquité la peint avec un front moyennement austere semé de rides d'une face grave, d'un regard vehement asseuré, et quelque peu oblique, Pour donner terreur aux mauvais et asseurance aux bons, car tel aspect, est agreable aux justes et importable aux injustes, selon l'opinion de Chrysipus excellent philosophe, que l'ouvrier avec diligente observation avoit tresbien ensuyvy et pratiqué. Voyla en somme quelz estoient les presens qui furent faictz a la majesté du Roy et de la royne, Qui les receurent de bien bonne affection, Ainsi que par leur joyeuse contenance et debonnaire parolle, evidemment le monstrerent, ayantz l'invention de la manufacture, à leurs nobles personnes accommodee en telle estime, que la structure bien proportionnée et la celature subtilement menée le manifestoit. Autant ou plus prindrent agré lhumble recommandation {recommadation} des Conseillers Eschevins au nom de tout le corps de la ville, monstrant avoir plus d'esgard à la franche et liberale volunté que a la richesse et sumptuosité d'iceulx presens, Chose qui remplit d'incroyable joye iceulx Conseillers Eschevins, voyantz leurs intentions proceder à tel effect, que mieulx ne l'eussent peu desirer. Iceulx presens furent reserrez dedans leurs estuys doubles de Veloux verd fermez à croches d'or, Et commande songneusement garder, comme presens de non moindre estime et reputation qu'il estoient de grande monstre, belle aparence et subtilement adaptes. En faisant lesquelz presens, accompaignez d'offres et exhibitions obsequalles, accoustumées et seantes en tel cas, fut decentement praticquée ceste sentence du xviii. chapitre des proverbes de Salomon.
  Donum homini explicat viam, et requiem paratei
  coram magnatibus,

[O] Que l'on peust ainsi adapter, à l'humble et franche offre des donateurs proportionnée et accommodée à la qualité condition et merites des donataires acceptans, par une prompte humanité et benigne courtoysie, les dons et presens à eulx faictz avec discretion et oportunité par leurs subjectz, Et supportant benignement l'affection de ceulx, qui les nerfz de leur pouvoir et faculté avoient estendus, non seullement pour leur congratuler de leur prosperité et glorieuse conqueste, mais pour faire ostention, de service voluntaire, de fidelle obeissance, et de legitime recongnoissance de souverainete.
  Par le conseil du sage et Pacifique
  Roy d'Israel, dont voicy la teneur,
  Le don faict voye, a lhomme, et luy pratique,
  Paisible acceds, envers son droict Seigneur.
  ROUEN voyant, son Roy croistre en bon heur,
  Tendant à fin, d'avoir vers luy entree,
  Dont ne fut onc, Embassade frustree,
  Oultre la pompe et triumphe d'honneur.
  Offre, au Croissant, une Pallas lettree,
  Puis a l'Iris, Symbole d'Esperance,
  Qui vers le Roy, donne lieu d'asseurance,
  De franc vouloir, Offrant a vierge Astree,
  Feit de sa Foy, ouverte demonstrance.
[O] Le mercredy viii. jour dudict moys, le Roy accompaigné du Roy de Navarre, du duc de Guyse, de monsieur d'Anguian, du Duc d'Aumalle, de Monsieur le Connestable, et autres princes de sa court, joingtz avec eulx, Messeigneurs les reverendissimes Cardinaulx de Bourbon, de Lorraine, Vendosme, Chastillon et Sombresse. Monta a la cour de Parlement de ROUEN Et dedans la grande chambre à huys ouvert, comme supreme Ministre de Justice, et Roy establi par la providence divine sur les Francoys, en propre personne excerca la justice, Prononcant arrestz et sentences de droict et daequité. Monstrant par effect, pour le debvoir de sa charge royalle, presence de son Chansellier, Maistres des requestes Presidentz et Conseillers d'icelle Court de Parlement la ferveur du zele regle sscielonence, [?] qu'il avoit à Dieu et a sa Justice, Et a son exemple, de quelle syncerité et equité, il entendoit et vouloit icelle, par ses commitz et Lieutenantz, estre fidellement administrée, Le Roy adverty des plaisantz esbatementz, esquelz la Jeunesse de ROUEN, à de coustume se recréer une foys lan, voulut veoir le lendemain la triumphante et joyeuse chevauchée des Conardz: Lesquelz eux mettans à tout debvoir et obeissance se perforcerent par diverse sumptuosité d'accoustrementz et monture, Par traynée de Chars de triumphe, Par une infinité de flambeaux, Par nouvelles inventions, Subtilz et problemes dictons, et Par plaisantes moralitez, donner entiere recreation au Roy et à toute la suyte de sa court. Pour lesquelz esbatementz veoir, ny avoit pas moindre compaignie assemblée, que es entrées precedentes, pour contempler les risées qui furent telles, que l'insatiable desir de les veoir, nen peust estre assouvy.
Le residu du temps que le Roy sejourna à ROUEN, fut employé a traicter les affaires serieuses du Royaulme, et a aultres honnestes passetemps, tant sur la Riviere, qu'au jeu de paulme, lequel avoit esté puys peu de temps construict joingnant ladicte abbaye de Sainct Ouen, Ediffice certes autant spacieux, et bien estoffe de pierre de taille, que gueres lon ait veu. Au partement de Rouen le Roy et la Royne sen allerent à Dieppe, Fescamp, Monstivillé, Harfleu, et à la ville Francoyse de grace, visiter les Portz de Mer et Navires qu'il faisoit a bastir, ou ils furent des habitantz en grande reverence et joye receuz.

Douzain.
Au lecteur.
  Voyla, lecteur, les honneurs et presens,
  Dont veult ROUEN, par offre liberalle
  Aorner son Roy, et ses actes recentz,
  Comme ont peu veoir, ceulx qui estoient presentz,
  Sans oublier son Espouse Royalle,
  Qui du triumphe ha portion loyalle,
  Non que ce soit pour avoir recompense,
  Ains seullement, pour mettre en evidence
  L'echantillon d'honneurs plus sumptueulx, {sumptuelux}
  Qu'aura de nous ce roi chevalereux,
  Qui de Boullongne, ou son bon heur commence
  Ha faict l'essay, d'actes plus vertueux.


[O] Ad Lectorem Carmen Phaleucium.
  [LO] TAndem protulimus, benigne lector,
  Optatum tibi iamdiu libellum
  Complexum breuiter, fidéque summa,
  Pompam percelebrem, Theatra amoena
  Ludos, Naumachias, Feros Lupercos,
  Currus, Fercula, Machinas, Trophoea,
  Clarum, et Caesareis parem Triumphum,
  Cunctos deníque regios honores,
  Quos urbs {urhs} ROTHOMAGVS, Caput Decusque
  Gentis Neustrigenae obuiam profecta
  Henrico exhibuit suo lubenter,
  Vt Regum omnium et Optimo, et Valenti
  Armis, Consilio, Benignitate,
  Fide, Religione, et AEquitate
  Omnem supra hominum aestimationem,
  Qui nuper specimen suae eminentis
  Virtutis dedit, hostibus subactis
  Incursu celeri, Bononiàque
  Cum quinque Arcibus in suam redacta
  Antiquam ditionem: ob idque factum
  (Quod Palmarium, et arduum, et perénni
  Dignum est elogio) inclytum Triumphum
  Illi NEVSTRIA splendide apparauit,
  Dans tum primitias Fidelitatis
  AEterni obsequij, et Supremi Honoris,
  Quem deinceps reuerenter, atque plenis,
  Praestabit manibus: ferétque ad astra
  Et que conficiet cruenta bella
  Et quae pace geret, domi, forisque
  Quum ceruicibus hostium refractis
  Pacatam vndique Galliam beabit
  AEtatemque iterum {iteruw} Auream reducet.

[O] Translat de l'Epigramme precedent, contenant l'epitome de l'Entree, avec l'argument d'icelle, se terminant par les louenges du Roy.
  [LO] Apres t'avoir (Benevole lecteur)
  Long temps frustré {ftustré} de tant exquise histoire,
  Huy Toffre en brief et au certain L'autheur,
  L'ordre, l'honneur, la Majesté la Gloire,
  Pompes, Festins d'immortelle memoire,
  Nimphes, Tritons, Sauvaiges et Poissons,
  Plaisantz accords d'instrumentz, et Chansons,
  Pareil triumphe â tous ceulz des Caesars,
  Chars, Elephantz, Trophées, Escussons,
  Theatres, Parcz, et les triumphantz Arcz,
  Faitz de la main d'homme expert en tous artz,
  Finablement tous les honneurs Royaulx,
  Offres, Presens, Debvoirs seigneuriaulx,
  Que de bon coeur, les Bourgoys de ROUEN,
  Chef des Normandz et choys d'hommes loyaulx
  Ont faict au Roy, qui tient à son lien,
  Par ses effortz, l'ennemy ancian,
  Et par bienfaitz, ses amys pres et loing,
  Comme ung bon Roy, ayant tousjours le soing,
  Que ses subjectz, ne soient d'aucun grevez,
  Ains bien traictez, et de rien n'ayent besoing.
  Lesquelz propotz ne sont point controuvez
  Au contredit, seront duement prouvez,
  Par ses vertus et faitz chevalereux,
  Dont il surpasse aisement les neuf preux
  Et qu'il soit vray, preuve son faict d'audace,
  Qui celebrant, L'advenement heureulx
  De sa coronne, A faict quicter la place
  Aux ennemys, par sa seulle menace,
  Pour tel effect, subtil, prompt et hardy,
  Allegrement ROUEN s'est enhardy
  Le recepvoir, luy offrant les primices
  D'honneur plus grand, qu'elle a ces jours ourdy,
  Lequel tyssu, complet et hors des lices,
  Celebrera les amples benefices
  Que de ce Roy, l'Escossoys a receu.
  Dont l'Italie, a tel espoir conceu,
  Qu'apres l'essay de sa force et prouesse,
  Dont l'argument du triumphe est yssu
  Il l'ostera de la main qui l'oppresse,
  Convertissant en doulceur la rudesse
  De lennemy, par force ou par moyen,
  Et luy estant Monarche terrien,
  Restituera l'eage d'or a Saturne,
  Qui l'accroistra, comme Roy treschristian,
  D'heur immortel, malgre toute infortune.
FIN.

[O] Ensuyt la Note Musicale, deduycte et distribuée en quatre parties, du Cantique, lequel fut melodieusement Chanté en la presence du Roy et de la Royne, Par les venerables dame seantes au Char de religion, Second en lordre de l'Entree, faicte à ROUEN pour la majesté d'iceulx.

[lO] LOuenge et gloire en action de grace chantons a Dieu de la paix vray auteur, Par qui la France en seur repos embrasse Ses ennemye faictz amys en grand heur Vive son Roy vive son Roy de ce bien protecteur soubz qui de paix divers peuples jouyssent dont luy est deu cy bas joye et honneur Puis que les cielz de la paix s'esjouyssent Puis que les cielz de la paix s'esjouyssent.
[lO] LOuenge et gloire en action de grace chantons a Dieu de la paix vray auteur Par qui la France en seur repos embrasse {smbrasse} Ses ennemys faictz amys en grand heur Vive son Roy vive vive son Roy vive vive son Roy de ce bien protecteur soubz qui de paix divers peuples jouyssent Dont luy est deu cy bas joye et honneur puis que les cielz de la paix s'esjouyssent Puis que les cielz de la paix s'esjouyssent.
[LO] LOuenge et gloire en action de grace Chantons a Dieu de la paix vray auteur Par qui la france en seur repos embrasse ses ennemys faictz amys en grand heur Vive son Roy vive vive son Roy de ce bien protecteur soubz qui de paix divers peuples jouyssent dont luy est deu cy bas joye et honneur Puis que les cielz de la paix s'esjouyssent Puis que les cielz. etc.
[LO] LOenge et gloire en action de grace chantons a Dieu de la paix vray auteur Par qui la France en seur repos embrasse ses ennemys faictz amys en grand heur vive son Roy vive vive son Roy vive son roy de ce bien protecteur divers peuples jouyssent dont luy est deu cy bas joye et honneur puis que les cielz de la paix s'esjouyssent Puis que les cielz de la paix s'esjouyssent.


[O] Icy se terminent l'ordre et progrez du Triumphant et Magnifique Advenement du Roy et de la Royne de France {Erance} dautant prompte que liberale volonté Celebré en leur bonne ville de ROUEN, Et nouvellement imprimé Par Jean le Prest, audict lieu le IX. jour de ce moys de Decembre. 1551.