Penser l'épidémie Covid-19

Programme collectif

Préliminaires et précautions | Références | Graphiques du jour actualisés | Débattre | Script original | Appel: faire réseau | Anciens journaux


Penser la covid 19
Préliminaires

Éric Guichard


Ce journal vise à comprendre la pandémie et ses effets, à partir de statistiques fragiles et de commentaires, analyses et témoignages dûment sélectionnés. Cf. la page http://barthes.enssib.fr/coronavirus/References.html pour ces derniers.

La réflexion sur la fiabilité des sources, sur leur présentation et sur la possibilité de les comparer et de les commenter malgré tout est ici centrale.

Le but est d'aider à produire une analyse étayée des situations et des choix politiques de divers pays, et de faire advenir une critique constructive et des propositions à partir de plusieurs univers que nous combinons mal ensemble: statistiques, modélisation, histoire, anthropologie, médecine et sciences politiques.

Les graphiques sont des pdf produits au format A3 paysage pour une meilleure lisibilité. Leur visualisation est conseillée sur de grands écrans. Leur nombre a été réduit à partir du 16 mai.

Source générale du journal: http://barthes.enssib.fr/coronavirus.

Source et DOI du script original (modifié depuis): http://barthes.enssib.fr/coronavirus/script et https://doi.org/10.5281/zenodo.3763581.

Format et contenu de ce journal évoluent régulièrement depuis le 13 avril. Le dossier http://barthes.enssib.fr/coronavirus/anciens-journaux en garde l'historique, le détail méthodologique et les sources quotidiennes.


1. Les titres du 18 Mai 2020

  • Un Appel au débat et à la réflexion interdisciplinaire est lancé: http://barthes.enssib.fr/coronavirus/Appel.html.
  • Le choix gouvernemental du traitement de la pandémie via la contrainte sur les corps plutôt qu'avec des tests semble bien accepté par la population française. On apprend qu'à la plage de la Baule, « toute présence statique, assise ou allongée, est interdite » (https://www.liberation.fr/direct/element/reouverture-de-plages-dans-le-finistere-et-en-loire-atlantique_113511).
  • Le déconfinement semble s'organiser de manière autoritaire et chaotique dans certaines institutions et structures collectives ou publiques. Peu d'échos sur ce point.
  • La peur de la pandémie est-elle réelle, entretenue, désirée?
  • La faible place accordée dans les médias au témoignage des malades, au détail de leurs souffrances, à leur situation réelle (âge, comorbidités, niveau de vie, etc.) est problématique. Manquent ici des études ethnographiques.
  • La partie Références forte de plus de 30 excellents modèles et analyses externes, est désormais autonome: http://barthes.enssib.fr/coronavirus/References.html. N'hésitez pas à la partager.
  • Les pays en situation « maîtrisée » nous invitent à commenter leurs situations et leurs stratégies actuelles et passées: Allemagne, Portugal, Autriche, Pays-Bas, Danemark, Norvège, Finlande, Suède.
  • Se pose aussi la question de l'utilité de l'application Stopcovid, fortement débattue ces derniers jours, subitement disparue des grands titres des médias le 13 mai.
  • Profitez des archives: http://barthes.enssib.fr/coronavirus/anciens-journaux. Elles nous offrent un regard instructif sur ce que nous pensions ou pouvions penser il y a quelques semaines.

2. Introduction aux journaux

Ce « quotidien » espère citer les sources et synthèses les plus fiables, et proposer des graphiques permettant à tous et toutes de se faire une idée de la durée de la pandémie, des formes et utilités du confinement, de nos capacités d'analyse un jour donné1 et de débattre sereinement des questions politiques, sociales, philosophiques, économiques et finalement épistémologiques qu'alimentent la pandémie et son traitement.

2. 1. Débattre, graphes à l'appui

Dans ce journal, j'ai privilégié des arguments quantitatifs et visuels pour aider au dialogue entre des personnes aux points de vue différent. En effet, un double constat m'inquiète.
  1. Dans l'espace universitaire, savant, scientifique, etc. deux logiques rigoureuses, étayées, rationnelles et de grande qualité se déploient, et semblent s'ignorer:
    1. celle des spécialistes du nombre et de la modélisation, inquiets de l'expansion de la pandémie, parfois confiants en des solutions technologiques (Stop-Covid...), universalistes et démocrates (le virus nous touche tous, il faut protéger/soigner tout le monde);
    2. celle des spécialistes des sciences sociales et de la pensée critique, peut-être moins à l'aise avec les nombres et plus sensibles aux enjeux de pouvoir et aux menaces sur les libertés individuelles, souvent fins analystes de la gestionnarisation des savoirs et des services publics, sachant articuler économie et politique.
    Ces graphiques, commentaires et références sont censés créer un tronc commun entre ces deux mondes, à partir duquel le dialogue pourrait se construire.
  2. Il m'apparaît que le monde « savant » précité (SHS comme numérique) communique peu avec celui des personnes dont les rationalités se construisent plus via les médias2, les oui-dire (ou web-dire) et les expériences. En matière de covid 19, je sens une frontière entre ceux qui ont les moyens de savoir et les autres. L'essor des fake news liées au virus comme l'agrégation de communautés haineuses autour de boucs émissaires (le « juif », le « chinois », le « blanc », l'« immigré » à l'origine du virus, etc.) m'en donnent une première preuve.
Aussi mon propos est-il de participer à l'édification de ces deux types de dialogue. En partageant des analyses, des résultats, nous pouvons émettre des critiques et des jugements, tant qu'ils sont rigoureux. Mais l'heure est aussi à la reconstruction: des solidarités, de leur efficacité, de nos imaginaires collectifs (politique incluse), de la rationalité partagée. Il nous faut réparer tout ce qui peut l'être. Ce sera la ligne éditoriale permanente de ce journal.

2. 2. Précautions et méthodologie synthétique

Nous disposons de peu de données comparables sur la covid 19. En effet
  • chaque pays fait sa propre comptabilité, elle-même variable selon les jours (cf. l'intégration des données Ehpad en France après le 2 avril, le choix de la Belgique d'intégrer dans sa comptabilité les décès « dérivés » en ses maisons de repos, les morts négatifs en Allemagne et au Luxembourg, etc.);
  • les chiffres des cas confirmés dépendent des tests et il y a beaucoup de porteurs sans symptômes (asymptomatiques). Or tous les pays ne pratiquent pas des tests, ni à la même échelle; les tests instantanés (PCR: suis-je contaminé aujourd'hui?) ont une marge d'erreur non-négligeable et doivent obéir à des protocoles contraignants (eux aussi variables selon les pays); les autres (sérologie: ai-je été en contact avec le virus?) sont peu répandus en France, etc.
  • de ce fait, je privilégie les chiffres officiels du nombre de personnes mortes à l'hôpital des effets du virus. Ce nombre peut certainement être doublé (quadruplé?), si nous prenons en compte les personnes mortes chez elles, dans une structure médicalisée pour vieillards (du type Ehpad en France), etc., et enfin toutes les personnes fragiles ou gravement malades (hors coronavirus), qui ne peuvent plus profiter d'une assistance hospitalière du fait de l'engorgement actuel. Il n'a assurément pas le même sens en France qu'en Suède ou qu'au Brésil;
  • il serait tentant de corréler ce nombre de décès officiel au nombre de lits d'hôpitaux disponibles, « lits en réanimation » inclus. Je tenterai de le faire. Mais ce nombre augmente logiquement depuis le début de la pandémie. Il faudrait aussi tenir compte du nombre de médecins par habitant et de l'histoire récente de la médecine et de la santé publique dans chaque pays, des moyens que se donne chaque nation pour repérer les personnes en contact avec un malade (cf. la Corée);
  • la question de l'augmentation réelle de décès face à une grippe habituelle n'est pas si simple à résoudre, malgré des efforts réels en ce sens d'individus ou d'institutions (cf. page http://barthes.enssib.fr/coronavirus/References.html). Par exemple, le confinement réduit le nombre de décès dûs aux accidents d'automobile3.
En bref, ces chiffres de la mortalité officielle ne sont pas très crédibles et nous ne pouvons appuyer nos analyses sur leur seule évaluation. Mais ce sont les moins mauvais dont nous disposons; ils nous permettent de lire des tendances, des évolutions.

Et le regard sur eux nous permet de comprendre à quel point ils nous aveuglent parfois: ce qui s'est passé jusqu'à début avril quand les médias français donnaient les sommes de décès depuis le début de la pandémie, mais ni le nombre de morts quotidiens, ni leur ratio à la population du pays. Ce qui se passe encore avec les cartes de l'université Hopkins (cf. graphiques actualisés en pdf). Ainsi les graphiques qui suivent et leur analyse invitent à la prudence.

Pour autant, c'est souvent le cas en sciences sociales, et en de nombreuses disciplines: les « données » sur lesquelles nous fondons nos raisonnements sont majoritairement le fruit de « construits sociaux » et leur définition varie au fil du temps: cf. la définition du chômage, modifiée tous les 10 ans. Sous Louis-18, un « immigré » était un noble français qui rentrait au pays après avoir fui la Révolution... Pourtant, nos représentations s'appuient grandement sur de tels chiffres.

Le but de ce journal est aussi de nous inviter à une réflexion collective (déjà entamée depuis longtemps au carrefour des deux univers savants précités) sur la validité des sources et des obtenues sur lesquelles nous nous appuyons pour appréhender le monde, sur leur nécessaire critique, et sur la façon dont nous réussissons malgré tout à comprendre le contemporain (ou le passé).

2. 3. Estimations

Si on s'en tient à des statistiques qui font consensus (sur 600 000 personnes, 28 mars 2020), 85 % de cas dits confirmés sont bénins, 15 % sévères, 5 % de cas nécessitent des soins intensifs. Si on considère un taux de létalité de 2,5%, avec les chiffres officiels proposés dans ce journal (source actualisée toutes les nuits: https://raw.githubusercontent.com/CSSEGISandData/COVID-19/master/csse_covid_19_data/csse_covid_19_time_series/time_series_covid19_deaths_global.csv), on peut en déduire, de façon très approximative, que, pour 500 décès en hôpital (chiffres du 31 mars en France), il y en a au moins 1000 de réels, ce qui correspond à 2000 hospitalisations indispensables (qui vont durer plusieurs jours) et 6000 cas sévères4.

Les données de ce site commencent le 22 janvier 2020. Sur ces graphiques, elles commencent en général 35 jours plus tard.

2. 4. Évolution au quotidien

Dans ce document, l'accent a été mis sur la dérivée du phénomène, négligée par les médias avant avril: le taux d'accroissement quotidien des décès, plutôt que leur total, plus anxiogène. Ce taux a été souvent rapporté à la population du pays: 10 morts au Luxembourg n'ont pas le même sens qu'aux États-Unis.

J'ai aussi privilégié la comparaison entre pays: d'abord dans une perspective universaliste. Ce virus nous aura rappelé que nous sommes a priori tous égaux devant lui, et qu'en termes de déterminants, les classes sociales et les niveaux de richesse ont plus d'influence que d'autres paramètres à la mode comme la race ou le sexe, mais difficilement définissables de façon rigoureuse; aussi ma première idée est de ne pas oublier nos voisins, proches ou lointains. D'autre part pour comprendre ce qui peut/pourrait advenir en France, en comparaison de ce qui s'est déjà passé (par exemple en Italie) ou de ce qui n'advient pas (cas de l'Allemagne, au confinement mesuré, ou de la Suède, non encore confinée).

C'est aussi pour ces raisons que j'ai utilisé une approche qui a déjà fait ses preuves (cf. http://91-divoc.com/pages/covid-visualization, repris avant le 27 mars par le Financial Times): la mesure de l'évolution par pays après que chaque pays a dépassé 5 ou 10 décès. Cette démarche, un peu lugubre, apparaît pertinente pour estimer les futurs de certains pays. Au fil du temps, les graphiques les plus probants ont des formes arrondies, qui permettent de prévoir des évolutions: par exemple le délai entre la situation du jour et le maximum de la courbe, et par extension entre ce maximum hypothétique et un retour à des chiffres bas.

2. 5. Design et lisibilité

Reste un ultime souci: comment offrir une comparaison internationale sans étouffer le lecteur sous une chevelure de lignes brisées? Initialement, ce programe permettait la comparaison entre un nombre réduit de pays: pas plus de 6, pour ne pas alourdir la lecture. Pour autant, j'ai besoin de visualiser les données pour des classes de pays européens (confinés vs non-confinés, grands vs petits, etc.) et pour les USA, la Méditerrannée, etc. D'où l'option développée à partir du 9 avril: créer des groupes de graphes relatifs à des catégories de pays (l'option web, avec le choix des pays laissé à l'utilisateur, existe déjà. Cf. la page http://barthes.enssib.fr/coronavirus/References.html. J'essaie de soigner la lisibilité de ces graphiques. D'où ma préférence pour des solutions dédiées à l'imprimé, même si je sais que l'allure de ces graphiques produits automatiquement (à l'exception de leurs légendes) est perfectible.

2. 6. Mode de lecture des graphiques au format pdf

La méthode accrjour affiche la variation du nombre quotidien de décès officiels par pays. Elle signale des évolutions. Elle témoigne aussi du caractère erratique des données nationales (France et ses zigzags; Allemagne et ses 2767 morts le 10 avril, et 2736 le lendemain). Je lui préfère la suivante, rapportée à la population: accrjourpop, qui m'a permis de vite repérer très tôt la tragédie espagnole.

Comme leur nom l'indique, les moyennes mobiles donnent, pour chaque jour, la moyenne de ceux d'avant et d'après (sur 3, 5 ou 7 jours), ce qui lisse les graphiques. Avec accrjourmob nous voyons le nombre de décès baisser pour l'Italie et l'Espagne, mais les tendances sont plus fiables avec la méthode accrjourmobpop, qui rapporte cette moyenne à la population.

La méthode valeurspaysseuil est celle qui produit un graphique à partir du 5 décès rencontré dans chaque pays. Comme la suivante, valeurspaysseuillog (qui calcule son logarithme), elle aide à singulariser ou à regrouper des pays.

Remarque   Au fil des jours, certains de ces graphiques disparaissent car ils deviennent moins utiles maintenant que la pandémie a une histoire connue. Cf. la page des anciens journaux pour les retrouver. Ou la page des scripts pour les reproduire par vous-même.


Notes

1Les premiers journaux (après le 27 mars) seront prochainement mis en ligne de façon à nous donner une idée rétrospective des limites de notre compréhension de la pandémie à ses débuts en France.

2Le 9 avril à 22h, il me faut 10 mn pour trouver des informations sur le site du Guardian quant à l'état de santé de Boris Johnson, premier ministre de Grande-Bretagne, en soins intensifs depuis le lundi 6 avril 2020: « Boris Johnson has left intensive care and returned to a ward » (https://www.theguardian.com/world/live/2020/apr/09/coronavirus-live-news-global-cases-uk-us-usa-worst-daily-death-toll-latest-updates, 21h03, 9 avril 2020). Via un moteur de recherche j'apprends que son état est stable (le Point, information de la veille). En fouillant Le Monde, j'apprends que « Le premier ministre Boris Johnson, toujours hospitalisé, est sorti jeudi du service de soins intensifs » (https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/09/coronavirus-dans-le-monde-les-pays-europeens-exhortes-a-surmonter-leurs-divisions-face-aux-consequences-economiques_6036058_3244.html, 21h03, 9 avril). Le dimanche 12 avril, la première page du Monde en ligne a comme premier titre « Coronavirus en direct: Boris Johnson est sorti de l'hôpital mais la pandémie frappe toujours durement l'Europe » (https://www.lemonde.fr, 17h). Cet exemple donne à penser que, pour l'information médiatique, mise en scène et recherche d'effets de stupeur semblent plus pertinentes que mise à jour et optimisation de cette information; il y a là de quoi désorienter plus d'une personne curieuse.

3Je suis preneur de données par département français sur les 3 dernières années, et par classe d'âge, pour tenter quelques graphiques et estimations. De même pour des régions étrangères.

4Ces chiffres corroborent les informations du Monde du 2 avril: « 4 503 personnes sont mortes du Covid-19 depuis le 1er mars, soit une hausse de 471 décès de mercredi 1er avril à jeudi. Parmi les plus de 26 000 personnes hospitalisées (+ 1 607 en vingt-quatre heures), 6 399 sont en réanimation ». Source: https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/02/coronavirus-en-france-les-transferts-de-malades-s-accelerent-couvre-feu-en-martinique-et-en-guadeloupe_6035245_3244.html



Page créée le 15 mai 2020, modifiée le 18 mai 2020