2.2.4.2. Limites de la citation

La ponctuation et l'ordre des informations dans l'article de dictionnaire sont loin d'être standardisés au XVIe siècle. [262] Les distinctions typographiques sont relativement peu nombreuses et imparfaitement normalisées. [263] On ne connaît pas encore les guillemets. Aussi n'est-il pas surprenant d'observer chez Nicot, premier lexicographe français à citer un grand nombre de textes, un maniement variable des citations et mentions d'auteurs.

Quelles marques peut-on observer aux frontières de la citation et du discours lexicographique dans lequel elle est placée? La première lettre peut être une majuscule et être précédée d'une virgule:

d'un deux-points: ou, plus rarement, d'un point: ou d'un point-virgule: La fin est normalement marquée d'un point: d'une virgule: ou du signe de continuation & c.: Cependant, il peut y avoir insuffisance de marques: dans une lecture superficielle fait de Nicole Gilles le sujet de voulut & ordonna à cause de l'initiale minuscule de semblablement. Il peut même y avoir absence de marque: dans Et est un ordonnateur et vn le premier mot de la citation; dans france est le dernier mot de la citation.

L'identification de la citation ne s'arrête pourtant pas à la détermination de ses points limites. Il faut aussi se demander, lorsqu'on n'a pas affaire à une citation directe, dans quelle mesure un texte cité a été intégré au discours lexicographique. Les formes canoniques peuvent l'être dans le texte d'origine ou avoir été normalisées par le lexicographe: "Acquiter vne terre" (< Berinus s.v. Acquiter 1564), "la Bastille S. Antoine" (< Gilles s.v. Bastille 1606), "vn cheual de legiere taille" (< Amadis s.v. Taille 1573) ont-ils subi de la part du lexicographe un traitement autre que celui de l'extraction du contexte plus grand? Ce sont surtout les textes techniques qui sont assimilés aux déclarations de Nicot pour étoffer les définitions et commentaires encyclopédiques; textes français:

ou textes traduits: Enfin, la citation peut être réduite à la simple mention d'auteur, celle-ci servant à sanctionner un usage lexical ("LAMRVNCHÉ ... Ronsard en vse" 1564) ou une information encyclopédique. Parfois, elle est donnée explicitement sous forme de renvoi: La citation est généralement considérée comme un extrait d'idiolecte. Ces extraits, quand l'idiolecte n'est pas celui du lexicographe, sont, de nos jours, généralement mis entre guillemets et signés, à la différence des extraits de discours typique. Cette distinction n'existe pas dans le Thresor, et la marge entre source individuelle et source générique est petite, surtout dans le domaine des documents juridiques. On conclura, quand même, que "escritures des Aduocats, & arrests des Cours souueraines" (1606 s.v. Arrester), "notaires au pays de Normandie" (1606 s.v. Barres) et "le Roy" (1606 s.v. Accorder et 1573 s.v. Baron) constituent des marques de spécialisation d'emploi, [266] alors que "coustumes de Par." (1573 s.v. Brandon) et "ordonnances de l'Eschiquier tenu à Rouen le terme de Pasques 1462" (1606 s.v. Actournée) sont des textes idiolectaux. De même, dans le domaine de la littérature, "anciens autheurs" (1573 s.v. Baron), "anciens Romans" (1573 s.v. Tard) et "Romans et histoires Françoises" (1606 s.v. Table) sont génériques là où "anciens escrits monastiques en l'Abbaye S. Riquier" (1606 s.v. Lay) et "Chroniques de France" (1606 s.v. Breviaire) sont plus individuels.

Enfin, l'ambivalence de la mention d'auteur placée avant ou après une citation peut parfois rendre difficile la consultation d'un article. Qui, de Ronsard et de Pasquier, est censé être l'auteur de la citation donnée s.v. Alembiquer: "Alembiquer, faire distiller. Ronsard. Mon pauure esprit se consomme & alembique en desmesurées passions. Pasquier." (1564)? La citation qui accompagne la mention "Sicile Heraut du Roy d'Aragon, en son traité d'armoiries" (1606 s.v. Armes) est-ce la liste d'items bilingues qui précède celle-ci ou la phrase qui la suit? L'étude comparative des éditions du dictionnaire peut quelquefois être de quelque utilité. Ainsi, dans:

l'impression que le nom de Du Tillet se rattache au commentaire qui le précède plutôt qu'au latin, se voit confirmée par le fait que seuls l'entrée et l'équivalent latin étaient consignés dans l'édition précédente (1573).

2.2.4.3. Sources nommées

Voir Wooldridge, Les Sources du Thresor et, en particulier, «Les sources des dictionnaires français d'Estienne et de Nicot».

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