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Séminaire de Jean Dhombres
Directeur d'études à l'Ehess

Dix-huit verdicts de l'histoire
et de la philosophie des sciences

Enssib-Ehess

Les séances se tiennent à l'Enssib (Lyon-Villeurbanne) les jeudis suivants, de 17h à 19h30 (la salle est précisée à l'entrée de l'Enssib):
2 mars 2017, 16 mars, 30 mars, 13 avril, 27 avril, 4 mai, 11 mai, 8 juin, 29 juin.
Attention, la date du 18 mai est remplacée par une séance exceptionnelle le 11 mai.

Certaines séances sont enregistrées.
Au fil du temps, les URL des captations sont affichés.

I. Argument

Comme quelquefois les scientifiques, les épistémologues et les historiens des sciences ont le goût des déclarations somptueuses, délivrées le plus souvent sous forme de verdicts. Cette pratique est plus ancienne que le positivisme qui a donné au genre une solide habitude de dogmatisme, et vaut tout autant pour les «nouvelles» façons de la sociologie ou de l'anthropologie des sciences, voire pour les façons qui se veulent narratives.

En essayant de faire se juxtaposer deux opinions différentes sur un sujet plus ou moins semblable, résumé comme thème d'une séance, il s'agit de discuter quelques thèses marquantes de philosophie et d'histoire des sciences. Par conséquent le contexte même du verdict, à la fois scientifique et historique, sera toujours présenté, ce qui à la fois familiarise avec des auteurs et des scientifiques.

II. Programme

  1. Jeudi 2 Mars 2017. Communautés: du passé et du présent, ou du seul présent
    «Le respect de la tradition est une condition essentielle du progrès scientifique»
    «Un chercheur vraiment isolé est impossible, une découverte anhistorique est impossible, une observation sans style est impossible»
    *
    Le premier verdict est énoncé par Pierre Duhem dans Les origines de la Statique (1905, tome I, p. IV). Le second est de Ludwik Fleck dans un article en polonais, Observation scientifique et perception en général, datant de 1935, et qui traduit en anglais a servi à Thomas Kuhn pour sa présentation.

  2. Jeudi 16 mars 2017. La nature de la pensée scientifique
    «Le réel n'est jamais ce qu'on pourrait croire, mais il est toujours ce qu'on aurait dû penser»
    «Le vrai c'est le dit du dire scientifique. A quoi le reconnaître? A ceci qu'il n'est jamais dit premièrement»
    *
    Le premier verdict vient de Gaston Bachelard, dans La Formation de l'esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, au chapitre Ier, La notion d'obstacle épistémologique. Paris, Vrin, 4e édition, 1965. Le texte original est de 1949.
    Le deuxième verdict est de Georges Canguilhem, dans «Le rôle de l'épistémologie dans l'historiographie scientifique contemporaine», publié dans Idéologie et rationalité dans l'histoire des sciences de la vie. Nouvelles études d'histoire et de philosophie des sciences, Paris, Vrin, 1977.

  3. Jeudi 30 mars 2017. Les valeurs de la science
    «Il n'y a qu'une humanité et qu'une Terre [...] Elle est l'arche qui rend possible le sens de tout mouvement et de tout repos comme mode d'un mouvement. Son repos n'est donc pas un mode de mouvement» «Notre thèse est que l'éthique puritaine, vue comme l'expression idéale de valeurs fondamentales, canalisa les intérêts des Anglais au dix-septième siècle et joua un rôle important dans le développement scientifique»
    *
    Le premier verdict vient de Edmund Husserl, dans La Terre ne se meut pas (Editions de Minuit, Paris, 1989, trad. fr. d'un texte de 1934).
    Le deuxième verdict est de Robert K. Merton en 1936 dans un article de Sociological Review, repris dans Social Theory and Social Structure en 1957 et traduit en français par H. Mendras chez Plon en 1965.

  4. Jeudi 13 avril 2017. L'ordre épistémologique et l'ordre de la pratique scientifique
    «Ce loisir de disposer les faits dans un ordre facilement saisissable [...] corrige ce qu'il y a d'incomplet dans l'esprit des savants actuels, nécessairement dominés par les habitudes pratiques de notre époque» «Rien n'est plus fécond, tous les mathématiciens le savent, que ces obscures analogies, ces troubles reflets d'une théorie à une autre, ces furtives caresses, ces brouilleries inexplicables [...]; un jour vient où l'illusion se dissipe; le pressentiment se change en certitude [...] La métaphysique est devenue mathématique, prête à former la matière d'un traité dont la beauté froide ne saurait plus nous émouvoir».
    *
    Le premier verdict est d'Auguste Comte, dans le Cours de philosophie positive, 2e leçon, p. 78.
    Le deuxième provient d'un discours d'André Weil à Helsinski, «De la métaphysique aux mathématiques», repris dans ses Oeuvres, t. II, p. 408.

  5. Jeudi 27 avril 2017. Le style de la science
    «Un changement de style introduit non seulement un nouvel objet, mais aussi une nouvelle question sur cet objet, comme le montre le passage de la taxinomie qualitative d'Aristote au postulat axiomatique de Galilée pour expliquer le mouvement» «Un diagramme peut immobiliser un geste, le mettre en repos, bien avant qu'il ne se blottisse dans un signe, et c'est pourquoi les géomètres ou les cosmologistes contemporains aiment les diagrammes et leur pouvoir d'évocation péremptoire. Ils saisissent les gestes au vol; pour ceux qui savent être attentifs, ce sont les sourires de l'être»
    *
    Le premier verdict est d'Alistair Crombie, dans Styles et traditions de la science occidentale, traduit par J. Brumberg-Chaumont dans Alliage, 1996, et fait aussi partie de son grand ouvrage.
    Le deuxième est de Gilles Châtelet, dans Les enjeux du mobile. Mathématiques, physique, philosophie, Seuil, Paris, 1993, p. 33.

  6. Jeudi 4 mai 2017. La Question du progrès
    «Ce qui est après est plus que ce qui était avant, non parce qu'il le contient ou même qu'il le prolonge, mais parce qu'il en sort nécessairement et porte dans son contenu la marque chaque fois singulière» «De façon semblable [aux philosophes des sciences], les historiens des sciences quant à eux ont généralement imaginé que la chronologie des théories scientifiques possédait une intelligibilité propre qui requérait peu, voire même aucune connaissance des problèmes particuliers pour lesquels les grandes théories du passé avaient été construites»
    *
    Le premier verdict est de Jean Cavaillès, dans Sur la logique et la théorie de la science, 3e édition, Paris, Vrin, 1976, p. 78 (oeuvre posthume, originalement publiée en 1947).
    Le second est tiré du premier chapitre, «le rôle des problèmes empiriques», dans Larry Laudan, Progress and its Problems. Toward a Theory of Scientific Growth, Univ. of California Press, 1977.

  7. Jeudi 11 Mai 2017. La science comme connaissance autonome
    «La sociologie [de la connaissance] apporte une contribution nécessaire au projet plus large de compréhension de la science» «On peut même dire, en parlant avec rigueur, que presque toutes nos connaissances ne sont que probables; et dans le petit nombre de choses que nous pouvons savoir avec certitude, dans les sciences mathématique elles-mêmes, les principaux moyens de parvenir à la vérité, l'induction et l'analogie, se fondent sur les probabilités».
    *
    Ce premier verdict se trouve dans B. Barnes, D. Bloor et J. Henry, Scientific Knowledge: A Sociological Analysis, Londres, Athlone, 1996 (p. viii).
    Le deuxième est tiré en avant propos de la deuxième édition de l'Essai philosophique sur les probabilités de Pierre Simon de Laplace, le plaçant comme introduction à la Théorie analytique des probabilités.

  8. Jeudi 8 juin 2017. L'indispensabilité des mathématiques ou son rôle intermédiaire
    «Il n'y a de science à proprement parler qu'en autant il s'y trouve de la mathématique» «Penser scientifiquement, c'est se placer dans le champ épistémologique intermédiaire entre théorie et pratique, entre mathématiques et expérience. Connaitre scientifiquement une loi naturelle, c'est la connaître à la fois comme phénomène et comme noumène»
    *
    Le premier verdict est extrait d'une phrase de Kant dans les Metaphysische Anfangsgründe der Naturwissenschaft (de 1783, p. VIII, l. 22-23) (Ich behaupte aber dass in jeder besondere Naturlehre nur so viel eigentlich Wissenschaft angetroffen werden könne, als darin Mathematik anzutreffen ist).
    Le second est de Gaston Bachelard dans l'avant propos à La philosophie du non. Essai d'une philosophie du nouvel esprit scientifique, PUF, 1981, p. 5 (1re édition, 1940)

  9. Jeudi 29 juin 2017. En guise de conclusion et d'ouverture
    «Il y a certainement, par exemple, quelque chose de fortuit dans l'heureuse relation qui s'est établie entre les spéculations des géomètres grecs sur les sections coniques et la détermination des véritables orbites planétaires» «Le seul principe qui n'inhibe pas le progrès est: anything goe»
    *
    Ce verdict est de Comte vient à la dixième leçon du Cours de philosophie positive de 1830 (Vue générale de la géométrie, in Premiers Cours de philosophie positive, Paris, PUF, 2007, p. 260).
    Ce second verdict est de Paul Feyerabend dans Against Method, Outline of an Anarchistic Theory of Knowledge, Verso, Londres, 1978, p. 23.

III. Renseignements généraux

Adresser un courriel à:
  • Jean point Dhombres at cnrs point fr
  • Eric point Guichard at enssib point fr

Le suivi de ce séminaire peut donner droit à des crédits pour certains masters de l'Université de Lyon.

Voir aussi la page actu.

Page créée le 4 février 2017, modifiée le 9 mai 2017