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Phi-NTS: Philosophies des numériques, des techniques et des sciences

30 et 31 août 2021

Amphithéâtre de l'Enssib

Éric Guichard

Attention, un pass sanitaire ou équivalent sera demandé
aux intervenants et participants

Jauge maximale de la salle: 60 personnes.

S'inscrire

L'inscription est inutile pour les intervenants.

Parc de la Tête d'Or, Lyon: artificialité de la nature. Photo: É. Guichard.

Argument

Nous sommes tous témoins des avancées de la philosophie des sciences et de l'épistémologie depuis la référence qu'est Bachelard. Nos raisonnements sont aussi affinés depuis les dialogues que la philosophie a su engager aves les Science and Technology Studies et la sociologie de l'acteur-réseau (ANT). Ce qui nous aide à mieux comprendre le contemporain, à l'heure où de vastes systèmes techniques et d'aussi vastes organisations industrielles ou scientifiques interfèrent avec nos quotidiens, nos représentations et nos pratiques.

Dans le même «temps», et à l'exception d'une philosophie au plus près de la science contemporaine, et donc réservée à quelques cercles qui ne peuvent communiquer les uns avec les autres, nous pouvons avoir l'impression que la philosophie des sciences et l'épistémologie oublient l'histoire, au sens où elles se renouvellent en critiquant leurs testateurs sans préciser les différentes conditions historiques dans lesquels les premiers et les héritiers s'exprimaient: du temps de Bachelard, il y avait bien moins de chercheurs qu'aujourd'hui et ni le Cern ni la Nasa n'existaient.

Il s'ensuit une faiblesse de la critique adressée aux anciennes théories, puisque les nouvelles ne précisent pas que leur pertinence est liée au contemporain; et si les théories récentes valent dans quelques situations (industries: pharmacie, nucléaire, etc.), elles sont moins opérantes en d'autres, présentes ou passées. Par exemple, ni le réseau ni la controverse n'expliquent la découverte par Galois de sa théorie des équations.

Par ailleurs, cette volonté d'améliorer de façon ahistorique les acquis du passé n'aide pas toujours à répondre aux questions du présent: la philosophie du numérique reste balbutiante, et ce numérique n'a pour unique effet que de donner une nouvelle légitimité à la philosophie des techniques (ce dont nous pouvons nous réjouir). Les liens entre épistémologie et philosophie politique restent ténus.

Le projet de ce colloque est de contribuer à une philosophie des sciences et des techniques qui tienne compte de sa propre histoire (et aussi des critiques adressées à la philosophie, supposée enfermée dans sa propre histoire), de renouer avec une épistémologie elle-aussi historicisée (qu'avons-nous vraiment compris de Turing à l'heure de l'IA qui nous promet un calculable total?), d'oser juxtaposer singularités et normes scientifiques produites par les institutions (Grigori Perelman vs le mode 2 de la science) et enfin de prendre au sérieux les enjeux épistémologiques et politiques liés à la science contemporaine et au numérique.

Dans cette perspective, l'actualité ne sera pas oubliée: une table ronde sera consacrée à la Covid-19.

Ces journées réuniront donc philosophes, épistémologues et experts scientifiques qui se penchent sur leurs propres pratiques et environnements.

Parmi les références intellectuelles (en excluant les vivants), nous pourrions citer Bachelard, Canguilhem, Dewey, Châtelet, Dagognet, Goody, Granger, Hottois, Simondon et Turing.

Programme

Les horaires et les interventions des conférenciers sont susceptibles de modifications.

Lundi 30 août

  • 10h15. Éric Guichard, Enssib, Triangle, IXXI. Écritures du monde et constructivisme.
  • 11h00. Pierre Caye, Cnrs. Qu'est-ce qu'un paradigme technologique global? De l'architecture au numérique.
  • 12h00. Claude Imbert, Professeur émérite à l'Ens-Ulm. Eléments pour une généalogie humaniste de l'information. Points d'histoire et points d'actualité.
13h-14h15. Panier repas pour les intervenants, repas dit libre pour les autres.
  • 14h15. Jean Lassègue, Crns-Ehess. Espace, normativité, droit.
  • 15h15. Tyler Reigeluth, Université Catholique de Lille, laboratoire ETHICS. D'une algorithmique à l'autre: histoires et normativités de l'apprentissage machine.
  • Pause de 16h15 à 16h30.
  • 16h30. Alexandre Moatti, Univ. de Paris, laboratoire SPHERE, UMR 7219. Une analyse de certaines controverses science-société actuelles et de leurs acteurs.
  • 17h30. Patrick Flandrin, Cnrs, Ens de Lyon et Académie des sciences. Autour de la science ouverte.
  • 18h30. Débat complémentaire.

Mardi 31 août

  • 10h. Isabelle Lefort, IUF, Lyon-2, laboratoire EVS. Retour sur une expérience en mode 2. Quid des sciences sociales?
  • 11h. Table ronde Covid-19: regards philosophiques et interdisdisciplinaires. Avec Patrice Abry (Cnrs et EnsL), Julie Henry (EnsL et Triangle), Pierre Caye, Claude Imbert.
13h-14h30. Panier repas pour les intervenants, repas dit libre pour les autres.
  • 14h30. Jean Dhombres, Cnrs et Ehess. Réflexions bachelardiennes sur la notion de fonction dans les sciences mathématiques.
  • 15h30. Table ronde Temporalités des sciences et de leurs épistémologies. Avec tous les intervenants qui le désirent (et la salle).

Clôture du colloque le mardi 31 août vers 18h.

Comité d'organisation

  • Carine Garrigou-Grandchamp
  • Éric Guichard

Villers-sur-Mer. Anciennes techniques photographiées avec de nouvelles. Photo É. Guichard.

Mise en confort intellectuel

Une autre façon de présenter l'argument et les problématiques du colloque serait de tenter l'esquisse suivante.
Numérique -> philosophie des techniques -> techniques intellectuelles -> philosophie des sciences -> épistémologie.
Épistémologie -> épistémologies -> sociologie des sciences -> a-historité.
Science et politique -> big/small science -> modes de la science.
Science et culture -> science et société -> covid -> retour au numérique.

Premiers résumés

Résumé Claude Imbert: Eléments pour une généalogie humaniste de l'information. Points d'histoire et points d'actualité.
Si l'information est une propriété autant qu'une demande du vivant, comment s'est elle manifestée comme besoin et comme désir spécifiques? sous quelle forme a-t-elle sollicité la conscience? Sur quels supports s'est-elle configurée?
On évoquera deux moments saillants et mal connus où cette vigilance a devancé une histoire aujourd'hui rétrospective et porte une généalogie de nos intérêts contemporains et de nos inquiétudes .
  1. Pascal, trop vite associé à la roue pascaline, arithméticien du probable et politique: à partir de sa correspondance avec Christine de Suède.
  2. La couleur comme régime d'information et de communication. Note sur la peinture coloriste au XIXe: du carnet d'aquarelles du Maroc de Delacroix à Manet et van Gogh, du cercle de Chevreul au diagramme de Wittgenstein, du journal illustré aux port-folios de gravures, des cartes à l'écran. Que serait une logique des couleurs?
    Ici, par la multiplication des surfaces intelligibles, prenaient fin non seulement une épistémologie naturaliste mais principalement plus de vingt siècles d'une phénoménologie bridée par son langage.
On se propose d'en expliciter quelques incidences plus récentes (Merleau-Ponty et Lévi-Strauss), et leurs conséquences. 

Résumé Pierre Caye: Qu'est-ce qu'un paradigme technologique global? De l'architecture au numérique.
Après avoir proposé une double définition de la technique, l'exposé définira la notion de paradigme global de la technique, caractéristique, dans l'histoire des techniques, d'un certain nombre de techniques hégémoniques qui revêtent une dimension non seulement productive, mais aussi organisationnelle et personnelle.
C'est en tant qu'elles sont globales que ces techniques peuvent être dites hégémoniques. Il est clair que les technologies de l'information et de la communication correspondent bien à cette définition.
Mais, par un souci de mise en perspective historique propice à la comparaison, nous nous proposerons de réfléchir sur une autre technique globale dans l'histoire qu'est l'architecture, paradigme marquant en particulier de la période humaniste et classique.

Résumé Jean Dhombres: Réflexions bachelardiennes sur la notion de fonction dans les sciences mathématiques.
L'histoire épistémologique de la notion de fonction n'est pas si riche que cela, sans doute parce qu'elle semble banale dans l'ordre du progrès: une absence de concept fermement établi, et un aboutissement définitif avec la notion ensembliste de Cantor à la fin du XIXe siècle, débouchant sur la création d'une discipline au XXe siècle, l'analyse fonctionnelle.
La pratique dépasse pourtant de loin les mathématiques, et en plus n'est guère cantorienne. Pensons ici, avec l'épidémie ou les sciences économiques, à la banalité des courbes en plateau, en S, en exponentielle, voire en K, etc.
Or un fait majeur est l'absence du mot fonction dans les textes d'exposition du Calcul différentiel et intégral jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, alors même que l'idée de causalité (loi de la nature) semblait majeure. Auguste Comte considère l'idée comme essentielle, entendue comme une simple représentation graphique qui serait fruit de la méthode de Descartes.
À la façon de Bachelard, je voudrais donc analyser les «obstacles» rencontrés par les génies inventeurs. D'autant que l'on peut penser que l'usage contemporain de la notion généralisée de fonction (distributions par exemple), a pu retrouver certaines façons plus anciennes.
Ma réflexion veut aussi toucher la pratique même de l'épistémologie des sciences à propos de l'idée de progrès et sur les effets des précautions de la rigueur.

Résumé Alexandre Moatty: Une analyse de certaines controverses science-société actuelles et de leurs acteurs.
L'observation des rapports science-société ou science-politique en France depuis 18 mois peut parfois nous plonger dans un état de sidération voire d'ataraxie. Pour s'en libérer, je proposerai une analyse (forcément partielle) de l'état des lieux de certaines controverses actuelles science-société (hors Covid) dont la radicalité peut surprendre (notamment sur les réseaux sociaux). Cette analyse s'appuiera autant sur l'expérience professionnelle que sur le terrain scientifique.

Financement

Colloque majoritairement financé par l'IXXI, avec le soutien du Conseil scientifique de l'Enssib et du laboratoire Triangle.

Page créée le 6 juillet 2021, modifiée le 27 août 2021